En début d'année, les États-Unis ont abattu un ballon espion chinois dans la stratosphère, marquant ainsi une nouvelle phase de tensions entre les deux pays. Conscients que les ballons stratosphériques sont devenus des outils puissants de surveillance et d'observation, les États-Unis cherchent désormais à développer une capacité de capture plutôt que de destruction. La Darpa amorce un projet en ce sens, bien que cela s'annonce complexe en raison des altitudes impliquées.


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    En début d'année, le 5 février, les États-Unis ont abattu un ballon espion chinois stratosphérique alors qu'il survolait des sites militaires stratégiques. Quelques jours plus tard, l'U.S. AirAir Force a abattu trois autres objets classés comme des ovnis, c'est-à-dire des objets dont la nature n'a pas pu être identifiée. Parmi eux, figurait un octogone volant de plusieurs dizaines de mètres carrés !

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    Si de nombreux ballons espions attribués à la Chine avaient été auparavant détectés, surveillés et analysés pour en connaître leurs capacités technologiques, c'est la première fois qu'un de ces ballons est abattu. En décidant d'abattre tous les objets étrangers violant leur espace aérien, les États-Unis ont envoyé un signal fort à Pékin, qui possède un programme de ballons espions à haute altitude, entre 20 et 100 kilomètres. Ce programme, qui permet d'utiliser des moyens de surveillance différents et complémentaires des satellites, a été utilisé pour violer la souveraineté des États-Unis et de plus de 40 pays sur cinq continents.

    Le ballon espion chinois avant que les États-Unis ne l’abattent. Notez la taille très importante des panneaux solaires, un bon indice du besoin important en énergie de sa charge utile (ce qui fait la mission) et des servitudes du ballon (ce qui fait fonctionner le ballon et la charge utile). © Département de la Défense des États-Unis (DOD)
    Le ballon espion chinois avant que les États-Unis ne l’abattent. Notez la taille très importante des panneaux solaires, un bon indice du besoin important en énergie de sa charge utile (ce qui fait la mission) et des servitudes du ballon (ce qui fait fonctionner le ballon et la charge utile). © Département de la Défense des États-Unis (DOD)

    Capturer plutôt qu’abattre

    Aujourd'hui, on apprend que les États-Unis souhaitent se doter de la capacité de capturer en vol ces ballons sans trop les endommager, afin de permettre aux analystes américains d'inspecter leurs charges utiles intactes collectant des renseignements et leur technologie de navigation stratosphérique.

    La Darpa, l'Agence américaine des projets avancés de la Défense, vient de lancer le projet Capturing Aerial Payloads to Unleash Reliable Exploitation (Capture) afin de trouver un moyen de descendre en toute sécurité des ballons à haute altitude, jusqu'à 75 000 pieds. Ce projet se concentre sur « la capacité à abattre des systèmes à haute altitude au moment et à l'endroit de notre choix afin de minimiser les dommages collatéraux, de maximiser l'utilité de la charge utile récupérée et de minimiser le coût de la réponse », explique Kyle Woerner, directeur de programme de la Darpa. L'Agence américaine, à la recherche d'idées, a donc lancé un appel d'offres afin de recevoir des solutions technologiques capables d'évoluer aux altitudes stratosphériques, de prendre le contrôle du ballon ou de tout autre objet volant potentiellement non coopératif, et de le faire d'une manière qui permette une descente contrôlée en vue d'une récupération à proximité de zones habitées ou de zones de récupération actuellement évitées.

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    Le système devra également pouvoir être mis en œuvre rapidement, dans les heures qui suivent une décision d'engagement contre un « véhicule aérien d'intérêt identifié ou non » approchant ou se trouvant dans l'espace aérien souverain des États-Unis. Techniquement, cette exigence signifie que le système doit être capable de s'adapter pour répondre à toute incursion dans une vaste zone allant de Guam à Porto Rico et de la pointe nord de l'Alaska aux Samoa américaines.

    Quel système pour capturer les ballons espions ?

    Enfin, la méthode de capture elle-même constitue un autre défi. Dans le passé, l'armée américaine a démontré que des Lockheed Martin C-130 capturaient en plein vol des boîtes de film larguées par des satellites en orbiteorbite, et que deux Northrop Grumman RQ-4 Global Hawks de haute altitude étaient capables de procéder à un ravitaillement autonome en vol. Cependant, dans les deux cas, les objets étaient soit coopératifs, soit non résistants, et se trouvaient à des dizaines de milliers de pieds en dessous de l'altitude de fonctionnement des ballons espions chinois. Luis Pacheco, rédacteur en chef de StratoCat, qui suit de près la technologie des ballons à haute altitude, souligne avec justesse : « Je ne vois pas comment des avions de reconnaissance à haute altitude, avec toute la complexité que cela implique, pourraient accomplir cette tâche. Selon lui, il faut d'abord faire descendre le ballon de manière non catastrophique à une altitude plus basse, où l'on peut utiliser des avions conventionnels (par exemple C-130) pour récupérer les restes ou le ballon dégonflé. » Une autre approche pourrait consister à utiliser une sorte de « harpon » ou un dispositif similaire qui ferait éclater le ballon et accrocherait en même temps le sac à un gros parachute pour ralentir la descente.