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En vidéo : le projet spatial de Paul Allen, cofondateur de Microsoft

ActualitéClassé sous :Astronautique , Accès à l’espace , SpaceX

Une fusée larguée en altitude par un avion porteur géant : c'est le projet du tandem Paul Allen-Burt Rutan, déjà à l'origine de l'avion spatial SpaceShip qui a atteint l'espace. La fusée serait construite par Space X, qui n'en est pas à son premier lanceur. Bref, des gens sérieux pour un projet un peu fou.

Six réacteurs, deux fuselages, 117 mètres d'envergure : Burt Rutan a vu grand. Ressemblant à deux Boeing 747 qu'on aurait fusionnés, l'avion pèserait 545 tonnes. C'est ce qu'il faut pour transporter une fusée à deux étages capable de mettre 6 tonnes en orbite. © Stratolaunch

Aux États-Unis, la privatisation de l’accès à l’espace débride l'imagination des entreprises. La société SpaceX tient actuellement la corde. Le 28 septembre 2008, son lanceur Falcon 1 mettait un satellite en orbite. En 2011, l'entreprise présentait la capsule Dragon, capable, lancée par une fusée Falcon 9, d'apporter 6 tonnes de fret à l’ISS, voire de devenir habitable dans une version ultérieure.

C'est vers SpaceX que s'est tourné le richissime Paul Allen, cofondateur de Microsoft, pour mettre au point Stratolaunch Systems, un projet de lancement de satellite par une fusée aéroportée. L'idée n'est pas neuve et, récemment, le même Paul Allen l'a concrétisée avec l'avion porteur Whiteknight et l'avion spatial Spaceship. La version 1 a remporté l'Ansari X-Prize en 2004, pour avoir atteint l'espace (100 km d'altitude) trois fois de suite. Avec Virgin Galactic, la version 2, avec un avion porteur plus grand et un engin spatial plus vaste, devrait servir à des baptêmes de l'espace à 200.000 dollars (un peu plus de 153.000 euros).

Ces deux engins volants hors normes ont été conçus par un créateur d'avion à l'esprit puissamment original, Burt Rutan, qui ne fait rien comme tout le monde. Il est de nouveau aux côtés de Paul Allen pour mettre au point ce nouveau projet, avec la même recette de l'avion porteur d'un engin spatial. Mais tout change maintenant avec la dimension. L'avion, à double fuselage, comme le Whiteknight Two, mesure 117 mètres d'envergure, quand l'A380 affiche moins de 80 mètres, et pèserait 545 tonnes, un record absolu. Pour propulser un tel appareil, Burt Rutan prévoit 6 réacteurs « de Boeing 747 », explique le communiqué, sans plus de précision (il existe plusieurs motorisations possibles). Mais le Jumbo n'en a que quatre... L'Antonov 225, le plus gros avion du monde, conçu dans les années 1980 pour transporter la navette Bourane, a lui aussi six réacteurs mais son envergure n'est que de 88 mètres. L'appareil de Burt Rutan mériterait alors le titre du plus grand et du plus lourd avion du monde.


Comme le WhiteKnight Two, l’avion à double fuselage transporte l’engin spatial jusqu’à haute altitude. Mais il s’agit ici d’une vraie fusée à étages capable d’atteindre l’espace et la vitesse de satellisation. © Stratolaunch Systems/YouTube

Tout reste à inventer…

Quant à la fusée, elle n'a rien à voir avec le petit Spaceship Two, qui emportera six passagers et deux pilotes. Cet engin de 223 tonnes serait un lanceur à deux étages dérivé du lanceur Falcon 9, actuellement développé par SpaceX (pesant 333 tonnes dans sa version la plus lourde). La performance annoncée, c'est-à-dire le poids maximal du satellite emporté, est de 6,1 tonnes en orbite basse, contre 10 tonnes pour la Falcon 9 et 21 tonnes pour l'Ariane V ECA.

Quel avantage dans ce marché de l'accès à l'espace qui devient de plus en plus concurrentiel ? Le faible coût du lancement et la possibilité d'utiliser des pistes pour avion, moins onéreuses qu'un pas de tir. Pour l'instant, la faisabilité technique n'est aucunement démontrée. L'avion et la fusée sont encore à concevoir intégralement. L'avion géant doit d'abord apprendre à voler et la fusée Falcon à décoller horizontalement puis à redresser sa trajectoire, ce qu'aucune fusée spatiale ne fait. Il faut aussi réunir les fonds. Mais au début des années 2000, bien peu croyaient qu'il serait possible de réaliser rapidement un vol suborbital avec un Homme à bord, comme Spaceship One l'a fait avec Mike Melvill et Brian Binnie en 2004.