Santé

L'Origine des espèces (1859)

Dossier - Darwin, théorie de l'évolution
DossierClassé sous :biologie , darwin , beagle

-

L'évolution jouit du privilège de l'actualité permanente. Beaucoup d'erreurs cependant ont gêné la compréhension de la théorie de Darwin.

  
DossiersDarwin, théorie de l'évolution
 

L'Origine des espèces (1859) et la théorie de la descendance modifiée par le moyen de la sélection naturelle.

Un schéma logique en dix points résume l'exposé didactique de la thèse darwinienne :

  • 1. Tous les êtres vivants, qu'ils vivent à l'état naturel ou en condition domestique, présentent des variations organiques individuelles, plus fréquentes et aisément observables dans le second cas.
  • 2. S'en induit l'existence d'une capacité naturelle indéfinie de variation des organismes (variabilité)
  • 3. On observe qu'une reproduction orientée peut fixer héréditairement certaines de ces variations (avantageuses pour l'Homme) par accumulation dans un sens déterminé, avec ou sans projet raisonné ou méthodique (sélection artificielle, sélection inconsciente)
  • 4. On en induit l'hypothèse d'une aptitude des organismes à être sélectionnés d'une manière analogue au sein de la nature (« sélectionnabilité »). Question : quel peut être l'agent de la « sélection naturelle » ainsi inférée de cette « sélectionnabilité » avérée (par ses actualisations domestiques) des variations organiques ?
  • 5. On évalue le taux de reproduction des diverses espèces et leur capacité de peuplement
  • 6. On en déduit l'existence d'une capacité naturelle d'occupation totale et rapide de tout territoire par les représentants d'une seule espèce, animale ou végétale, se reproduisant sans obstacle
  • 7. On observe cependant à peu près universellement, au lieu de cette saturation, l'existence d'équilibres naturels constitués par la coexistence, sur un même territoire, de représentants de multiples espèces
  • 8. On déduit de l'opposition entre les points 6 et 7 la nécessité d'un mécanisme régulateur opérant au sein de la nature et réduisant l'extension numérique de chaque population. Un tel mécanisme est nécessairement éliminatoire, et s'oppose par la destruction à la tendance naturelle de chaque groupe d'organismes à la prolifération illimitée. C'est la lutte pour l'existence (« struggle for life »), qui effectue une sélection naturelle dont le principal effet est la survie des plus aptes (par le jeu de l'élimination des moins aptes). Question : qu'est-ce qui détermine une meilleure adaptation ?
  • 9. On observe la lutte pour l'existence au sein de la nature.
  • 10. Pour répondre à la question des facteurs d'une meilleure adaptation, on fait retour à la variabilité, et, sous la pression analogique du modèle de la sélection artificielle, on forge l'hypothèse d'une sélection naturelle qui, à travers la lutte (interindividuelle, interspécifique et avec le milieu), effectuerait le tri des variations avantageuses dans un contexte donné, et assurerait ainsi le triomphe vital, héréditairement transmissible dans les mêmes conditions de milieu, des individus qui en seraient porteurs. Ces derniers seraient par là même sur la voie d'une amélioration constante de leur adaptation à leurs conditions de vie et à celles de la lutte : « C'est à cette conservation des variations favorables », écrit Darwin, « et à la destruction de celles qui sont nuisibles, que j'ai appliqué le nom de 'sélection naturelle' ou de 'survivance du plus apte'. » (L'Origine des espèces, ch. IV.)

Tels sont les principaux moments logiques, depuis le fait empiriquement observé et orienté de la variation des organismes (phénomène essentiellement individuel) jusqu'à la formulation de la théorie de la sélection naturelle (qui étend l'effectif des organismes porteurs de la variation avantageuse), de la réflexion transformiste de Darwin. Cette dynamique de la transformation progressive des espèces vivantes au moyen de l'accumulation, dans un sens déterminé par l'avantage adaptatif, de variations légères (gradualisme), conduit à rejeter l'idée théologique de la création indépendante d'espèces immuables par un créateur personnel et omni-prévoyant. Les espèces descendent les unes des autres suivant un processus continu de divergence, par le moyen de modifications survenant « au hasard » (ce qui signifie seulement pour Darwin que l'on en ignore encore le déterminisme), et qui sont sélectionnées et transmises. Un grand nombre d'espèces ancestrales se sont éteintes au cours de la durée immense des temps géologiques, ce qui explique l'absence de certaines « formes intermédiaires » entre les espèces actuellement distinctes et connues, et entre ces dernières et les espèces fossiles. On se trompe d'ailleurs souvent en exigeant de découvrir des formes directement intermédiaires entre les espèces connues, alors que la recherche doit porter sur les formes intermédiaires entre ces formes et un ancêtre commun et inconnu.

L'archive paléontologique, bien que livrant des témoignages précieux à l'appui de la théorie généalogique, se révèle à cet égard insuffisante, du fait de son exploration limitée et de l'effacement physique des traces de certaines catégories d'êtres; mais l'étude de la distribution géographique des organismes, celle des organes rudimentaires, l'examen du développement embryogénétique et l'analyse des dispositifs classificatoires eux-mêmes, ainsi que l'attention portée aux croisements et aux hybridations, permettent de reconstituer les stades probables de l'évolution des êtres vivants, accréditant l'idée que les variétés sont des espèces naissantes et que tous les êtres vivants peuvent avoir une origine commune. Ainsi s'explique, à partir des variations sélectionnées des organismes, mais aussi des instincts, la prédiction finale de Darwin : « Nos classifications, aussi loin qu'elles pourront remonter, en viendront à être des généalogies. ... La psychologie sera établie sur une nouvelle base, celle de l'acquisition nécessaire et graduelle de chaque faculté mentale. La lumière sera faite sur l'origine de l'Homme et son histoire. »