Les agneaux qui ont grandi dans l’utérus artificiel semblent tout à fait normaux. © Countrypixel, Fotolia

Santé

Un utérus artificiel pour grands prématurés réussit son premier test

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Au cours des dernières décennies, d'importants progrès ont été réalisés pour améliorer la survie des grands prématurés, mais ces bébés très fragiles risquent toujours des complications. Une expérience réalisée sur des agneaux montre l'efficacité d'un dispositif d'utérus artificiel pour accompagner le développement du fœtus en fin de gestation.

  • Cet utérus artificiel a été testé sur six agneaux nés prématurément, à l'équivalent de 23 semaines de grossesse.
  • L'agneau prématuré est relié à un circuit qui l'alimente par son cordon ombilical.
  • L'animal baigne dans un fluide mimant le liquide amniotique.
  • Les six agneaux se sont développés normalement.

Cette innovation n'est pas sans rappeler les couveuses du Meilleur des Mondes d'Aldous Huxley mais elle pourrait changer la vie des grands prématurés. D'un côté, l'amélioration des soins intensifs en néonatologie a permis de repousser les limites de la viabilité des bébés prématurés à environ 23 semaines de grossesse. Mais, de l'autre, une part importante de ces enfants souffre de problèmes de santé graves en raison de leur prématurité.

Un bébé né à 23 semaines pèse de l'ordre de 500 g, ses paupières sont fermées, sa peau est rosée et très fine, ses poumons immatures. Si le bébé ne reçoit pas assez d'oxygène, il peut y avoir des dommages au cœur ou au cerveau. En même temps, la ventilation est en partie nocive car les poumons immatures manquent de surfactant. Trop d'oxygène peut aussi conduire à un développement anormal des vaisseaux sanguins de l'œil et expose à un risque de cécité. Les médecins qui s'occupent d'enfants nés si tôt doivent à la fois maintenir l'enfant en vie et limiter les dommages causés par des interventions invasives.

C'est cette difficile équation que doivent résoudre les personnels de néonatologie. Comme le résume Emily Partridge, médecin à l'hôpital pour enfants de Philadelphie, « en les regardant, il est immédiatement clair qu'ils ne devraient pas déjà être là, ils ne sont pas prêts ».

Voilà pourquoi des chercheurs ont tenté de mettre au point un dispositif qui pourrait aider ces grands prématurés à l'avenir. Cette innovation a été testée chez le mouton. Dans une étude parue dans Nature Communications, les chercheurs décrivent cet utérus artificiel qui comprend un circuit d'oxygénation sans pompe relié à l'animal par son cordon ombilical et un fluide, dans lequel baigne le fœtus, qui reproduit l'environnement de l'utérus.

Le même agneau placé dans l’utérus artificiel depuis 4 jours (à gauche) et 24 jours plus tard (à droite). © Partridge et al., Nature Communications

Des agneaux maintenus en vie à l’équivalent de 23 semaines de gestation

Six agneaux prématurés ont été placés dans ces utérus artificiels immédiatement après une césarienne pratiquée à l'équivalent de 23 semaines de gestation humaine. Dans les minutes qui ont suivi la naissance, l'agneau a été placé dans son « biobag » et relié, par son cordon ombilical, à un circuit qui lui fournissait de l'oxygène et des nutriments.

Dans le biobag, les agneaux étaient immergés dans un substitut de liquide amniotique contenant des nutriments et des molécules qui stimulent la croissance. Les agneaux pouvaient être maintenus dans ce dispositif durant quatre semaines. Ils semblaient se développer normalement, se transformant de fœtus nus et roses en agneaux recouverts de laine et blancs. Des tests sur les animaux ont montré que le fonctionnement de leurs poumons correspondait à celui d'animaux témoins du même âge. L'agneau le plus âgé, qui a plus d'un an maintenant, paraît tout à fait normal.

Alan Flake, chirurgien et principal auteur de ces travaux, a expliqué que ce dispositif peut être considéré comme un intermédiaire entre l'utérus maternel et le monde extérieur pour des bébés nés entre 23 et 28 semaines de gestation.

D'après The Guardian, la version humaine de cet utérus artificiel ressemblera plus à un incubateur qu'à un sac plastique. Il serait empli de liquide, la couverture et l'intérieur seraient dans l'obscurité et le bébé serait surveillé par des caméras. Pour Alan Flake, un tel dispositif serait moins impressionnant pour les parents que la situation actuelle où des bébés fragiles doivent supporter de nombreuses procédures invasives (intubation, ventilation et chirurgie).

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