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Néandertal et Homo sapiens : une preuve d'hybridation

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Voilà peut-être bien les premières preuves morphologiques que l'Homme moderne, Homo sapiens, s'est reproduit avec l'Homme de Néandertal. L'analyse des restes d'un Néandertalien a révélé que sa mâchoire présentait des caractéristiques de l'Homme moderne. Il serait le premier individu hybride jamais découvert.

Un crâne d'un enfant néandertalien et une représentation réalisée par Elizabeth Daynès. L'Homme de Néandertal a vécu 300.000 ans. Son nom vient de l'endroit où le premier squelette a été découvert en 1856 : la vallée de Neander, en Allemagne. Vallée se disant thal en vieil allemand, le « h » est conservé dans le nom latin Homo neanderthalensis, et par certains, dans le nom francisé. © Ph. Plailly, Eurelios

Avons-nous du sang néandertalien ? Il pèse toujours un mystère sur la date d'arrivée en Europe de l’Homme moderne (Homo sapiens) et sur le rôle qu'il a joué dans la disparition de l'Homme de Néandertal. Ce dernier résidait sur le vieux continent depuis près de 200.000 ans, et a disparu voilà 30.000 ans. Des études antérieures ont montré que l'ADN d'Homo neanderthalensis présentait un niveau de métissage avec l'Homo sapiens de 4 %. Un taux si faible que ces ressemblances génétiques pourraient simplement provenir d'un ancêtre commun ayant vécu en Afrique.

Dans ce contexte riche d'incertitudes, une équipe de l'unité Anthropologie bioculturelle, droit, éthique et santé (Ades) du CNRS s'est intéressée aux restes d'un individu vivant dans le nord de l'Italie voilà 40.000 à 30.000 ans. Ses os étaient entreposés au Museum d'histoire naturelle de Vérone, depuis 1957 ! Ils pourraient pourtant être les restes du premier hybride jamais découvert d'une femme de Néandertal et d'un homme Homo sapiens.

Restes de la mandibule de l'Homme de Néandertal découvert à Riparo Mezzena, un abri sous roche du Paléolithique moyen, dans le Lessini Monti en Italie. La protubérance du menton suggère une parenté avec Homo sapiens. © Silvana Condemi et al., Plos One

L'équipe s'est focalisée sur l'étude de la mâchoire inférieure de l'individu, identifié comme Néandertalien. Sa forme indique que son visage était particulier, d'un aspect intermédiaire entre l'Homme de Néandertal et l'Homme moderne. La mandibule présente les caractéristiques de Néandertal, excepté le menton. Celui-ci a une protubérance qui le rapproche plutôt de l'Homme moderne. Les résultats de cette recherche sont publiés dans le journal Plos One et suggèrent que cette mâchoire serait une preuve d'hybridation entre les deux espèces.

Un papa sapiens et une maman neanderthalis

Chez cet individu qui aurait vécu en Italie il y a 35.000 ans, les chercheurs ont réussi à retrouver de l'ADN mitochondrial. La séquence de l'ADN indique clairement les caractéristiques de Néandertal. Comme cet ADN ne se transmet que par la mère, cela signifie que l'individu avait un ascendant masculin Homo sapiens.

Lorsque l'Homme moderne s'est installé dans le sud de l'Italie, Néandertal y vivait déjà depuis au moins 200.000 ans. De nombreux outils en silex, tels que des haches et des pointes de lance en attestent. Les chercheurs indiquent que si hybridation il y a eu, Néandertal a continué à défendre ses propres traditions culturelles. Constat intéressant, car cela montre que si les deux espèces ont pu s'accoupler, elles n'ont pas formé un seul et même groupe.

Ce changement de morphologie de la mandibule résulterait d'un métissage entre Homo neanderthalensis  et Homo sapiens. Mais la possibilité que cela puisse provenir d'une sous-structure d'un ancêtre africain Homo sapiens archaïque, n'est pas n'exclue.