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Les baleines boréales pourraient vivre 200 ans

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La particularité de certains gènes des baleines boréales pourrait expliquer l'exceptionnelle longévité de ces mammifères marins. Cette découverte permet aussi de mieux cerner leur résistance naturelle aux maladies liées au vieillissement et au cancer.

Vivant dans les eaux arctiques, la baleine boréale est un cétacé mesurant jusqu’à 20 mètres pour un poids d’une centaine de tonnes. © Olga Shpak, Wikimedia Commons, cc by sa 3.0

Le secret du grand âge de certains mammifères pourrait bien être dévoilé dans le cas des baleines boréales. Balaena mysticetus est en effet capable de vivre 200 ans, d'après la datation de cicatrices d'anciennes blessures infligées aux harpons, du temps de leur chasse. Pour devenir aussi âgés, « ces animaux doivent posséder des adaptations moléculaires de protection relatives aux maladies liées à l'âge et en particulier, au cancer », estiment des scientifiques qui publient dans Cell Reports une étude sur l'évolution de la longévité de cette espèce.

C'est au niveau génétique que les scientifiques ont enquêté, notamment à partir d'échantillons de tissus prélevés sur un individu femelle au Groenland et sur quelques individus capturés par des chasseurs Inupiks dans le cadre de chasses autorisées en Alaska. Les biologistes ont tout d'abord séquencé le génome de l'espèce, une première chez ce groupe de grands mammifères marins« Cette nouvelle information peut permettre de révéler des adaptations physiologiques liées à la taille que nous n'avons pas été en mesure d'étudier dans le détail auparavant », explique João Pedro de Magalhães, coauteur des recherches et biologiste spécialisé en science du vieillissement à l'université de Liverpool, au Royaume-Uni.

Chassées jusqu’en 1996, les baleines boréales ont une population mondiale estimée à 10.000 individus contre 3.000 dans les années 1920, point culminant de leur commercialisation. L’espèce reste considérée en danger d’extinction. © Olga Shpak, Wikimedia Commons, cc by sa 3.0

Pour les déterminer, le génome a été comparé à celui d'animaux à l'espérance de vie inférieure. En outre, le transcriptome de différentes populations de baleine boréale — autrement dit, la façon dont les gènes s'expriment dans les principaux organes du cétacé, comme le cerveau, le cœur, les reins, le foie, les muscles, la rétine, les testicules — a également été examiné.

Mutations

L'analyse identifie des gènes sous sélection positive et des mutations propres à l'espèce de gènes liés au cancer et au vieillissement. On note ainsi des mutations uniques dans un gène appelé ERCC1 et impliqué dans la réparation de l'ADN endommagé. Ces mutations pourraient être favorables à une protection contre le cancer. Un autre gène, appelé PCNA et associé à la croissance cellulaire et à la réparation de l'ADN, contient une section d'ADN dupliquée, c'est-à-dire « copiée et collée » dans le gène. La duplication de la section génétique pourrait ralentir le vieillissement du cétacé. D'autres changements génétiques impacteraient ses aptitudes de thermorégulation, de perception sensorielle, d'adaptations alimentaires ou encore de réponse immunitaire.

Les données ont été mises en ligne pour être à disposition de la communauté scientifique. « Notre compréhension des différences de longévité des espèces est très pauvre, souligne João Pedro de Magalhães. Nos résultats fournissent de nouveaux gènes candidats pour des études futures », sur la souris notamment, qui possède plusieurs gènes communs à ceux de la baleine boréale. Des études futures qui, à terme, pourraient s'avérer utiles à l'Homme pour mieux comprendre sa propre longévité et pour lutter contre les maladies liées à l'âge.