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Bassin du fleuve Congo : La nature des sols module les effets de la sécheresse

Situé au centre de l'Afrique, le bassin hydrologique du Congo est à cheval sur un grand nombre de pays (Congo et République Démocratique du Congo principalement, mais également l'Angola, le Cameroun, la République centrafricaine, la Zambie, la Tanzanie au-delà du jusqu'au Lac TanganykaSoudan). Plus long fleuve d'Afrique après le Nil, deuxième fleuve du monde en débit après l'Amazone, le Congo représente la moitié des eaux africaines déversées dans l'océan Atlantique. Comprendre son fonctionnement se révèle ainsi capital en ce début de siècle où l'eau est un enjeu majeur, particulièrement en Afrique.

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Dans un premier temps, les chercheurs de l'IRD ont étudié les précipitations sur le bassin versant du fleuve Congo. Comme l'ensemble de l'Afrique, et tout particulièrement le nord du continent, le bassin du Congo a été touché par une période de sécheresse au cours de la seconde moitié du XXe siècle. Cette diminution se manifeste tout d'abord dans le bassin de l'Oubangui, principal affluent du Congo, qui enregistre une baisse de la pluviométrie à partir de 1960 : celle-ci atteint 3 % entre 1951-1959 et 1960-1989. Dans les autres bassins (Shangha et Kouyou, situés plus au sud), les précipitations commencent à diminuer dix à treize ans plus tard. Pour l'ensemble du bassin, la baisse de la pluviométrie atteint 4,5 % entre 1951-1969 et 1970-1989.

En étudiant ensuite les variations de débit du Congo et de l'Oubangui depuis le début du XXe siècle, les hydrologues ont mis en évidence quatre périodes successives de débit. Stable jusqu'en 1960, leurs débits se modifient ensuite à chaque décennie. Durant les années 1960, ils augmentent et dépassent leurs moyennes sur le siècle. Alors que le Congo revient à un débit normal en 1970, l'Oubangui entre pour sa part dans une phase de sécheresse. La tendance s'accentue à partir de 1980 et, jusqu'en 1996, les deux fleuves restent en dessous de leurs débits moyens sur le siècle. Ainsi, depuis les années 1980 et jusqu'en 1996, le débit du Congo a diminué de 10 % (3 7 400 m3/s en 1992 contre une moyenne de 40 600 m3/s sur la période), ce qui représente la plus forte baisse du siècle. Cette diminution est beaucoup plus accentuée sur l'Oubangui (- 29 %) et quasi inexistante (- 0,2 %) sur le bassin du Kouyou. Globalement, alors que la baisse du débit dans le bassin du Congo est de deux à quatre fois supérieure à celle des précipitations, elle est 9 fois supérieure dans le cas de l'Oubangui.

Comment expliquer que, dans un contexte de sécheresse généralisée, la diminution du débit ne soit pas la même d'un cours d'eau à l'autre ? Les chercheurs ont mis en évidence l'importance de la composition géologique des sols dans l'impact d'une variation de précipitation sur le débit. La composition géologique de ces différents bassins secondaires diffère énormément. Au nord, le bassin de l'Oubangui est une pénéplaine cuirassée et ferrugineuse sur laquelle l'eau ruisselle. Plus au sud, le bassin de la Shangha et son sol sablonneux sont partiellement inondés en période de forte pluie. Enfin, proche de l'embouchure, le bassin du Kouyou est bordé par les plateaux “ Batékés ” et leurs sols de grès, sols poreux et perméables capables de stocker un excès d'eau. De l'un à l'autre, la sécheresse n'a pas eu le même impact. Ainsi, le “ bouclier ” géologique du bassin de l'Oubangui accentue toute variation de précipitation dans des proportions considérables ; entre 1982 et 1993, une baisse de 3 % des précipitations a entraîné une baisse de 29 % de son débit. Au contraire, les sols gréseux du bassin du Kouyou ont un effet stabilisateur, stockant ou rejetant de l'eau. Durant la période humide des années 1960, ils ont retenu l'eau en excès pour la restituer lors de la sécheresse qui est arrivée par la suite. Ainsi, la baisse de précipitation sur cette zone est de l'ordre de 5,3 % mais l'impact sur le débit est 26 fois moindre et il n'a diminué que de 0,2 % !

Sans remettre en cause l'importance de la sécheresse qui sévit en Afrique depuis les années 1970, cette étude précise ses conséquences sur la ressource en eau. La taille du bassin congolais et la diversité de ses affluents sont des atouts remarquables qui lui donnent une grande inertie face aux variations de précipitations. Si le fleuve était aussi sensible que l'est l'Oubangui, on imagine facilement les conséquences catastrophiques de la récente sécheresse sur cette région d'Afrique.


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