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Taille : les hommes européens ont gagné 11 cm en un siècle

Entre 1870 et 1980, les hommes européens ont grandi de 11 cm en moyenne, grâce à une nette amélioration des conditions de vie. Souvent, on considère les variations de la taille comme un révélateur du niveau de santé d’une population. Mais est-ce réellement un bon baromètre ?

Lazare Ponticelli, au milieu de la scène, était le dernier poilu français, né en 1897 et mort en 2008. On le voit ici en 2006 entouré de deux jeunes hommes nés près d'un siècle plus tard et le dépassant de deux têtes. Les hommes européens ont gagné 11 cm en 110 ans. © David Amberg, Wikipédia, cc by sa 3.0 Lazare Ponticelli, au milieu de la scène, était le dernier poilu français, né en 1897 et mort en 2008. On le voit ici en 2006 entouré de deux jeunes hommes nés près d'un siècle plus tard et le dépassant de deux têtes. Les hommes européens ont gagné 11 cm en 110 ans. © David Amberg, Wikipédia, cc by sa 3.0

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Un centimètre par décennie. Voilà le gain moyen en taille des hommes européens de 21 ans nés entre 1870 et 1980. Telle est la conclusion d’une étude menée par l’économiste britannique Timothy Hutton, de l’université d’Exeter, sur les hommes peuplant 15 pays européens. Aujourd’hui, l’Européen moyen né en 1980 atteint en moyenne 1 m 78, alors que son homologue de la fin du XIXe siècle mesurait moins d’1 m 70.

Mais cette recherche, publiée dans l’Oxford Economic Papers, révèle une certaine disparité dans le temps et dans l’espace. Ainsi, l’Europe du nord et du centre (comprenant Allemagne, Autriche, Belgique, Irlande, Finlande, pays scandinaves, Pays-Bas et Royaume-Uni) ont connu leur plus forte poussée de croissance durant l’entre-deux-guerres, période douloureuse marquée notamment par la Grande dépression, consécutive à la crise économique de 1929. On pensait que le contexte défavorable aurait pu limiter la taille. L’Europe du sud, bordée par la Méditerranée (Espagne, France, Grèce, Italie et Portugal), a quant à elle grandi plus vite après la seconde guerre mondiale.

La France est à moins d’un centimètre tous les 10 ans

En tête du classement des nations européennes à la croissance la plus rapide trône le Danemark, avec en moyenne 1,24 cm en plus à chaque décennie sur l’ensemble de la période, avec un pic à 1,83 cm par décennie entre 1911 et 1951. Le Danois né en 1980 mesure 1 m 80. Derrière, on trouve l’Espagne, avec 1,19 cm de gain tous les 10 ans, qui doit sa bonne position à une croissance de 2,53 cm chaque décennie entre 1951 et 1980 pour culminer à 1 m 75.

Ce tableau issu de l'étude reprend le gain, en cm par décennie, constaté pour chaque pays durant différentes périodes de temps. Les Allemands sont globalement en tête mais on ne dispose que de données partielles
Ce tableau issu de l'étude reprend le gain, en cm par décennie, constaté pour chaque pays durant différentes périodes de temps. Les Allemands sont globalement en tête mais on ne dispose que de données partielles. © Timothy Hutton, Oxford Economic Papers

La France figure quant à elle en neuvième position parmi les 10 pays pour lesquels des données sont disponibles pour toutes les périodes de temps. En moyenne, les Français ont pris 0,92 cm par décennie, avec une hausse permanente depuis la fin du Second empire : 0,57 cm par décennie entre 1871 et 1911 ; 1,10 cm par décennie entre 1911 et 1951 ; puis 1,16 cm par décennie sur le dernier créneau. En moyenne, les habitants de l'Hexagone atteignent 1 m 77.

La taille liée à l’état de santé de la population ?

Pour réaliser cette étude, l’auteur s’est basé sur les données récentes provenant des études transversales, tandis que les tailles des générations précédentes ont été estimées à partir des informations provenant des armées, qui n’ont pas manqué de relever la hauteur de tous les hommes étant passés par le service militaire. Ceci explique aussi pourquoi les femmes n’ont pas été intégrées à cette étude : les données sur leur taille sont incomplètes, au moins durant les premières périodes de temps explorées par cette recherche.

Si la taille est un facteur qui fluctue au cours du temps, Timothy Hutton précise que jamais dans l’histoire une telle croissance dans un si bref délai n’avait été observée. Selon lui, le principal facteur déterminant est la très nette amélioration des conditions sanitaires. Ainsi, la mortalité infantile a globalement chuté de 92 % en l’espace de 110 ans, passant de 178 pour mille en 1870 à 14 pour mille en 1980. Combinée à l’augmentation des revenus par habitant, l’amélioration des conditions d’hygiène, la baisse de la fécondité aboutissant à des familles moins nombreuses, un meilleur niveau éducatif et des services de soin et des systèmes de santé bien plus efficaces, le gain de taille est net.

Souvent, ce critère morphologique est utilisé pour déterminer l’état de santé d’une population. Mais ce baromètre n’est pas toujours un bon révélateur. Bien qu’un environnement favorable fasse grandir les populations, d’autres paramètres peuvent venir perturber le lien qui unit taille et santé. Ainsi, l’épidémie d’obésité qui prend de plus en plus d’importance au niveau mondial ne se ressent pas sur la taille, mais a bel et bien de l’influence sur la mortalité, et constitue à ce titre l’une des principales inquiétudes des autorités sanitaires. Plus grands, mais pas toujours mieux portants...


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