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Qu'est-ce que le vide ?

L’existence du vide, admise par la physique classique, est remise en cause par la physique moderne. Alors, le vide existe-t-il ?

Page 2 / 9 - Le Cern pour la physique des particules Sommaire
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Yves Sacquin Physicien expérimentateur

L’acronyme Cern signifie Conseil européen pour la recherche nucléaire. Lorsque le Cern fut créé en 1954, le noyau atomique marquait les frontières de la connaissance en physique, et le mot « nucléaire » était donc bien à sa place dans le nom du Cern.

Aujourd’hui l’objectif de la recherche a progressé au plus profond des noyaux, jusqu’aux quarks qui donnent naissance aux protons et neutrons du noyau atomique, et à de nombreuses autres particules éphémères. En reconnaissance de sa vocation, le laboratoire est maintenant désigné comme « Laboratoire européen pour la physique des particules ». C’est aussi un peu plus rassurant pour ceux qui assimilent « nucléaire » à « dangereux ». Lorsque l’on arrive au Cern, par la route qui vient de Genève, on trouve les bureaux du Laboratoire d’un côté, tandis que les champs situés en face ont vu se dresser un bizarre édifice sphérique d’environ 20 m de haut et de couleur marron, qui au premier abord a un air de réacteur nucléaire. De loin cela ressemble à quelque bâtiment désaffecté tout rouillé, mais à y voir de près on constate qu’il est en bois et est appelé « Le Globe ».

Une fresque de 53 m de long et 6 m de hauteur est installée le long de la rampe du Globe au Cern. © Maximilien Brice, Cern
Une fresque de 53 m de long et 6 m de hauteur est installée le long de la rampe du Globe au Cern. © Maximilien Brice, Cern

Le Globe avait été conçu comme bâtiment pour une exposition dans une autre ville de Suisse. À la fin de la manifestation, la question se posa de ce qu’on allait en faire, à la suite de quoi, plutôt que de le détruire, Le Globe fut offert au Cern pour abriter un centre d’exposition sur ses activités. « À cheval donné on ne regarde point la denture », aussi la direction du Cern accepta l’offre, sans même avoir une vision claire des millions de francs suisses que lui coûterait une telle exposition permanente.

Un scientifique suggéra de tirer parti de ce casse-tête : Le Globe serait une sphère contenant… rien, de sorte que, comme les scientifiques du Cern sont des spécialistes de l’atome, Le Globe deviendrait, tout vide, lui-même une métaphore de l’atome. Et même mieux, pour quelques francs suisses on pourrait suspendre une petite bille, d’un millimètre de diamètre, au centre du Globe, permettant ainsi aux visiteurs de constater par eux-mêmes le vide de l’atome : la bille représente le noyau, les murs les limites extérieures de l’atome. Pour quelques francs de plus, des faisceaux lasers pourraient jouer sur les parois, illustrant les va-et-vient des électrons. On ferait payer un ticket d’entrée aux visiteurs, et les philosophes postmodernes en auraient pour leur compte.

Vue de la nouvelle exposition permanente « Univers de particules » dans le Globe de la science et de l'innovation. © Michael Jungblut, Cern
Vue de la nouvelle exposition permanente « Univers de particules » dans le Globe de la science et de l'innovation. © Michael Jungblut, Cern

Cette idée ne fut pas retenue, et l’on évita ainsi de faire payer au public l’entrée dans une œuvre d’art donnant l’illusion d’une confrontation avec le vide intérieur de l’atome. À la place, des expositions temporaires, plus ou moins en relation avec les activités du Cern, sont abritées dans cette chose qui dépare le paysage. Mais supposons que cette idée pour le moins originale ait été retenue, et que vous ayez traversé toute l’Europe dans le but d’être confronté aux mystères de l’intérieur de l’atome, payé votre ticket d’entrée et, une fois entré dans cette sphère en bois, vous ne trouviez que du vide : demanderiez-vous à être remboursé ou auriez-vous le sentiment d’avoir abordé une vérité profonde ?

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