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Les eaux usées, cette ressource économique mondiale méconnue

Des experts se sont intéressés à la réutilisation des eaux usées dans le monde, y compris après d’éventuels traitements. Leur message est sans appel : elles représentent un potentiel économique méconnu et inexploité. Il est cependant difficile à chiffrer vu le manque flagrant de données disponibles. Quelques chiffres valent parfois mieux que de longs discours.

Sur la planète, l’eau douce disponible pour les activités humaines représente moins de 1% de l’eau terrestre. © Snap, Flickr, cc by 2.0 Sur la planète, l’eau douce disponible pour les activités humaines représente moins de 1% de l’eau terrestre. © Snap, Flickr, cc by 2.0

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Actuellement, près de 40 % de la population mondiale vivent dans des régions où la demande en eau est supérieure à l’offre. Dans 12 ans, ce chiffre devrait passer à 60 % car les ressources hydriques sont limitées. Deux coupables sont régulièrement désignés : l’agriculture et l’industrie, représentant près de 90 % de la consommation mondiale. Cependant, ce fait ne doit plus occulter certains points : la population mondiale s’accroît continuellement, nos modes de vie sont de plus en plus consommateurs et l’urbanisation bat son plein.

Dans ce contexte, des experts de l’université des Nations unies (UNU-INWEH, Canada) et de Tottori (Japon) se sont intéressés au devenir de l’eau une fois consommée. Ils ont ainsi découvert une ressource méconnue, au potentiel économique largement sous-estimé par les entreprises et les autorités gouvernementales : les eaux usées ou traitées. Si l’on en croit les prévisions présentées dans le rapport publié dans la revue Agricultural Water Management, les choses devraient changer à l’avenir, notamment quand les problèmes de stress hydrique vont augmenter.

Pour ne citer qu’un exemple, les eaux usées seraient appropriées à l’irrigation des cultures, puisqu’elles renferment des nutriments tels que la potasse, des nitrates et des phosphates. Ainsi, leur exploitation limiterait les besoins en engrais tout en préservant mieux les nappes phréatiques des régions où elles se vident plus rapidement qu’elles ne se remplissent. Cependant, comme le rappelle les auteurs de l’étude, les données relatives aux volumes des eaux usées, traitées et réutilisées dans le monde font cruellement défaut.

Pourcentage de la population de chaque pays (échelle de couleur à gauche) qui avait accès à l'eau en 2005 (selon l'OMS).
Pourcentage de la population de chaque pays (échelle de couleur à gauche) qui avait accès à l'eau en 2005 (selon l'OMS). © Fanny Schertzer, Wikimedia commons, cc by 2.5

Un tiers des pays n’a pas d'information sur ses eaux usées

Les chercheurs se sont penchés sur la situation rencontrée dans 181 pays. Seuls 55 d’entre eux (parmi lesquels figurent la France et l'Allemagne, mais pas la Belgique) ont été en mesure de fournir toutes les données requises. Cependant, dans 63 % des cas, les chiffres étaient vieux de plus de 5 ans, donc probablement pas à jour. À l’inverse, 57 pays n’ont pas pu livrer de donnée, tandis que les 69 autres ne possédaient que l’une ou l’autre des informations demandées. D’importants efforts sont donc à faire à ce niveau pour mieux estimer le potentiel des eaux usées/traitées, et ainsi adopter des mesures ou des programmes visant à en tirer profit.

Les chiffres obtenus ont néanmoins permis de se faire une idée précise de la situation rencontrée en Amérique du Nord. Chaque année, près de 85 km3 d’eaux usées sont produits sur ce continent, dont 61 km3 sont traités, ce qui vaut environ le volume d’eau s’écoulant annuellement dans les chutes du Niagara. Enfin, seuls 4 % de cette ressource sont réutilisés !

La situation nord-américaine est représentative d’un autre résultat : plus les pays sont « riches », et plus les eaux usées sont recyclées (environ 70 % en moyenne), donc à même d’être réutilisées au quotidien. En effet, seuls 8 % des eaux usées sont purifiées dans les pays « pauvres », contre 28 % à 38 % pour les nations « intermédiaires ». Le problème vient principalement du fait que les installations de filtration requises sont coûteuses à l’achat et à l'entretien (par exemple suite au prix des membranes), même si elles sont plus rentables sur le long terme que l’exploitation des nappes aquifères profondes. Ainsi, l’étude rappelle également l’importance des travaux menés pour développer des installations de traitement de moins en moins onéreuses.


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