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L'Amazonie meurtrie par la sécheresse de 2010

En 2010, l’Amazonie était confrontée à une intense sécheresse qui a dévasté la forêt tropicale. De nouveaux résultats basés sur des images lidar et spectrales réaniment l’éternel débat : la répétition des sécheresses nuit-elle à la forêt tropicale ? À quel point une forêt peut-elle endurer les changements climatiques ? 

Le parc national de Jaú au Brésil représente le plus grand domaine de forêt tropicale protégée d'Amérique du Sud. D'une superficie d'environ 23.000 km2, c'est l'une des régions les plus riches de la planète sur le plan de la biodiversité. © Kellyresende, fotopedia, cc by sa 3.0 Le parc national de Jaú au Brésil représente le plus grand domaine de forêt tropicale protégée d'Amérique du Sud. D'une superficie d'environ 23.000 km2, c'est l'une des régions les plus riches de la planète sur le plan de la biodiversité. © Kellyresende, fotopedia, cc by sa 3.0 

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La sécheresse de 2010 en Amazonie était la plus grave des deux derniers siècles. Des pénuries de pluies ont été observées sur un espace de plus de 3 millions de km². En conséquence, ce sont près de 1,5 milliard de tonnes de CO2 qui ne furent pas absorbées par la forêt tropicale. En 2005 déjà, une intense sécheresse s’était produite sur le bassin amazonien : 1,9 million de km² étaient alors en pénurie d’eau. Cette sécheresse, les scientifiques l'avaient caractérisée comme un phénomène qui ne se produit qu’une fois par siècle.

La forêt tropicale d’Amazonie est un puissant capteur de CO2. Son état de santé influe sur le climat global. La sécheresse de 2010 a dévasté des millions d'hectares et l'atmosphère s'est indubitablement réchauffée. De nouvelles analyses de données, présentées à la réunion de l’American Geophysical Union (AGU meeting), suggèrent qu’environ 4 % des arbres auraient disparu dans les régions les plus touchées par les pénuries d’eau. Ces analyses suggèrent en outre que les données satellite, largement utilisées pour mesurer le stress hydrique dans les forêts tropicales, ne prennent pas suffisamment en compte les impacts dus au réchauffement climatique global.

Ces deux images sont le résultat de la combinaison des images lidar et des données spectrales. La couleur rouge indique les arbres à fort stress hydrique (image du haut), alors que le blanc indique les branches sans feuilles (image du bas). © Carnegie Airborne Observatory, Carnegie Institution for Science
Ces deux images sont le résultat de la combinaison des images lidar et des données spectrales. La couleur rouge indique les arbres à fort stress hydrique (image du haut), alors que le blanc indique les branches sans feuilles (image du bas). © Carnegie Airborne Observatory, Carnegie Institution for Science

Mortalité accrue des arbres amazoniens en zone de sécheresse

Les données en question, récoltées par Gregory Asner de la Carnegie Institution for Science de Palo Alto, en Californie, ont été obtenues depuis un avion. À bord, un lidar et un spectromètre ont été utilisés pour ausculter 500.000 ha de la forêt entre le Brésil et le Pérou. Les chercheurs ont ainsi pu identifier les arbres individuellement, déterminer leur état de santé et mesurer précisément leur taille et leur masse. L’équipe de Gregory Asner a effectué une série de mesures sur une zone de la forêt en la survolant à 2.000 m d’altitude. 

Les études ont commencé un an et demi avant la sécheresse de 2010. La récolte des données sur toute cette période a permis de quantifier la perte d’arbres et les chutes de branches. Les analyses spectrales ont identifié 21 signatures chimiques différentes, comme la teneur en eau et en pigments des feuilles. D’après leurs données, 4 % des arbres dans la zone de sécheresse étaient morts. C’est un taux de mortalité 4 fois supérieur au taux moyen en forêt tropicale.

La sécheresse de 2010 était précédée d’une importante sécheresse en 2005, mais également d’une moins importante en 2007. « L'ensemble du système est stressé et tombait en morceaux », explique Gregory Asner. La question du rôle des précédentes sécheresses fait débat. Les études réalisées après la sécheresse de 2005 ont montré que la photosynthèse n’avait pas été affectée par l’événement, suggérant une étonnante capacité de résistance de la forêt. Les données présentées par Gregory Asner n’ont pas encore été publiées, mais lorsqu’elles le seront, elles rouvriront nécessairement le débat.


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