Cet ancêtre de la navette spatiale est sorti de son hangar il y a tout juste cinquante ans. Une extraordinaire aventure commençait, dans laquelle des pilotes, en combinaison d'astronaute, venaient frôler le domaine spatial et pulvérisaient les records de vitesse, au péril de leur vie. L'Ina (Institut national de l'audiovisuel) a numérisé un reportage de l'émission mythique Cinq colonnes à la Une, dont Futura-Sciences présente ici un long extrait de onze minutes. Décollage immédiat. Attachez vos ceintures...

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    Le X15, version A3, reconstruit après de graves dommages causés par un atterrissage très dur en novembre 1962. © Nasa

    Le X15, version A3, reconstruit après de graves dommages causés par un atterrissage très dur en novembre 1962. © Nasa

    Entre 1958 et 1968, la Nasa a exploré un nouveau domaine de vol : la très haute altitude, jusqu'à la frontière de l'espace, à cent kilomètres au-dessus du sol. L'idée était de mettre au point un engin spatial capable de décoller et de rejoindre le sol par ses propres moyens.

    Construit par North American, cet ancêtre de la navette spatiale, baptisé X-15, utilisait une fuséefusée, à combustibles liquides, plutôt qu'un réacteur. Incapable de décoller seul, chargé de 8 tonnes de combustibles (pour 7 tonnes à vide), il quittait le sol sous l'aile d'un bombardier B-52 qui le larguait en altitude. Dans cet appareil sans équivalent, toute la technologie mise en œuvre était expérimentale, jusqu'à la composition du fuselage, en titanetitane revêtu d'un alliagealliage chromechrome-nickelnickel.

    Le pilotage lui-même était entièrement à inventer. A la suite du Bell-X1, avec lequel Charles (dit Chuck) Yeager franchit le mur du sonmur du son le 14 octobre 1947, le X-15X-15 devait explorer le domaine hypersonique. L'avion-fusée a battu une série de records dans les années 1960, parvenant à dépasser Mach 6.

    Pilotage à haut risque

    Il fallait aussi mettre au point le vol hors de l'atmosphèreatmosphère. Le X-15, en effet, mérite bien son titre d'avion spatialavion spatial. A treize reprises, les pilotes du programme X-15 ont dépassé les 80 kilomètres d'altitude, limite considérée à l'époque comme le seuil de l'espace, et par deux fois, l'engin a grimpé à plus de cent kilomètres au-dessus du sol, aujourd'hui la limite officielle de l'espace.

    Ce ne fut pas sans risque pour les pilotes. Plusieurs fois, la catastrophe a été évitée de justesse. Le reportage de l'émissionémission Cinq colonnes à la Une, daté de 1962, que nous vous proposons aujourd'hui, montre notamment un X-15, piloté de main de maître par Scott Crossfield, dont le fuselage se brise à l'atterrissage. Le même pilote se trouvait aux commandes lors d'un essai au sol quand l'appareil a explosé, et fut heureusement épargné...

    Il aura plus de chance que Michael Adams, tué dans le crash de son X-15, après une vrille à Mach 5 puis des oscillations en tangage qui ont déchiqueté son appareil. Au total, douze pilotes ont participé à ce programme, dont Neil ArmstrongNeil Armstrong. Pour la petite histoire, Scott Crossfield, dont il est beaucoup question dans le film, mourra lui aussi en vol, mais dans un avion privé, le 19 avril 2006, à l'âge de 84 ans.

    La moisson de données accumulées durant les dix années de ce programme de recherche est énorme. Le X-15 a exploré le vol hypersonique et le domaine spatial, expérimenté le contrôle d'un appareil dans l'espace et s'est frotté au problème de la rentrée dans l'atmosphère. Cette expérience unique a largement contribué aux programmes Mercury et ApolloApollo mais aussi, bien sûr, à la réalisation de la navette spatiale.