Trame bleue, trame verte, réseau écologique et passages à faune sont désormais des cibles de la conservation de la biodiversité. Mais parfois, l’isolement peut être salutaire. C’est le cas des cours d’eau et des zones humides dans les zones très altérées par l’homme.
Dans les milieux modifiés par les activités humaines, les milieux aquatiques subissent une baisse des flux d’eau et une rupture de la connectivité hydrologique.
En conséquence, les efforts de restauration des cours d’eau visent souvent à rétablir le régime hydrique et donc à augmenter le flux d’eau. L’objectif est alors d’accroître le transport par l’eau des sédiments, des organismes et de l’énergie pour recréer des habitats et permettre la migration et la dispersion des être vivants.
Mais ce remède classique ne serait pas la panacée... Dans le cas des milieux très altérés, il peut même faire plus de mal que de bien. En effet, de faibles flux peuvent avoir dans ces zones des conséquences bénéfiques :
La vie est un long fleuve tranquille
Les chercheurs C. Rhett Jackson et Catherine M. Pringle de l’Université de Géorgie ont ainsi présenté une série d’exemples écologiquement positifs du maintien d’une faible circulation des eaux dans la revue BioScience de janvier 2010.
Ils ont notamment souligné le cas du lac Michigan, menacé par l’invasion de deux espèces de carpes asiatiques, présentes dans un canal de Chicago, et de la Truite fardée à dos noir (Oncorhynchus clarki stomias), protégée de sa cousine invasive par des barrages hydrauliques.
La restauration du régime hydrique d’un milieu risque donc de créer un nouvel état environnemental inconnu et difficile à appréhender et à gérer. Le scénario du seul maintien des flux hydrauliques, voire de sa diminution, pour maintenir une faible connectivité hydrologique est donc une alternative viable dans le cas des milieux très altérés. Ce type de scénario devrait être pris en compte à l’avenir lors des études d’impact des projets de restauration, en fonction des diagnostics environnementaux des milieux concernés.
Comme le concluent les chercheurs de l’étude, « un des grands défis [de la restauration écologique] est de développer une meilleure compréhension prédictionnelle des mécanismes de la connectivité hydrologique dans les paysages très altérés ». Sans cela, les remèdes pourraient être pires que le mal déjà commis par les activités humaines.
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