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Le Cern est désormais dirigé par la physicienne Fabiola Gianotti

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Laurent Sacco, Futura-Sciences

Alors que la communauté de la physique des hautes énergies retient son souffle, espérant que l'année 2016 sera marquée par la confirmation de l'existence d'une nouvelle physique, le flambeau de la direction du Cern est bien passé, comme prévu, le premier janvier 2016, entre les mains de la physicienne italienne Fabiola Gianotti. C'est la première femme à la tête du mythique laboratoire.

Fabiola Gianotti a commencé sa carrière de physicienne à la fin des années 1980 en travaillant sur les données de l'expérience UA2, l'une de celles qui a permis aux chercheurs du Cern de découvrir en 1983 les bosons W et Z, dont les masses requièrent l'existence du boson de Brout-Englert-Higgs. Trente ans plus tard, elle dirige le Cern. © Maximilien Brice, Cern

La fin de l'année 2015 a permis de célébrer les 25 ans du World Wide Web, mis en ligne en 1990 au Cern (l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire) par son « père » Tim Berners-Lee. Désormais, il existe près d'un milliard de sites Web et plus de trois milliards d'internautes. Le Cern s'apprête peut-être de nouveau à changer radicalement notre vision du monde cette année avec la découverte d'un nouveau boson. Il pourrait permettre d'aller enfin bien au-delà de l'héritage d'Einstein, notamment de la relativité générale dont on a célébré le centenaire l'année dernière.

Dans ce contexte, l'Italienne Fabiola Gianotti vient de succéder comme prévu à l'Allemand Rolf Heuer au poste de directeur général, le premier janvier 2016, et son mandat durera 5 ans. En effet, en 2014, alors que le Cern venait de fêter ses 60 ans, son Conseil avait annoncé le nom de cette physicienne.

C'est la première fois qu'une femme se trouve à la tête du Cern. Une autre physicienne avant elle avait déjà dirigé un important laboratoire de physique des particules ; Persis Drell a en effet été la directrice du Centre de l'accélérateur linéaire de Stanford de 2007 à 2014.

Comme plusieurs physiciens de renom, tel Jean-Pierre Luminet, Fabiola Gianotti, qui est née en 1962 à Milan en Italie, a d'abord commencé à s'intéresser à l'art et la musique lorsqu'elle était jeune (c'est une pianiste diplômée du conservatoire de Milan) avant de se tourner vers la philosophie. Le passage s'est ensuite fait naturellement vers la physique puisque, selon les propres mots de la chercheuse, « la physique tentait également de répondre aux questions fondamentales et souvent elle pouvait donner une réponse. Peut-être pas la réponse finale, peut-être juste un petit pas en avant ».

L'actuelle directrice générale du Cern, Fabiola Gianotti, avait accordé une interview en français à la chaîne Arte. © Vox Pop, Arte, YouTube

Fabiola Gianotti et la chasse au boson de Brout-Englert-Higgs

Ce fut le début d'une trajectoire qui allait finalement l'amener à la tête de la collaboration menant l'expérience Atlas de mars 2009 à février 2013 et donc à jouer un rôle important dans la chasse au boson de Brout-Englert-Higgs, réalisée avec ce détecteur géant, complémentaire de CMS. Son travail lui vaudra d'ailleurs d'être lauréate en 2012 d'un des prix de la Fundamental Physics Prize Foundation de Yuri Milner.

Fin 2014, le précédent directeur général du Cern, Rolf Heuer, avait commenté la nomination de son successeur en ces termes : « Fabiola Gianotti est un excellent choix. Cela a été un plaisir de travailler avec elle toutes ces années. Je me réjouis à la perspective de collaborer avec elle tout au long de l'année de transition, en 2015, et je sais que je laisse le Cern en de très bonnes mains ».

La physicienne avait quant à elle déclaré : « C'est un grand honneur et une grande responsabilité pour moi d'être choisie pour occuper cette fonction, prenant la suite de 15 directeurs généraux d'une qualité remarquable. Le Cern est un centre d'excellence scientifique et une source de fierté et d'inspiration pour les physiciens du monde entier. C'est également un berceau de la technologie et de l'innovation, une source de savoir et d'éducation et un exemple brillant, et concret, de coopération scientifique et pacifique dans le monde. C'est la combinaison de ces quatre aspects qui font du Cern un lieu si exceptionnel, un lieu qui produit de meilleurs scientifiques et une société meilleure. Je m'attacherai pleinement à maintenir l'excellence du Cern dans tous ses aspects, avec l'aide de tous, y compris le Conseil du Cern, le personnel et les utilisateurs venus du monde entier ».

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