Ipsa One est un satellite qui sera lancé par des étudiants. Les CubeSats réduisent considérablement le coût de l'accès à l'espace. © Nasa, droits réservés ; montage : Rémy Decourt

Sciences

Ipsa One, le satellite lancé par des étudiants

ActualitéClassé sous :Astronautique , Ipsa One , CubeSat

Une équipe de l'école d'ingénieurs en aéronautique Ipsa prépare la réalisation d'un CubeSat, à lancer dans l'espace dans quelques années. Ces étudiants ont fédéré une association autour d'eux, sorte de mini-agence spatiale. Le projet prend corps, démontrant combien ces nanosatellites changent la donne de l'accès à l'orbite basse.

Ils veulent lancer un satellite. Et ils ont de bonnes chances d'y parvenir, car ils s'en donnent les moyens. « Ils », ce sont trois étudiants de la promotion 2020 de l'Ipsa, école d'ingénieurs de l'air et de l'espace : Jordan Culeux, Chris de Claverie et Valentin Steichen. Le projet Ipsa One (One pour Orbital Nano Experiments) germe en 2016, durant leur deuxième année ; une association est alors créée pour réunir des passionnés de l'école autour de ce projet.

L'idée est celle d'un « CubeSat », un format de satellite miniature, de 10 cm de côté pour moins de 1,5 kg. Depuis plusieurs années, de nombreuses réalisations exploitent ce principe simple et modulaire, plusieurs unités pouvant être associées. Le succès de la formule bouleverse l'accès à l'espace, qui devient possible, avec un faible coût, pour des petites structures, entreprises ou laboratoires. Un lanceur classique peut en effet emporter ces petits cubes en plus de gros satellites. En février dernier, un lanceur indien a emporté 104 satellites en un seul tir, dont 103 CubeSats.

De gauche à droite : Chris de Claverie, Valentin Steichen et Jordan Culeux, les trois fondateurs du projet. Derrière eux, la chambre à plasma de l'Estec (le centre technique de l'ESA) qui a servi à des tests. © Ipsa One

CubeSat cherche passagers

Ipsa One n'a donc rien d'utopique. « Il existe dans le monde une centaine de projets d'étudiants avec des CubeSats, dont une dizaine en France, rapporte Jordan Culeux. Il y a une grosse demande partout. » La réalisation n'a cependant rien de simple. « Nous étions 40 dans l'association pour l'année 2016-2017. Actuellement, nous en sommes à 27 à cause des départs des étudiants en cinquième année mais cela va remonter. Il n'y a rien de trop ! »

Le projet est actuellement en « phase 0 ». Il s'agit de définir les caractéristiques principales de l'engin et la charge utile, mais aussi de nouer les bons contacts. Phase 1, en février : il faudra alors mettre des chiffres sur tout cela. « Ce sera un 3U, donc avec trois unités, une pour le propulseur, une pour la charge utile et une pour la plateforme de contrôle. » Il y aura ainsi un propulseur, ce qui n'est pas systématique sur un CubeSat. Pour la charge utile, les étudiants en sont à chercher les propositions. Des laboratoires sont intéressés mais aussi des industriels, et même un fabricant de fromage, pour la publicité.

Une maquette du satellite à l'essai. © Ipsa One

Le projet Ipsa One doit s'inscrire dans la durée

L'équipe envisage tout. Car il faut trouver de l'argent pour s'offrir une petite place dans un lanceur. « En Inde, cela coûte 250.000 euros. » Il faut aussi s'assurer une crédibilité suffisante, par exemple en s'appuyant sur l'aide de l'école et de deux tuteurs, enseignants à l'Ipsa, Vincent Robert, chasseur d'astéroïdes, et Anica Lekic, spécialiste de la physique des plasmas et astronome amateur.

Je n'ai jamais appris autant de choses en si peu de temps...

Pour l'instant, il faut organiser les équipes et le travail dans différentes spécialités. Par exemple, il faut prévoir un stage d'un étudiant à Orléans qui travaillera sur le VAT (Vacuum Arc Thruster), un prototype de propulseur ionique à arc électrique qui convient bien à Ipsa One. « Je n'ai jamais appris autant de choses en si peu de temps : technique, marketing, présentation de projet... » sourit Jordan Culeux. L'histoire d'Ipsa One ne fait que commencer et dépasse déjà la petite équipe initiale, ce qui pose le problème de la gestion des acquis. « La transmission des connaissances et des savoirs est au centre de notre projet. Nous documentons tout et nous rédigeons en anglais. C'est important. » D'ailleurs, des contacts existent à l'étranger, notamment pour les stations au sol. Quand le petit satellite sera en orbite, il faudra pouvoir le suivre tout au long de ses tours de la Terre.

Décollage prévu en 2021 ou 2022. À voir... Quoi qu'il arrive, ces étudiants, amoureux du ciel et astronomes amateurs, voient leur avenir professionnel dans l'espace. « C'est notre passion. C'est notre vie. »

Pour en savoir plus sur le projet, rendez-vous sur la conférence de présentation d'Ipsa One, pour une heure d'explications détaillées (et mises en musique), avec l'intervention de Howard Nye, de l'ESA, et Bruce Benamran, youtubeur de la série e-penser.

  • Un CubeSat propulsé est en cours de réalisation à l'école d'ingénieurs Ipsa.
  • Les étudiants gèrent tous les aspects du projet, qui doit aller jusqu'au lancement en 2021 ou 2022, en « covoiturage » avec de gros satellites, comme cela se pratique pour les CubeSats.
  • Ce format miniature réduit considérablement le coût d'une mission en orbite basse.
  • L'équipe Ipsa One propose l'embarquement d'une charge utile à des laboratoires et des entreprises privées.
Cela vous intéressera aussi

CubeSats : des microsatellites à l’assaut de l'espace  Durant de nombreuses années, les satellites sont restés compliqués à développer et à produire, notamment au niveau de leur électronique interne faite sur mesure. Cependant, depuis quelque temps, on voit émerger des microsatellites tout aussi capables et à la taille bien plus réduite. La chaîne Euronews et l’Agence spatiale européenne (ESA) nous en parlent au cours de ce nouvel épisode de Space.