C’est le rover le plus audacieux au monde. Son but est de montrer s’il est possible de rouler sur Phobos, principale lune de Mars. Idéfix sera aussi un éclaireur de la sonde japonaise qui l’emporte, avant qu’elle ne se pose à son tour sur Phobos pour en prélever des échantillons et les rapporter sur Terre. Décollage prévu en 2024.


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    La mission Mars Moons Explorer (MMX), conduite par l'agence spatiale japonaiseagence spatiale japonaise Jaxa, est une des missions les plus audacieuses de cette décennie. Faisant suite aux fabuleuses missions Hayabusa de retour d'échantillons d'astéroïde, MMX a pour objectif de rapporter des échantillons de la plus grande lune de notre voisine, la Planète rouge.

    Chercher les origines de Phobos

    PhobosPhobos et DeimosDeimos sont les seules lunes de Mars. Mais depuis longtemps, on se demande ce qu’elles font là. Concernant Phobos, deux scénarios sont proposés : la capture d'un astéroïde par la planète, ou la formation de la lune par agrégations de débris issus d'une fantastique collision entre Mars et une planète en formation il y a plusieurs milliards d'années. Avec les données de la sonde Hope, les chercheurs émiratis penchent plus pour le second scénario, mais selon le chercheur du CNRS Patrick Michel, coresponsable scientifique d'Idéfix, seules des données in situ et issues d'échantillons permettront de décider.

    Que signifient ces ravins ? Quelle est l'origine de Phobos ? Tels sont les objectifs de MMX. Idéfix ira sur place pour en avoir le cœur net. © MRO_Nasa JPL-Caltech, <em>University of Arizona</em>
    Que signifient ces ravins ? Quelle est l'origine de Phobos ? Tels sont les objectifs de MMX. Idéfix ira sur place pour en avoir le cœur net. © MRO_Nasa JPL-Caltech, University of Arizona

    Le choix du site de prélèvement par MMX sera décidé par la Jaxa à l'issue d'une longue phase de caractérisation de la surface par divers instruments. Parmi eux, on retrouve un spectromètre fourni par le Cnes, nommé MirsMirs, et développé par le Laboratoire d'études spatiales et d'instrumentation en astrophysique - Lesia - à Meudon.

    Quoi de mieux qu’un rover comme éclaireur ?

    Pour prélever les échantillons à la surface de Phobos, MMX prévoit de s'y poser. Toutefois, la gravité de Phobos est tellement faible et variable à la surface qu'on n'est pas à l'abri de quelques surprises. Pour tâter le terrain et savoir combien il sera complexe ou aisé de s'y poser, la Jaxa a accepté d'emporter Idéfix qui va non seulement se poser, mais aussi tenter de rouler. Rouler sera avantageux car le roverrover pourra faire des mesures in situ à plusieurs endroits, et ainsi caractériser localement la surface de Phobos. « Le rover sert à sécuriser l'atterrissage » de MMX, a déclaré Stéphane Mary, chef de projet au Cnes.

    Le rover en salle blanche au Centre spatial de Toulouse du Cnes. Ici, les roues sont repliées et attachées, elles se libèreront une fois le rover posé au sol de Phobos. Les trois couches dorées au-dessus de la carlingue sont les panneaux solaires en position repliée. Pour les protéger du choc quand le rover rebondira à la surface, des « mousses d'aluminium » ont été ajoutées — ce sont ces espèces d'éponges grises. © Daniel Chrétien, Futura
    Le rover en salle blanche au Centre spatial de Toulouse du Cnes. Ici, les roues sont repliées et attachées, elles se libèreront une fois le rover posé au sol de Phobos. Les trois couches dorées au-dessus de la carlingue sont les panneaux solaires en position repliée. Pour les protéger du choc quand le rover rebondira à la surface, des « mousses d'aluminium » ont été ajoutées — ce sont ces espèces d'éponges grises. © Daniel Chrétien, Futura

    Le rover sera posé non loin du site de prélèvement choisi par la Jaxa. « Posé » est plutôt une façon de parler. Le rover va littéralement tomber, rebondir à la surface, puis finir par faire des « roulés-boulés » avant de commencer son déploiement.

    Pour se déployer, le rover devra d'abord se rendre compte s'il est à l'endroit ou à l'envers. Ensuite, il déploiera doucement ses jambes au bout desquelles se trouvent les roues. Une fois dressé sur ses jambes, le rover déploiera alors ses panneaux solaires pour recharger ses batteries.

    Voici comment le rover Idéfix roulera sur Phobos. © DLR

    Presque prêt à partir

    Idéfix est un rover franco-allemand conçu par le Cnes et l'agence spatiale allemandeagence spatiale allemande, la DLR. Son développement a été extrêmement rapide car le rover a repris des technologies déjà utilisées sur des cubesatscubesats, comme EyeSat. Les premiers éléments étaient arrivés au Cnes en 2022, là où a été réalisé l'assemblage final.

    Durant des mois, le rover a été testé au Cnes, au Centre spatial de Toulouse. Aujourd'hui, il ne lui reste plus qu'à subir un test d'auto-compatibilitécompatibilité en salle anéchoïque pour vérifier si les instruments scientifiques qu'il emporte et les différents sous-systèmes ne se gênent pas entre eux. Ensuite, le rover sera mis en boîte et s'envolera pour le Japon où il sera intégré à la sonde avant un décollage en septembre 2024. Son posé sur Phobos est prévu en 2027.

    Idéfix est prêt à partir en salle anéchoïque pour un dernier test avant d'être acheminé au Japon. © Daniel Chrétien, Futura
    Idéfix est prêt à partir en salle anéchoïque pour un dernier test avant d'être acheminé au Japon. © Daniel Chrétien, Futura

    Voici Idéfix, le premier rover de l'histoire qui roulera sur une lune de Mars

    Connaissez-vous ce projet fantastique, audacieux, unique, de rouler sur la principale lune de Mars ? La mission Mars Moons Explorer - MMX - de l'agence spatiale japonaise (Jaxa) prévoit de quitter la Terre à la fin 2024, afin d'étudier Phobos et Deimos, d'analyser leur surface, de prélever des échantillons et les rapporter sur Terre. La France apporte à ce projet une importante contribution.

    Article écrit par Daniel ChrétienDaniel Chrétien, publié le 21 juin

    Voici une magnifique mission digne du programme japonais Hayabusa, qui a permis par deux fois de rapporter sur terre des échantillons d'astéroïdes. Lors de la mission Hayabusa-2, le Cnes et l'agence spatiale allemande (Deutsches Zentrum für Luft-und Raumfahrt ou DLR) avaient embarqué à bord avec l’expérience Mascot, une boîte capable de se déplacer toute seule à la surface de l'astéroïde. La mission Mars Moons Explorer (MMX) durera 5 ans, du décollage au retour d'échantillons dans le désertdésert australien, dont trois ans en orbiteorbite martienne.

    Aujourd'hui, le trio de choc se reforme. Près de quatre ans après l'avoir annoncé, le Cnes, la Jaxa et DLR ont signé un accord de partenariat au Salon de l'AirAir et de l'Espace, tandis que le rover a terminé son assemblage, et se prépare à être livré au Japon en septembre. « Nous sommes très fiers de participer à MMX, un grand merci à la Jaxa », précise Philippe Baptiste, directeur général du Cnes.

    Le rover de 25 kilos a été développé en un temps très court, à savoir trois à quatre ans, ce qui est impressionnant au vu de la complexité de ce qu'il doit accomplir. Le rover est actuellement en salle blanche à Toulouse, où il subit des tests. Le Cnes y a notamment apporté l'ordinateurordinateur de bord, les sous-systèmes de puissance électrique, ainsi que d'autres composants.

    Maquette à taille réelle du rover Idefix. © Daniel Chrétien, Futura
    Maquette à taille réelle du rover Idefix. © Daniel Chrétien, Futura

    Il s’appellera Idéfix

    Lors de la signature officielle du partenariat, le nom du rover a été enfin révélé : il s'appellera Idéfix, comme le fidèle compagnon d'Obélix. Ce choix nous rappelle que le tout premier satellite français mis en orbite s'appelait Astérix. Pour l'occasion, nous avons posé quelques questions à Philippe Baptiste, directeur général du Cnes.

    Futura : Comment les partenaires ont-ils accueilli la proposition du nom ?

    Philippe Baptiste : C'était assez facile en Allemagne car la bande dessinée y est très populaire. On a d'ailleurs prévu de leur offrir une collection complète ! Et nos amis japonais étaient assez ouverts car ça reste un rover franco-allemand.

    Futura : Ce nom est clairement un retour dans l’histoire du spatial français…

    Philippe Baptiste : Il y a un double appel. D'une part, le rover est petit, agile, et résilientrésilient. C'est aussi un rappel historique à Astérix, mais il ne faut pas chercher beaucoup plus.

    Le patch de mission du rover Idéfix. © Cnes, DLR, Jaxa, 2023 LES EDITIONS ALBERT RENE / GOSCINNY-UDERZO
    Le patch de mission du rover Idéfix. © Cnes, DLR, Jaxa, 2023 LES EDITIONS ALBERT RENE / GOSCINNY-UDERZO

    Futura : comment avez-vous transposé la collaboration internationale qui avait lieu avec Mascot dans Idéfix ?

    Philippe Baptiste : Les équipes se connaissaient en bonne partie. On a fait des réunions très régulièrement au plus haut niveau avec Walther Pelzer [directeur de la DLR, ndlr] pour suivre le projet, voir où étaient les difficultés, et pour coordonner tous les partenaires car il y en a plusieurs en Allemagne tandis qu'en France, c'est chapeauté par le Cnes.

    Futura : Outre le rover et le spectromètre Mirs, le Cnes apporte également à MMX sa compétence en dynamique du vol. Est-ce la première fois ?

    Philippe Baptiste : On l'a déjà fait avant. Nous avons beaucoup d'équipes qui travaillent là-dessus. C'est un des grands challenges, à la fois pour la sonde et pour le rover, car on ne connaît pas la géométrie de Phobos, ni précisément sa gravimétriegravimétrie. C'est une patate avec une gravimétrie très faible. Par conséquent, il va falloir l'identifier, la calculer et faire la dynamique du vol qui correspond pour pouvoir faire l'approche en fonction.

    Lors de la signature des accords, au chalet Cnes, au Salon de l'Air et de l'Espace. De gauche à droite : Walther Pelzer et Anke Kaysser-Pyzzala, du bureau exécutif de l'agence DLR, Hiroshi Yamakawa, directeur général de la Jaxa, et Philippe Baptiste, directeur général du Cnes. © Daniel Chrétien, Futura
    Lors de la signature des accords, au chalet Cnes, au Salon de l'Air et de l'Espace. De gauche à droite : Walther Pelzer et Anke Kaysser-Pyzzala, du bureau exécutif de l'agence DLR, Hiroshi Yamakawa, directeur général de la Jaxa, et Philippe Baptiste, directeur général du Cnes. © Daniel Chrétien, Futura