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Les baleines sont stressées par le bruit des navires

ActualitéClassé sous :zoologie , baleine noire de l'Atlantique , Eubalaena glacialis

Par Bruno Scala, Futura

Il y a trop de bruit dans l'océan et cela stresse les baleines : c'est la conclusion d'études comparant les excréments de baleines noires de l'Atlantique sur des périodes de trafic maritime plus ou moins important. Après les attentats du 11 Septembre par exemple, le trafic maritime s'est considérablement estompé et les scientifiques ont détecté moins d'hormone de stress dans les fèces de ces cétacés.

On trouve les baleines noires de l'Atlantique le long des côtes est de l'Amérique du Nord et des côtes européennes. © MyFWC_Research, Flickr, cc by nc nd 2.0
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À la manière d'un devin qui lit l'avenir dans le marc de café, les scientifiques sont capables d'analyser la santé des baleines en observant leurs excréments. Ils ont ainsi pu montrer que le bruit des navires et autres activités sous-marines humaines perturbant la quiétude de l'océan stressaient les baleines. 

Pour arriver à de telles conclusions, les chercheurs ont comparé les contenus des excréments de baleines noires de l'Atlantique (Eubalaena glacialis). Tandis que certains de ces fèces avaient été produits lors de périodes où les perturbations sonores étaient importantes, avec un trafic maritime dense, d'autres dataient d'années plus calmes.

Diminution du trafic maritime après les attentats du 11 Septembre

De l'année 2001, plus précisément. Car cette année-là, les attentats du 11 septembre ont eu pour effet de diminuer drastiquement le trafic maritime dans la baie de Fundy, qui se situe à l'est du Canada, coincée entre la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick. Les baleines y sont des habituées. Les scientifiques ont enregistré une diminution de 6 dB en moyenne, et notamment une forte baisse de la nuisance sonore en dessous de 150 Hz. Ces résultats sont rapportés dans la revue Proceedings of the Royal Society B.

Variation de la quantité de métabolites de glucocorticoïde dans les fèces de baleines après et avant le 11 septembre des années 2001 à 2005. Une variation négative (2001) montre une quantité plus importante avant le 11 septembre et donc une diminution sur la période août-septembre. © Rolland et al. 2012, Proc. Roy. Soc. B - adaptation Futura-Sciences

Rosalind Rolland, de l'Aquarium de la Nouvelle-Angleterre, et ses collègues, réalisaient justement des prélèvements à ce moment-là et les ont poursuivis afin d'effectuer une comparaison entre une période bruyante et une autre plus calme.

Le bruit stresse et menace les baleines

Et les résultats sont sans appel. Les scientifiques ont noté une forte baisse du taux de métabolites de glucocorticoïdes - une hormone sécrétée en cas de stress - dans les fèces juste après le 11 septembre 2001 alors que pour les autres années (2002-2005), la quantité de résidus de l'hormone a tendance à augmenter (ou ne pas diminuer) entre août et septembre. En mettant les résultats en parallèle avec les réductions sonores, les chercheurs ont déduit que le bruit stresse les baleines.

Les bruits d'origine anthropique sont émis sur les mêmes fréquences que les sons des animaux utilisés pour la communication. © The Oceaonography Society, d'après Slabberkoorn et al. 2010, Elsevier - adaptation Futura-Sciences

Pourquoi les nuisances sonores stresseraient-elle ces cétacés ? Comparées aux animaux terrestres, les espèces sous-marines n'utilisent que peu la vue. Les baleines, en l'occurrence, émettent des sons pour communiquer. Mais certains bruits (trafic, forage, etc.) sont émis dans les mêmes longueurs d'onde que leurs chants, ce qui perturbe la communication et donc engendre du stress. Des scientifiques avaient d'ailleurs noté que certaines baleines émettaient des sons plus graves pour se faire entendre.

Outre les problèmes de communication, la production d'hormone de stress en trop grande quantité a des répercussions sur le succès reproducteur de ces animaux. Or la baleine noire de l'Atlantique est sur la liste rouge de l’UICN, dans la catégorie des espèces en danger. On compte environ 300 individus en Amérique du Nord. Il faut donc les laisser se reproduire, en silence...

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