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Et si la peste revenait frapper l’Europe ?

La peste est largement connue pour les épidémies mortelles qu’elle a pu causer dans le passé. Mais si la France a été épargnée depuis près de trois siècles, sommes-nous définitivement à l’abri d’une résurgence ? Le contexte actuel de résistance aux antibiotiques invite les spécialistes à faire preuve de beaucoup de vigilance…

Hauts les masques ! Faudra-t-il bientôt se préparer à une résurgence de la peste ? Si rien ne permet encore de l'affirmer à l'heure actuelle, la possibilité serait théoriquement réelle. Autant se préparer à l'éventualité plutôt que de s'y prendre trop tard... © Yasser Alghofily, Flickr, cc by 2.0 Hauts les masques ! Faudra-t-il bientôt se préparer à une résurgence de la peste ? Si rien ne permet encore de l'affirmer à l'heure actuelle, la possibilité serait théoriquement réelle. Autant se préparer à l'éventualité plutôt que de s'y prendre trop tard... © Yasser Alghofily, Flickr, cc by 2.0

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Est-ce vraiment une maladie du passé ? Dans l’esprit des Européens, la peste est une terrible infection qui a causé de terribles épidémies dans un lointain passé. Cette pandémie de Peste noire ravagea le Vieux continent au milieu du XIVe siècle, tuant selon les experts entre 30 et 50 % des Européens. Ce sont d’ailleurs les restes d’une douzaine de ces victimes qui viennent d’être exhumés la semaine passée à Londres lors de fouilles dans un chantier de Crossrail.

En France, le dernier épisode important date d’il y a près de trois siècles. Entre 1720 et 1723, Marseille et sa région ont été le théâtre d’une épidémie terrible, durant laquelle jusqu’à 120.000 personnes auraient péri sur les 400.000 habitants qui occupaient la Provence à l’époque.

Si les maux qui nous affectent évoluent au fil des siècles, devons-nous craindre aujourd’hui une nouvelle pandémie de cette maladie médiévale ? Peut-être estiment les spécialistes, qui jugent que nous ne sommes pas forcément à l’abri d’un retour et qu’au cas où, il serait plus prudent de se parer à toute éventualité. C’est du moins une idée défendue par Christian Devaux, chercheur au Centre d'études d’agents pathogènes et biotechnologies pour la santé (CPBS), dans la revue Infection, Genetics, and Evolution.

Dans Scène de la peste de 1720 à la Tourette, le peintre Michel Serre livre un témoignage visuel de l'ampleur des dégâts, et montre le chevalier Roze, symbole de l'État, contribuer à l'inhumation des cadavres retrouvés sur l'esplanade de la Tourette, à Marseille. © Musée Atger de Montpellier, Christophe.moustier, Wikipédia, DP
Dans Scène de la peste de 1720 à la Tourette, le peintre Michel Serre livre un témoignage visuel de l'ampleur des dégâts, et montre le chevalier Roze, symbole de l'État, contribuer à l'inhumation des cadavres retrouvés sur l'esplanade de la Tourette, à Marseille. © Musée Atger de Montpellier, Christophe.moustier, Wikipédia, DP

L’Afrique centrale toujours frappée par la peste

La peste est due à une bactérie, Yersinia pestis. Elle survit souvent dans le sang de mammifères, notamment les rats, qui sont accusés d’être les vecteurs de la maladie, et ainsi jouissent d’une très mauvaise réputation. Pourtant, à leur décharge, ce serait plus souvent une puce ayant sucé du sang contaminé chez le rongeur qui transfèrerait le bacille à l’Homme après avoir changé d’hôte.

Les épidémies apparaissent surtout dans des endroits insalubres et associés à une grande misère, le microbe préférant d'ailleurs s’en prendre aux organismes affaiblis par une famine. Aujourd’hui, c’est surtout en Afrique, et principalement à Madagascar ou en République démocratique du Congo que la maladie frappe le plus. L’OMS estime que 600 personnes sont touchées chaque année dans le monde.

Si la peste n’est pas éradiquée mais qu’elle se concentre principalement sur quelques territoires, l’Europe semble à l’abri. Mais pas de réjouissances trop hâtives. Le chercheur français s’est penché sur l’épidémie ayant frappé la cité phocéenne durant le XVIIIe siècle pour évaluer les meilleures mesures de précaution à prendre au cas où la bactérie venait à reprendre pied sur le Vieux continent.

Yersinia pestis rentre en résistance

D’après l’auteur, les migrations humaines, et principalement le commerce international, pourraient aider le micro-organisme à retrouver l’Occident. S’il paraît peu évident qu’un navire battant pavillon français sème des épidémies durant ses escales, la probabilité que le bacille Yersinia pestis circule à bord d’un bateau en provenance d’un pays en voie de développement est plus importante.

Yersinia pestis, ici en fluorescence, est la bactérie responsable de la peste. Elle évolue avec le temps et s'adapte peu à peu aux antibiotiques qu'on lui propose. Redeviendra-t-elle de nouveau l'un des nos pires ennemis à l'avenir ? © CDC, DP
Yersinia pestis, ici en fluorescence, est la bactérie responsable de la peste. Elle évolue avec le temps et s'adapte peu à peu aux antibiotiques qu'on lui propose. Redeviendra-t-elle de nouveau l'un des nos pires ennemis à l'avenir ? © CDC, DP

Si aujourd’hui la peste ne frappe que sporadiquement les êtres humains, les spécialistes s’inquiètent de voir que la bactérie commence à résister aux antibiotiques qu’on lui oppose. D’autant plus qu’on suspecte que le pathogène puisse être utilisé comme arme biologique par des bioterroristes. Que fera-t-on si par mégarde une souche multirésistante frappe le monde à grande échelle ?

Une résurgence des maladies du passé ?

C’est pourquoi le chercheur français appelle à investir des efforts dans la lutte contre la peste et de suivre de près les épidémies futures. L’histoire a montré qu’une population avertie associée à une politique sanitaire efficace permet de mieux contrôler la maladie et surtout d’éviter des épisodes de panique.

Cependant, il pointe du doigt les inconvénients qu’une politique trop stricte pourrait causer. En effet, il précise qu’affirmer haut et fort qu’un pays lutte contre la peste pourrait dissuader certains touristes de venir y passer des vacances. Il faut donc bien réfléchir à la meilleure façon de mener sa barque.

Il est peu probable que la question concerne réellement l’Europe dans les années à venir. Mais si les solutions viennent à manquer face au phénomène de résistance aux médicaments, croissant à travers le monde, il est probable que des maladies du passé finissent par ressurgir. La peste, à qui l’on impute entre 75 et 200 millions de victimes, pourrait réellement être l’une d’elles.


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