ou Les personnes chez qui apparaissent les hallucinations arrivent plus facilement à donner du sens à des images ambiguës. C’est ce qu’ont montré des chercheurs britanniques dans une expérience réalisée notamment avec des patients ayant des signes précoces de psychose.

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    La psychose est une maladie mentale qui se caractérise par une perte de contact avec la réalité. Elle est parfois associée à des changements dans la perception, au point que l'individu voit ou ressent des choses qui ne sont pas réelles : il a des hallucinations, qui peuvent s'accompagner de croyances irrationnelles. Les hallucinations visuelles sont particulièrement fréquentes dans la schizophrénie.

    Mais comment des personnes « saines » peuvent un jour être amenées à avoir des hallucinations ? Des éléments de réponse se trouvent dans la façon dont le cerveau peut interpréter la réalité. En effet, pour comprendre notre environnement, il nous faut nous approprier les informations du monde alentour, comme la taille d'un objet ou la distance à laquelle il se trouve. Pour y arriver, le cerveau doit interpréter des informations sensorielles parfois incomplètes, en utilisant les connaissances qu'il possède déjà sur l'environnement. Il construit alors une représentation sûre, sans ambiguïté, du monde.

    Par exemple, en entrant dans une pièce, une forme noire se déplaçant rapidement peut être difficile à identifier. Mais nos sens et nos connaissances préalables (par exemple sachant qu'un chat est présent dans la maison) peut permettre de reconstruire l'image et de reconnaître l'animal. Comme l'explique Christoph Teufel de l'École de psychologie de l'université de Cardiff, « la vision est un processus constructif - en d'autres termes, notre cerveau fabrique le monde que nous voyons ». Le cerveau « remplit les blancs », et présente une image du monde adaptée à nos attentes.

    Image du site Futura Sciences

    Que voyez-vous ? Y a-t-il un personnage dans cette image en noir et blanc ? © Teufel, C. et al. Shift towards prior knowledge confers a perceptual advantage in early psychosis and psychosis-prone healthy individuals, PNAS du 12 octobre 2015

    Un cerveau capable de prédire une image et de la reconstruire facilement peut être un avantage, mais il n'est pas loin de percevoir des choses qui n'existent pas et donc d'avoir des hallucinations. Paul Fletcher, du département de psychiatrie de l'université de Cambridge, affirme ainsi que « en fait, au cours des dernières années, nous avons pris conscience que ces expériences perceptives altérées ne sont en aucune façon limitées aux personnes atteintes de maladie mentale. Elles sont relativement communes, sous une forme atténuée, dans l'ensemble de la population. Beaucoup d'entre nous ont entendu ou vu des choses qui ne sont pas là ».

    Le patient prépsychotique utiliserait mieux ses connaissances préalables

    Aussi, dans cette recherche parue dans Pnas, les chercheurs ont voulu comprendre l'émergenceémergence de la psychose. Ils ont travaillé avec 18 patients, reçus dans un service de santé mentale qui montraient les signes très précoces d'une psychose, et 16 volontaires en bonne santé. Pour savoir comment les patients utilisaient leurs prédictions pour donner du sens à des situations ambiguës, les chercheurs leur ont montré des images en noir et blanc, comme celle de la figure montrée ci-dessus. Les participants devaient trouver quelles images contenaient des personnages. Ensuite, ils ont regardé des images en couleurscouleurs, dont certaines dérivaient des images en noir en blanc. Cette nouvelle information pouvait servir à comprendre les images en noir et blanc. Puis les participants ont vu à nouveau les images en noir et blanc et devaient dire s'ils voyaient un personnage ou non.

    Dans les deux groupes, il y a eu une amélioration des performances : les sujets ont eu plus de facilité à retrouver les images avec des personnages. Mais cette amélioration était plus importante chez les personnes qui avaient des signes précoces d'une psychose, par rapport au groupe témoin. L'émergence de la psychose donnait donc un avantage pour accomplir cette tâche.

    Voici une image en couleurs. Revenez à l’image en noir et blanc. Voyez-vous l’enfant désormais ? Ces images ont été utilisées par les chercheurs. © Teufel, C. <em>et al. Shift towards prior knowledge confers a perceptual advantage in early psychosis and psychosis-prone healthy individuals, PNAS</em> du 12 octobre 2015

    Voici une image en couleurs. Revenez à l’image en noir et blanc. Voyez-vous l’enfant désormais ? Ces images ont été utilisées par les chercheurs. © Teufel, C. et al. Shift towards prior knowledge confers a perceptual advantage in early psychosis and psychosis-prone healthy individuals, PNAS du 12 octobre 2015

    L'expérience a été reconduite dans un groupe de 40 personnes en bonne santé chez qui un test de personnalité schizotypique a été effectué. Ce test permet de savoir si certaines personnes sont plus susceptibles de développer une psychose. Là aussi, les personnes les plus prédisposées à la psychose semblaient mieux s'appuyer sur leurs connaissances préalables pour réussir l'exercice.

    En définitive, l'émergence des symptômessymptômes de la psychose serait liée à une modification dans la façon dont le cerveau interprète le monde. Ainsi, pour Naresh Subramaniam, un des auteurs de cette recherche, ces résultats « suggèrent également que ces symptômes et ces expériences ne reflètent pas un cerveau "brisé" mais plutôt un cerveau qui s'efforce - d'une manière très naturelle - de donner un sens à des données entrantes qui sont ambiguës ».