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Météorite de l'Oural : l'astronome Jérémie Vaubaillon fait le point

Après la chute d'une météorite dans l'Oural le 15 février et le passage de l'astéroïde 2012 DA 14 quelques heures plus tard, les réseaux sociaux et les forums de discussion consacrés à l'espace ont révélé la curiosité des internautes mais également leurs inquiétudes. Futura-Sciences revient sur ces événements avec Jérémie Vaubaillon, astronome à l'IMCCE.

Les premiers morceaux de la météorite de l'Oural ont été retrouvés au bord du lac de Tchebarkoul. Il s'agirait d'une météorite de la classe des chondrites avec 10 % de fer. © AFP, Chelyabinsk Region Police Department ; Denis Panteleev pour la vignette Les premiers morceaux de la météorite de l'Oural ont été retrouvés au bord du lac de Tchebarkoul. Il s'agirait d'une météorite de la classe des chondrites avec 10 % de fer. © AFPChelyabinsk Region Police Department ; Denis Panteleev pour la vignette

Météorite de l'Oural : l'astronome Jérémie Vaubaillon fait le point - 3 Photos

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Vendredi 15 février, alors que les astronomes se préparaient à suivre le passage de 2012 DA 14 (un astéroïde d'une cinquantaine de mètres qui devait s'approcher à moins de 28.000 km de la Terre), l'explosion d'une très grosse météorite au-dessus de la ville russe de Tcheliabinsk (ou Chelyabinsk) vers 9 h 00 du matin a surpris tout le monde. Un événement d'une telle ampleur ne s'était pas produit sur Terre depuis le 30 juin 1908, date à laquelle un petit astéroïde (ou une comète) a explosé en altitude au-dessus de la Toungouska, couchant 60 millions d'arbres de la forêt russe. Le 15 février 2013, le même scénario s'est reproduit, cette fois au-dessus d'une zone assez peuplée située à 1.500 km à l'est de Moscou, provoquant d'importants dégâts et blessant plus d’un millier de personnes.

Futura-Sciences revient sur ce phénomène en compagnie de Jérémie Vaubaillon. Astronome français né en 1976 et travaillant à l'IMCCE, l'Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides qui dépend de l'observatoire de Paris, Jérémie Vaubaillon se consacre principalement à l'étude des essaims de météorites, comme observateur et comme théoricien. Ses prédictions concernant certains courants météoritiques sont reconnues pour être parmi les plus précises. L'astéroïde 82896 Vaubaillon, découvert le 22 août 2001 à l'observatoire du pic du Midiporte son nom.

L'astronome Jérémie Vaubaillon travaille à l'IMCCE, où il est spécialisé dans l'étude des essaims météoritiques. Le voici en 2008 lors d'une campagne d'observation organisée par la Nasa. © George Varros
L'astronome Jérémie Vaubaillon travaille à l'IMCCE, où il est spécialisé dans l'étude des essaims météoritiques. Le voici en 2008 lors d'une campagne d'observation organisée par la Nasa. © George Varros

Futura-Sciences : Peut-on assurer avec certitude que le passage de 2012 DA 14 et la météorite de Tcheliabinsk sont deux événements distincts ?

Jérémie Vaubaillon : Tout à fait, leur rencontre avec la Terre le 15 février relève de la plus pure coïncidence. Les trajectoires des deux corps étaient très différentes : l’astéroïde 2012 DA 14 se déplaçant en gros selon un axe nord-sud, alors que la météorite de l’Oural circulait du nord-est vers le sud-ouest.

Dans les heures qui ont suivi les événements du 15 février, on a également rapporté l'observation de bolides à Cuba et en Californie. A-t-on des raisons de penser qu'il y a actuellement un accroissement du nombre de ces objets célestes ?

Jérémie Vaubaillon : Non, leur fréquence est toujours sensiblement la même. On peut simplement penser que les gens ont été plus nombreux à regarder le ciel depuis le 15 février. Avec la pollution lumineuse, on a perdu l'habitude d'admirer la voûte céleste. Figurez-vous qu'au XIXe siècle en France, on a observé la chute et collecté une cinquantaine de météorites. Au XXe siècle, il n'y a eu que sept collectes ! La météorite de l'Oural a peut-être redonné envie aux gens de lever les yeux au ciel. 

Après la catastrophe de la Toungouska en 1908, la météorite de l'Oural en 2013. N’est-ce pas un peu beaucoup pour la seule Russie ?

Jérémie Vaubaillon : La Russie est grande : 1.500 km séparent les deux événements. Il faut savoir qu'il y a chaque année en moyenne une chute de grosse météorite sur Terre, repérée par les enregistrements en infrasons. Les deux tiers se produisent au-dessus de la mer, une majorité du tiers restant ayant lieu sur des régions désertiques. Cette fois, ce n'était pas le cas.

Grâce à son instrument Seviri (Spinning Enhanced Visible and InfraRed Imager), le satellite Météosat a repéré la trace laissée dans l'atmosphère par la météorite de l'Oural, vendredi 15 février 2013. © Eumetsat
Grâce à son instrument Seviri (Spinning Enhanced Visible and InfraRed Imager), le satellite Météosat a repéré la trace laissée dans l'atmosphère par la météorite de l'Oural, vendredi 15 février 2013. © Eumetsat

Les dernières estimations de la Nasa concernant la météorite de Tcheliabinsk donnent à cet objet une taille de 17 m et une masse de 10.000 tonnes. Comment un corps aussi volumineux a-t-il pu échapper aux réseaux de surveillance terrestres ?

Jérémie Vaubaillon : Les réseaux actuels de surveillance sont constitués de télescopes optiques qui ne peuvent pas détecter des corps de cette taille, ou qui les détectent seulement quelques heures avant leur passage au plus près de la Terre. Il faudrait des télescopes de plus grand diamètre, mais même dans ce cas, une météorite arrivant dans l'axe du Soleil ne pourrait pas être vue. Une autre option consisterait à placer un satellite entre Vénus et la Terre qui pointerait sa caméra infrarouge en direction de notre planète pour détecter tout objet s'en approchant.

Allez-vous recevoir des morceaux de la météorite de l'Oural pour les analyser ?

Jérémie Vaubaillon : Moi non, mais mes collègues du Muséum national d'histoire naturelle (MNHN) l'espèrent ! Cependant, si cette météorite est bien une chondrite, elle n'est pas exceptionnelle, puisque cette variété représente 75 % des météorites collectées sur Terre. De toute façon, la présence de nombreux chasseurs de météorites sur place risque de provoquer la disparition des morceaux les plus intéressants pour la science.

La France dispose-t-elle d'un réseau de surveillance du ciel ?

Jérémie Vaubaillon : Pas vraiment, et c'est pour cela que nous cherchons à développer Fripon, un réseau qui comprendrait une centaine de caméras réparties sur tout le territoire. Elles permettraient de ne manquer aucun météore et surtout, par triangulation, de calculer le point de chute d'éventuels morceaux de météorites pour les plus brillants d'entre eux. Une aubaine pour les géologues ! En attendant, il faut inciter les gens à mettre le nez dehors le soir : il passe entre quatre et dix étoiles filantes par heure dans le ciel, un spectacle dont il serait dommage de se priver...


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