La science n’est pas seulement savoir comme l’indique son étymologie, c’est surtout comprendre. Ceux qui la pratiquent se doivent d’expliquer ses avancées au citoyen pour lui offrir une vision la plus objective possible et lui permettre ainsi de se forger sa propre opinion, par exemple sur des sujets sensibles tels que l’énergie nucléaire, les nanotechnologies, les OGM, etc.
En outre, donner le goût des sciences aux jeunes et susciter ainsi des vocations est essentiel car l’avenir de notre pays repose pour une bonne part sur sa capacité à former des scientifiques pour relever les défis de l’avenir.
Le site Futura-sciences contribue efficacement à ces objectifs en donnant de façon conviviale accès à la culture scientifique et technique au plus grand nombre et en facilitant les échanges.
Peut-on parler d’une journée type pour un enseignant-chercheur en général ? J’en doute, mais en tout cas, pas au Conservatoire des arts et métiers. Dans le cadre des trois missions que doit mener un professeur du CNAM – enseignement, recherche, diffusion de la culture scientifique et technique – les tâches à accomplir sont en effet d’une grande diversité, et leur importance relative varie considérablement selon les jours et les semaines. Il s’agit donc en fait de parler de son métier.
Commençons par l’enseignement. La formation supérieure professionnelle, tout au long de la vie, est l’objectif de l’enseignement dispensé par le CNAM dans plus de 150 villes en France et à l’étranger. « Omnes docet ubique », telle est la devise de ce grand établissement, qui signifie « enseigner à tous et partout ». Devant les élèves engagés pour la plupart dans la vie professionnelle, il faut dispenser un enseignement concret où la compréhension des phénomènes passe avant les développements théoriques émaillés d’équations. J’ai donc toujours apporté un grand soin à la préparation de mes cours de physicochimie en les illustrant au maximum d’exemples concrets, souvent pris dans les procédés industriels, les sciences de la vie et même la vie quotidienne.
La liberté de pouvoir créer au CNAM de nouveaux cours pour répondre aux besoins spécifiques de filières professionnelles (comme je l’ai fait par exemple avec Physicochimie des phénomènes interfaciaux et Physicochimie appliquée aux processus biologiques) est une grande chance et une source de satisfaction. Créer un nouveau cours, c’est aussi l’occasion de compléter ses propres connaissances en appliquant à soi-même le principe de la formation tout au long de la vie.
Quant à mon activité de recherche, elle relève de l’étude des interactions entre la lumière et les molécules (photophysique et photochimie). Conjuguant les études fondamentales à la mise au point de dispositifs photoactifs, c’est-à-dire possédant des propriétés spécifiques utiles, induites par la lumière, j’ai privilégié des systèmes capables d’émettre de la fluorescence. A titre d’exemple, je citerai la mise au point de senseurs fluorescents pour la détection sélective d’ions d’intérêt biologique (sodium, calcium, potassium) ou d’ions toxiques dans l’environnement (plomb, mercure, cadmium), le relargage d’ions déclenché par la lumière en vue d’étudier la réponse de systèmes biologiques à un saut de concentration de calcium, les navettes moléculaires entièrement pilotées par la lumière pour le stockage de données et le calcul logique binaire à l’échelle nanométrique.
Pas de journée type pour mener cette activité de recherche. Les discussions sur les travaux en cours, la bibliographie, la rédaction d’articles, etc. interviennent selon les besoins du moment. Je dois ajouter que mes sujets de recherche en cours sont une préoccupation constante : ils m’habitent en permanence et mûrissent parfois de façon inconsciente... même pendant mon sommeil ! Kékulé n’a-t-il pas conçu la structure cyclique du benzène en rêvant d’un serpent qui se mordait la queue... !
Le plaisir de la recherche, c’est aussi communiquer avec les collaborateurs bien sûr (avec une attention particulière aux plus jeunes car assurer leur formation est un devoir du chercheur), mais aussi les collègues français et étrangers à l’occasion notamment de séminaires et de colloques.
« Petite » ombre au tableau : le travail administratif dévoreur de temps et d’énergie. Que de rapports à rédiger (rapports d’activités, rapports de fin de contrat, réponse à des appels d’offres des organismes de recherche, rapports sur des candidatures, rapports de thèse, évaluation d’articles envoyés par des éditeurs, évaluation de projets de recherche à la demande d’organismes, etc.) ! Et il faut ajouter la gestion financière et la gestion du personnel.
L’activité de diffusion de la culture scientifique et technique passe malheureusement après, faute de temps. Le manque de considération de cette activité par l’instance d’évaluation des enseignants-chercheurs (le Conseil national des universités) est regrettable. J’y attache néanmoins une grande importance tout en avouant ne m’y être réellement consacré qu’après avoir passé le relais de mes fonctions de directeur de laboratoire. La rédaction d’ouvrages de vulgarisation, les conférences grand public, la participation à des fêtes de la science et autres bars des sciences... sont autant de tâches qui exigent beaucoup de temps. Mais en retour, quelle satisfaction d’avoir pu aider le grand public, et les jeunes en particulier, à comprendre le monde qui nous entoure et les avancées de la science pour une prise de conscience objective et raisonnée des grands enjeux de notre société !
Ainsi les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Aucune monotonie donc dans ce métier passionnant ! Parfois un sentiment de frustration de n’avoir pas pu mener aussi loin que je l’aurais voulu mes trois missions, mais mes semaines de travail n’ont que ... 60 heures ! pendant lesquelles c’est une joie permanente de découvrir des choses nouvelles, de découvrir les autres... et de se découvrir soi-même !