Avant 1822, les savants, aventuriers et autres passionnés d’Égypte ne savaient absolument pas à quoi pouvaient bien correspondre les écrits des anciens Égyptiens. Il faut dire que cela fait bien longtemps que personne ne maîtrise plus les trois systèmes d’écriture locaux antiques : les hiéroglyphes utilisés pour des travaux d’importance, le hiératique utilisé en administration et enfin le démotique qui succède au système d’écriture précédent.

Les anciens Égyptiens utiliseront le grec à la suite de l’arrivée d’Alexandre Le Grand, puis le copte lors de la christianisation, alors que l’arabe n’arrivera dans ces terres fertiles que bien plus tard. Si certaines langues anciennes sont toujours comprises à l’époque de Champollion, comme le grec ou encore le copte, il faut attendre le XIXe siècle pour que la lumière se fasse sur des milliers d’années d’histoire ancienne égyptienne.

Champollion témoin de l’égyptomanie

Le petit Jean-François Champollion naît en 1790 à Figeac, dans le Lot, et sera scolarisé tôt grâce à son frère aîné, Jacques-Joseph, qui le prend sous son aile à Grenoble. Alors que l’enfant est âgé de 8 ans, Bonaparte et ses hommes entrent en Égypte. Cette année de 1798 est celle du début de ce que l’on nomme tout simplement la campagne d’Égypte. Elle marque un tournant majeur dans l’intérêt qui est porté à l’Égypte ancienne. Doublée d’une expédition scientifique, cette expédition militaire va provoquer un véritable engouement, une réelle égyptomanie gagnant petit à petit les habitants d’Occident. Ces derniers sont friands de cette histoire égyptienne ancienne avérée ou fantasmée.

C’est dans ce contexte que Jean-François sait déjà, à 16 ans, que l’Égypte ancienne sera au cœur de sa vie. La même année, il présente ses écrits à l’Académie des sciences et des Arts de Grenoble et sera honoré d’en devenir membre malgré son jeune âge : ses aînés lui offrent ses premiers encouragements officiels.

D’étudiant doué à professeur très précoce

À 17 ans, Jean-François Champollion part de Grenoble en direction de Paris afin d’étudier avec, en poche, une bourse et l’aide financière de son frère. Il étudie les langues et surveille du coin de l’œil l’actualité égyptologique.

Et pourtant, au cœur de toutes ces langues anciennes et contemporaines qui le passionnent, les écrits égyptiens qui composent le cœur de sa passion résistent toujours aux traductions. Si Champollion possède de nombreux atouts pour naviguer dans l’océan des langues anciennes et de leurs écrits, il veut déchiffrer les écrits égyptiens anciens. Mais cela est difficile. Si seulement une œuvre écrite pouvait avoir l’avantage de présenter un texte hiéroglyphique et sa traduction en d’autres langues connues, ce serait idéal... Toutes ces qualités se trouvent en un objet : la pierre de Rosette.

La pierre de Rosette : clé du déchiffrement des hiéroglyphes

C’est en 1809 que Champollion commence sérieusement, âgé de 19 ans, à s’intéresser à ce travail de traduction complexe. Dix ans auparavant, une stèle pesant plus de 760 kilos est découverte en Égypte par les Français en expédition. C’est en partie sur cette stèle que va se trouver la clé du déchiffrement des hiéroglyphes. Mais la stèle cédée au début du XIXe siècle aux Anglais s’est vite retrouvée au British Museum, empêchant le jeune Champollion d’y avoir accès facilement. Comment faire ? Heureusement, son frère Jacques-Joseph, alors bibliothécaire, finit par lui trouver des copies de ce décret du pharaon Ptolémée V en 196 avant notre ère. Champollion le jeune a enfin accès au même texte en trois écritures, le hiéroglyphe, le démotique et enfin le grec. S’ensuivront des années de travaux à comparer plusieurs textes, tenter des analogies du grec aux autres écrits, des traductions en prenant aussi en compte des hypothèses avancées par d’autres avant lui, etc.

1822, l’année de la réussite

Au bout de dix ans, Jean-François « tient son affaire » d’après ses mots, et explique dans sa lettre à M. Dacier, relative à l’alphabet des hiéroglyphes phonétiques, que c’est une écriture « tout à la fois figurative, symbolique et phonétique ». Ainsi commence sa vie de scientifique. Pendant 10 ans il va continuer à travailler, défendre ses avancées, visiter l’Égypte qu’il ne connaissait toujours pas. Jean-François Champollion, précoce en sciences, le sera aussi dans la mort puisqu’il quittera ce monde à l’âge de 41 ans.

En 2022, plusieurs musées français ont rendu hommage au savant et au bicentenaire du déchiffrement des hiéroglyphes, à l’image de la BNF, du Louvre et du Louvre-Lens. Quant à la ville de Figeac, elle a été le théâtre d’une rencontre entre égyptologues au mois de septembre de cette même année.

L’égyptologie fait toujours rêver les grands et les petits.