Marie Van Brittan Brown n'est pas une infirmière comme les autres. Résidente d'un quartier du Queens où la criminalité rampante l'empêche de se sentir en sécurité, elle décide, dans les années 1960, de prendre la situation en main… et d'inventer le tout premier système de vidéosurveillance, intégrant le premier interphone, la première interface de communication avec la police, ou encore le premier mécanisme de verrouillage à distance !


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    Nous voici dans le New York des années 60, des femmes sont agressées violemment dans la rue ou chez elles. Malgré l'insécurité permanente qui règne dans le Queens, la police semble étrangement absente, rarement prête à intervenir et toujours en retard quand elle accepte de se déplacer.

    Située dans un quartier résidentiel de Jamaica, à Springfield Gardens, la maison de Marie Van Brittan Brown et Albert Brown jouxte l'aéroport JFK, à moins d'un kilomètre du tarmac. Ils n'en sont séparés que par une série d'autoroutes où voituresvoitures et camions filent dans un vacarme incessant. Ce brouhaha d'avions qui atterrissent et décollent, de klaxons qui résonnent aux heures de pointe ne suffit pas cependant à étouffer les bruits d'armes à feu qui claquent au loin, les éclats de voix, et les cris de victimes que les gangs laissent dans leur sillage.

    Comment l'idée a-t-elle germé du judas à l'interphone ?

    Marie Van Brittan Brown dort mal. Son travail d'infirmière l'amène à rentrer chez elle épuisée, à toute heure du jour et de la nuit et son électronicien de mari est lui aussi parfois amené à s'absenter tardivement et parfois pendant plusieurs jours pour des interventions. Dans cette maison vide entourée par un monde hostile, le moindre bruit la tire de son sommeil et la maintient éveillée pendant des heures. Mais Marie n'a pas l'intention de laisser la peur envahir son quotidien.

    Marie Van Brittan Brown. © DR
    Marie Van Brittan Brown. © DR

    À défaut de pouvoir recourir à ses muscles, à ceux d'Albert ou à ceux de la police, elle fait appel à son cerveaucerveau pour élaborer une solution qui va révolutionner les foyers.

    En 1965, avec l'aide des talents en électronique d'Albert, Marie Van Brittan Brown met au point un système ingénieux pour ne plus avoir à courir de risque lorsqu'elle répond à sa porteporte. Inspirée par l'invention relativement récente du judas, en 1932, elle décide d'aller bien plus loin en créant un dispositif qui lui permettra de voir qui se trouve devant chez elle sans avoir à quitter son salon. Pour ce faire, elle équipe sa porte d'entrée non pas d'un mais de quatre judas offrant quatre champs de vision différents, et placés les uns au-dessus des autres. À l'intérieur, une caméra motorisée, montée sur des rails, glisse le long du panneau de boisbois pour s'arrêter sur l'un ou l'autre des judas et filmer ce qu'il se passe au-dehors.

    L'image… et le son

    Le signal vidéo est alors retransmis à une série de moniteursmoniteurs dispersés dans la maison, jusque dans la chambre où Marie peut s'assurer depuis le confort de son lit que personne ne tente de s'insinuer chez elle. Mais son invention ne s'arrête pas là. Car que faire si la personne qui se tient devant sa porte est un parfait inconnu ?

    Pour résoudre le problème, des micros ont également été installés à l'entrée et sur chaque moniteur, donnant pour la première fois à Marie l'opportunité d'échanger directement avec son visiteur sans risquer d'ouvrir la porte. Chaque écran est doté d'une série de boutons qui permettront à l'infirmière de l'allumer, de contrôler la position de la caméra et d'activer le micro à sa guise d'un simple geste. Ce que l'on appellerait trivialement un interphoneinterphone ou un visiophonevisiophone aujourd'hui est une vraie révolution pour notre inventrice.

    Bien plus qu'un gadget destiné à simplement accroître son confort, le système de surveillance qu'elle a imaginé et conçu avec son mari est une façon pour elle de retrouver un sentiment de sécurité, de gagner en autonomieautonomie et de lutter à sa manière contre la criminalité qui gangrènegangrène leur quartier.

    Interphone, verrouillage à distance, boutons d’alarme, interfaces de communication directe avec la police, vidéosurveillance dans les maisons mais aussi dans les magasins, les banques ou encore les lieux publics sont autant d’applications découlant de ce brevet imaginé par une infirmière, Marie Van Brittan Brown. © Marie Van Brittan Brown, USPTO.gov
    Interphone, verrouillage à distance, boutons d’alarme, interfaces de communication directe avec la police, vidéosurveillance dans les maisons mais aussi dans les magasins, les banques ou encore les lieux publics sont autant d’applications découlant de ce brevet imaginé par une infirmière, Marie Van Brittan Brown. © Marie Van Brittan Brown, USPTO.gov

    Marie Van Brittan Brown perfectionne son système de sécurité domestique

    Durant un an, le couple travaille d'arrache-pied pour perfectionner leur création et le 1er août 1966, ils soumettent leur invention au Bureau américain des brevets. Il faudra attendre plus de trois ans pour que, le 2 décembre 1969, le « système de sécurité à domicile utilisant la surveillance par téléviseurs », inventé par Marie Van Brittan Brown et Albert L. Brown reçoive officiellement son brevet. Et oui, une fois n'est pas coutume, le nom de Marie figure au-dessus de celui de son époux dans l'ensemble du document.

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    Chasseurs de science : Marie Van Brittan Brown, l’infirmière qui inventa... la vidéosurveillance

    Le brevet 3,482,037 présente plusieurs améliorations significatives par rapport au premier prototype des Brown. Tout d'abord, les moniteurs sont désormais équipés d'un bouton permettant à leur utilisateur de déverrouiller la porte d'entrée grâce à un signal radio. Autre mise à jour : les conversations peuvent désormais être enregistrées par l'utilisateur du système de surveillance et servir en cas d'intervention de la police. Car oui, Marie a bien l'intention de pousser les forces de l'ordre à intervenir plus rapidement et plus souvent à Springfield Gardens.

    Finis les appels sans suite, les minutes entières passées à attendre que quelqu'un décroche le téléphone. Fini les officiers qui arrivent sur place bien trop tard pour faire quoi que ce soit d'utile. Désormais, les moniteurs d'Albert et Marie sont équipés d'un bouton rouge qui alertera directement le poste de police ou le garde le plus proche. Ces derniers écrivent-ils, pourront même se doter d'un équipement leur permettant de recevoir directement la vidéo et le son du lanceur d'alerte afin d'évaluer au mieux l'urgence de la situation. Il servira même à activer une alarme qui saura bien alerter tout le quartier dans le Queens.

    Marie Van Brittan Brown et Albert Brown. © <em>New York Times</em>, décembre 1969
    Marie Van Brittan Brown et Albert Brown. © New York Times, décembre 1969

    À peine 4 jours après la publication du brevet, le New York Times se saisit de l'histoire et présente pour la première fois l'invention géniale de Marie Van Brittan Brown. Et pour autant, personne ne semble vouloir investir dans la production à grande échelle de cette invention. Même si Marie recevra le prix du Comité national des Sciences, elle ne vivra pas assez longtemps pour voir son invention évoluer et se répandre à travers le monde.

    Maria et Albert finiront par abandonner leurs ambitions commerciales et ce n'est qu'avec la miniaturisation toujours plus poussée des technologies que leur idée connaîtra une expansion phénoménale pour former la base d'un marché aujourd'hui estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars.

    Marie Van Brittan Brown meurt le 2 février 1999 à Jamaica, à l'âge de soixante-seize ans. Si de nos jours son invention est présente dans chaque immeuble, boutique, hôtel ou hall de gare, il reste encore bien du chemin à parcourir pour garantir à tout le monde le même niveau de sécurité.