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La musique des sphères (Antiquité)

Dossier - Le chant des étoiles, la nouvelle musique stellaire
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Notre Soleil et les autres étoiles émettent des vibrations sonores propres, que des satellites comme Corot ou Kepler étudient pour mieux connaître ces astres. Ces vibrations peuvent aussi servir de support à la création artistique.

  
DossiersLe chant des étoiles, la nouvelle musique stellaire
 

Les découvertes actuelles mettent en évidence la vraie résonance acoustique des sphères gazeuses. Celle-ci est bien différente de la « musique des sphères » des Grecs anciens. Découvrez cette dernière.

Durant l'Antiquité, les Grecs anciens faisaient référence à « la musique des sphères ». De quoi s'agit-il ? Ici, le Système solaire. © Martin Kornmesser, Wikimedia Commons, CC by-sa 3.0

Les philosophes de l'Antiquité, à commencer par les pythagoriciens, ne connaissaient du ciel et de l'espace que ce qu'on peut en voir à l'œil nu : le Soleil, la Lune, les autres étoiles et cinq planètes, astres errants au milieu des étoiles. Ils ont construit une représentation imagée de ce monde visible, dont le centre était matérialisé par la Terre.

Dans ce schéma, le Soleil et la Lune étaient aussi considérés comme des planètes, ce qui portait leur nombre total à sept. C'est d'ailleurs l'origine des noms des sept jours de la semaine, depuis le lundi, jour de la Lune, jusqu'au dimanche, jour du Soleil, en passant par les cinq « autres » planètes.

Gravure du moine Franchino Gaffurio (1451-1522) représentant le monde selon les Grecs anciens, avec la Terre fixe en bas, les sept « planètes » de l’Antiquité et le firmament. À chaque planète, correspond un mode musical et une muse. © DP

Cette conception du monde privilégiait ordre, harmonie et perfection. Si les observations montraient des défauts ou indiquaient des mouvements célestes pas aussi parfaits qu'on l'aurait souhaité, on préférait les taire, les mépriser plutôt que d'en tenir compte. Comme l'écrivait Platon dans La République, seul ce qui venait de l'esprit humain était acceptable.

Pourtant, on savait déjà, par exemple, que le déplacement de la planète Mars dans le ciel ne correspondait pas à un mouvement uniforme autour de la Terre. Aristarque de Samos, un siècle seulement après Platon, avait déduit de ces observations que la Terre tournait autour du Soleil, de même que les autres planètes. Il s'agissait d'une véritable démarche scientifique, privilégiant les informations issues de l'observation de la nature, plutôt que les constructions « parfaites » élaborées par l'esprit humain. Cependant, ses idées ont été marginalisées pendant pas moins de dix-huit siècles !

Les pythagoriciens et le son : la gamme de Pythagore

En même temps qu'ils étudiaient le ciel, les pythagoriciens s'intéressaient aux sons émis par divers objets, en particulier les cordes vibrantes. Ils ont découvert que les sons obtenus en divisant les cordes dans des proportions mathématiques simples produisaient des intervalles musicaux agréables à l'oreille. Ainsi naissait la gamme de Pythagore, avec sept notes, qui étaient symboliquement associées à l'époque aux sept « planètes » observées dans le ciel. Art des sons et harmonie céleste pouvaient alors s'interpréter en symbiose.

La découverte des proportions musicales par Pythagore, selon Franchino Gaffurio. © DP

Cependant, la musique, pas plus que le mouvement des planètes, ne s'accordait au souhait des philosophes antiques, la suite des intervalles musicaux ne répondant pas parfaitement aux exigences de la théorie des nombres. Cette imperfection est un bienfait, car elle ouvre à la musique une grande richesse d'interprétations et de sensibilités possibles, mais il fallait l'accepter.

La musique des sphères antique n'existe donc pas. Depuis, les représentations de l'univers ont beaucoup évolué, tout comme les notions d'harmonie musicale et de beauté des accords. La musique est sortie des normes antiques. Elle s'est libérée... et nous la retrouvons à présent, dans d'autres dimensions, à partir des vibrations des sphères stellaires.