Expert Santé

Patrick Verstichel

Neurologue

Classé sous :médecine
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Patrick Verstichel, Neurologue

Biographie

A la fin de mes études de médecine, en 1987, j'ai été nommé Interne des Hôpitaux de Paris et je me suis très vite tourné vers une spécialisation en neurologie, cette discipline distincte de la psychiatrie, qui s'intéresse aux maladies du système nerveux. J'étais déjà intrigué par les manifestations complexes et parfois extraordinaires qui résultaient des désordres des fonctions les plus élaborées du cerveau, comme les troubles du langage, de la reconnaissance visuelle, du raisonnement.

C'est en stage dans le service du Pr Jean Cambier à l'hôpital Beaujon que j'ai été initié à l'étude des fonctions intellectuelles, que l'on appelle la neuropsychologie. Ce qui m'a été enseigné à ce moment était une certaine manière d'interpréter les symptômes au-delà de la simple constatation de faits cliniques (un patient parle mal parce qu'il souffre d'une destruction d'une zone de son cerveau impliquée dans le langage). « Il faut se poser les bonnes questions » disait le Pr Cambier. En l'occurrence, se demander pourquoi le patient parlait encore, quelles étaient les régions du cerveau qui parlaient, et pourquoi, en s'exprimant, elles commettaient de telles erreurs de langage et pas telles autres. La notion de compétences hémisphériques, de compétition entre les deux hémisphères du cerveau était une notion mise en avant à l'école de Beaujon et une clé pour avancer dans la compréhension des phénomènes anormaux qui résultaient de ces lésions cérébrales. Mon cursus a été complété par la formation à la neurologie générale, à la psychiatrie et l'électrophysiologie clinique, c'est-à-dire l'étude des signaux électriques du système nerveux dans un but diagnostique (étude du cerveau par l'électroencéphalogramme et ses techniques dérivées et étude exploration du nerf périphérique et du muscle par l'électromyogramme).

Après ma spécialisation en neurologie, je suis revenu quatre ans comme Chef de Clinique dans le service de Beaujon, dirigé par le Pr Maurice Masson, et parallèlement j'ai passé le Diplôme d'Etudes Approfondis en Neurosciences, ce qui m'a permis de travailler auprès du Pr Laurent Cohen à la Salpêtrière.

J'ai ensuite été nommé praticien Hospitalier à l'Hôpital Intercommunal de Créteil dans le service du Dr Meyrignac où j'ai plus particulièrement dirigé le service d'explorations fonctionnelles neurologiques. Durant ces années, j'ai observé de nombreux cas de patients atteints de désordres neuropsychologiques. Je me suis tout particulièrement attaché à l'étude des troubles du langage, de la reconnaissance des objets et des visages, aux hallucinations produites par des lésions cérébrales, au perturbations du calcul, aux syndromes de déconnexion inter-hémisphériques. J'ai écrit un précis de neurpsychologie cognitive avec le Pr Cambier et j'ai participé à Paris aux enseignements du Diplôme d'Etudes Spécialisées en Neurologie, du Diplôme d'Université de Neuropsychologie/Master en Neurosciences (Université Paris VI), du Diplôme d'Université de Géronto-Psychiatrie (Université Paris VI), du Diplôme de Capacité d'Orthophoniste (Université Paris VI) et à la Faculté de Picardie d'Amiens à l'enseignement du DESS en psychologie de l'enfance, de l'adolescence et gérontologique. Mes travaux ont été récompensés par plusieurs prix (prix de la Société française de neurologie, 1995 ; prix Victor et Clara Soriano de l'Académie nationale de médecine, 2000 ; prix Diamant en Neurosciences Janssen-Cilag, 2005). J'ai dirigé treize thèses et mémoires principalement dans le domaine de la neuropsychologie clinique et de la neurophysiologie clinique et j'ai publié une quarantaine d'articles scientifiques dans des revues avec comité de lecture.

Depuis 2011, je me consacre à l'électrophysiologie clinique à l'hôpital et en libéral. J'ai participé dans cette discipline à l'enseignement du Master d'ingéniérie médicale « Signaux en Imagerie Médicale » à la Faculté des Sciences Paris XII.

Métier

On peut dire qu'en neurologie, comme plus généralement en médecine, il existe une large palette d'activités. Les soins aux patients, en consultation ou dans les salles d'hospitalisation, n'en sont qu'un aspect. Et encore, des spécialisations de plus en plus pointues sont apparues ces dernières années, en fonction du type de pathologie. On peut ainsi devenir expert dans des domaines aussi variés que les accidents vasculaires cérébraux, la sclérose en plaques, la maladie de Parkinson, la maladie d'Alzheimer, les explorations électrophysiologiques etc. A côté de ce que l'on appelle ainsi la « clinique », un peu de motivation permettra de s'orienter vers la recherche, vers l'enseignement, ou encore l'organisation et l'administration intra-hospitalière, la santé publique, la mise au point de traitements dans les laboratoires pharmaceutiques ou encore, si l'on aime écrire, le journalisme médical et la rédaction d'ouvrages.

Mais parlons un peu plus de cette discipline qu'est la neuropsychologie. Elle s'intéresse aux troubles des fonctions les plus élaborées du cerveau, autrefois appelées les « fonctions supérieures corticales de l'homme. » Il s'agit d'un domaine passionnant et complexe. S'orienter vers la neuropsychologie est possible à partir de la filière médicale (neurologie, psychiatrie, neurophysiologie, neurochirurgie, ou imagerie médicale) mais aussi avec une formation de chercheur en neurosciences, de psychologue ou d'orthophoniste. De plus en plus, la neuropsychologie s'effectue en équipes pluridisciplinaires, associant des aspects de recherche cliniques et de soins. Par définition, la neuropsychologie étudie les cas pathologiques d'une part pour comprendre de quoi le malade souffre et d'autre part pour tenter d'en tirer une explication sur le fonctionnement du cerveau sain. Elle est complétée par la psychologie expérimentale (essentiellement cognitive) qui pour sa part exploite les résultats d'études chez des sujets bien portants. En neuropsychologie, les défaillances du cerveau lésé peuvent aboutir à des présentations cliniques impressionnantes et parfois extraordinaires. Qui a vu une fois un syndrome d'héminégligence dans lequel le patient perd la notion qu'il existe « quelque chose » sur son côté gauche, et oublie qu'il possède une moitié gauche de corps, qui a entendu une fois un jargon de Wernicke où le patient produit comme si de rien n'était un flot verbal constitué de mots déformés, sans se rendre compte le moins du monde que ce qu'il dit n'a aucun sens, ne pourra jamais oublier ces expériences. La démarche neuropsychologique obéit à un schéma précis. Le premier temps est toujours d'analyser avec des tests aussi précisément que possible quel est le déficit intellectuel en cause (par exemple, dans un trouble du langage, le patient peut soit intervertir des mots qui ont une signification proche : « porte » au lieu de fenêtre, soit se tromper dans les sons des syllabes qui composent un mot : « coutalou » au lieu de kangourou). Le deuxième temps est de définir aussi précisément la région cérébrale qui ne fonctionne pas normalement et on s'aide pour cela des données de l'imagerie cérébrale, voire de l'étude autopsique du cerveau dans les cas les plus malheureux. Le troisième temps est d'intégrer ces constatations dans un modèle de fonctionnement normal du cerveau : si par exemple, un patient mélange les sons des syllabes qui forment les mots après une destruction de la zone postérieure des premières circonvolutions temporales gauches et du gyrus pariétal inférieur, c'est que ces zones sont indispensables à la sélection correcte des sons lorsque l'on doit s'exprimer. Elles ne sont pas responsables de la signification des mots à produire, ni de la programmation des muscles de l'articulation du langage. On peut ainsi décrire un modèle séquentiel de fabrication des mots, dans lequel ceux-ci voient d'abord leur signification sélectionnées par des aires temporales relativement antérieures, puis les sons qui doivent les constituer par des aires temporo-pariétales, puis c'est au tour des mouvements musculaires qui sont nécessaires à l'expression de ces sons qui sont organisés par des aires frontales inférieures, puis enfin, les aires motrices de l'aire frontale ascendante  activent directement les muscles en fonction de ces ordres.

Dans certains cas, d'autres questions surgissent : pourquoi, par exemple, un patient qui voit ses aires visuelles détruites fait l'expérience d'hallucinations variées, alors qu'on s'attendrait plutôt à ce que toutes les formes d'image mentale visuelle soient abolies ? Peut-on avoir des réactions indépendantes de chaque moitié de notre corps lorsque la communication entre les deux hémisphères cérébraux est détruite ? Peut-on rêver en étant éveillé ? Peut-on parler sans aire du langage ? Comment un individu peut se réveiller un matin et ne plus se reconnaître dans le miroir ? Ces domaines et tant d'autres font parti du vaste champ de la neuropsychologie. Y apporter une réponse c'est, à chaque fois, faire avancer un peu plus la connaissance de notre cerveau.