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Un constat alarmant de la dégradation des forêts de baobab en Afrique de l'Ouest

Dossier - Baobab : L'arbre pharmacien, l'arbre de vie
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Le baobab d'Afrique (Adansonia digitata) est l'arbre le plus caractéristique d'Afrique avec ses branches ressemblant à des racines. La multiplicité de ses usages (alimentaire, médicinale...) en fait l'une des espèces les plus utiles du Sahel.

  
DossiersBaobab : L'arbre pharmacien, l'arbre de vie
 

La dégradation observée ces dernières années des écosystèmes des zones sahélo-soudaniennes se traduit par un vieillissement des forêts millénaires de baobab lié à l'absence d'une régénération naturelle.

Baobab dans la réserve de Bandia (Sénégal). La couverture végétale arbustive dense et l'accès restreint à cette partie de la forêt permettent un développement normal des baobabs. © S . Garnaud Reproduction et utilisation interdites

Les jeunes plants de baobab sont rares dans la brousse dès que la végétation arbustive basse de type acacia est absente.

Baobab dans la réserve de Bandia (Sénégal). Ces baobabs se situent à côté de la réserve de Bandia (Sénégal). Ils ont été soumis à un émondage intensif au niveau des branches et du feuillage. © S . Garnaud Reproduction et utilisation interdites

Par exemple, dans certaines régions du Sénégal, on observe déjà une baisse drastique de la récolte de fruit causée par des pratiques intensives agricoles et pastorales, ou encore liées à la pharmacopée et à l'artisanat. Cette dégradation des forêts est importante en Afrique de l'Ouest car on estime le défrichement annuel à 4%.

Afin d'enrayer cette évolution, des programmes de protection, de domestication et de valorisation de cette espèce doivent être réalisés puisque dans la plupart des cas, le baobab n'est pas cultivé mais est exploité comme une ressource forestière naturelle. En 1992, des tests de greffage ont été effectués avec succès au Mali afin de favoriser une fructification hâtive et de créer ainsi des individus de taille modeste pour la récolte.

Culture maraîchère de baobab pour la récolte des feuilles au Mali. © S . Garnaud Reproduction et utilisation interdites

Des essais de culture maraîchère de baobab ont déjà été réalisés également au Mali pour la production de jeunes feuilles. Au Sénégal, un programme d'éducation à l'environnement autour du baobab intitulé "Baobécole" financé par le Ministère des Affaires Etrangères et l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD) va permettre d'informer et de sensibiliser les enfants sur la problématique de la dégradation des forêts de baobab.

Essai de greffage de plants de baobab au Sénégal (ISRA, Dakar). © S . Garnaud Reproduction et utilisation interdites

L'émondage intensif, semble être l'un des problèmes majeurs de la régénération naturelle des baobabs dans certaines régions de l'Afrique de l'Ouest. En effet, c'est parce qu'il n'y a pas d'herbe à brouter (hors saison des pluies appelée période de césure) que les éleveurs se voient dans l'obligation d'aller couper le feuillage des arbres pour nourrir leurs bêtes. On rencontre alors systématiquement des hommes, le plus souvent des enfants, perchés dans les branches des baobabs, tranchant sans relâche à la machette la quasi-totalité du feuillage.

Emondage d'un baobab par un jeune berger (Sénégal). © S . Garnaud Reproduction et utilisation interdites

On ne peut manquer de remarquer l'agilité de ces enfants à se déplacer de branches en branches, pieds nus et sans points d'attache, parfois jusqu'à plus de vingt mètres au dessus du sol.

Les branches et feuilles tombées à terre sont directement broutées par le bétail (Sénégal). © S . Garnaud Reproduction et utilisation interdites

Si l'on estime que dans une journée 3 ou 4 troupeaux se trouvent dans une forêt et que leurs bergers émondent en moyenne 2 à 3 arbres, on arrive rapidement à 6-12 sujets par jour qui subissent une coupe drastique de leur feuillage, car aucunes branches ne sont généralement épargnées. Un même arbre peut ainsi subir l'émondage plusieurs fois dans la même saison. Il est actuellement difficile d'évaluer l'importance de ces prélèvements qui perturbent incontestablement la croissance et la reproduction du baobab. En effet, la période feuillée n'est déjà pas bien longue au cours d'une année (environ trois mois) et, régulièrement privé de ses feuilles pendant cette période pour l'émondage, le baobab voit sa photosynthèse fortement réduite. Par conséquent, la croissance de l'arbre ainsi que le stockage des réserves l'est aussi. Les prélèvements d'eau par les racines sont également limités par l'absence des feuilles qui, par évapotranspiration, sont le moteur de toute la circulation des sèves à l'intérieur de l'arbre. Les sujets sont alors plus sensibles à la sécheresse et bien moins armés pour affronter la longue saison sèche.

Jeune baobab constamment émondé et ne disposant d'aucune branche… © S . Garnaud Reproduction et utilisation interdites

Les jeunes arbres sont à ce propos les plus sensibles. L'émondage intensif empêche la reproduction sexuée car même quand l'arbre arrive à fleurir, les branches sont coupées bien avant que les fruits puissent arriver à maturité.

Eleveurs et troupeau de zébus dans la forêt de baobab de Nguékokh (Sénégal). © S . Garnaud Reproduction et utilisation interdites
Feuilles de baobab tout juste coupées par les éleveurs afin de nourrir le bétail. © S . Garnaud Reproduction et utilisation interdites