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La Martinique sans défense face au risque sismique

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Que se passerait-il en cas de violent tremblement de terre en Martinique ? « Dans l'état actuel du bâti antillais dans son ensemble, un séisme majeur serait catastrophique et entraînerait des milliers de victimes », selon l'Inspection générale de l'environnement, qui estime que l'île - cent ans tout juste après l'éruption de la Montagne-Pelée qui détruisit totalement la ville de Saint-Pierre en 1902 - n'est absolument pas préparée à affronter une telle situation.

Dans un rapport remis au ministre de l'Environnement en août 2001, les trois experts, Jean-François Delamarre, inspecteur général de la construction, Philippe Hugodot, membre de l'inspection générale de l'environnement et ancien sous-préfet de Pointe-à-Pitre, et Jean-Louis Doury, ingénieur du centre scientifique et technique du bâtiment, tirent la sonnette d'alarme sur un événement naturel qui ne relève pas de la science-fiction. « Comme par le passé, les Antilles sont susceptibles d'être soumises à des séismes de très forte intensité, expliquent-ils en préambule. Elles sont classées en zone III, sismicité maximale du zonage français. »

Au cours de leur histoire, les Antilles ont été frappées par de terribles tremblements de terre au cours desquels des centaines, et souvent des milliers de personnes, perdirent la vie. Le séisme de 1843 fit ainsi plus de 3 000 morts en Guadeloupe, celui de 1939 plus de 300 victimes en Martinique. « L'éventualité ne peut donc pas être écartée que de telles catastrophes surviennent à nouveau, préviennent les auteurs du rapport. Elles seraient d'autant plus meurtrières que la démographie s'est fortement développée et que la majeure partie du parc bâti ne répond pas aux précautions parasismiques. »

Seuls les bâtiments les plus récents, « ayant fait l'objet, du moins théoriquement, de précautions parasismiques, seraient susceptibles d'assurer la précaution des personnes. Ils sont très peu nombreux car beaucoup de constructions se font encore sans permis « par coups de main » et, il est à craindre, sans précaution. » Quant au renforcement des bâtiments anciens, il serait en l'occurrence « aléatoire, en raison d'un déficit extraordinaire d'experts compétents pour effectuer ce travail de préconisation. Outre le temps nécessaire, resteraient la mise en oeuvre et le financement de ces préconisations. »

En cas de séisme comparable à ceux survenus dans le courant de l'année dernière en Amérique centrale les infrastructures seraient, elles aussi, menacées d'effondrement. « A Fort-de-France, par exemple, il est à craindre que la rocade départementale, établie sur une déclivité, ne soit entraînée à glisser sur les urbanisations situées en contrebas, et que les ouvrages d'art et les urbanisations toutes proches ne viennent rendre inutilisable cette voie par leurs décombres. » Même les bâtiments de commandement et de secours indispensables pendant et après la catastrophe « ne respectent pas les normes parasismiques, à une ou deux exceptions près. » Résultat : « Les services de secours départementaux et communaux seraient totalement inopérationnels. » Le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) « comporte une salle au 3e étage d'un petit immeuble ancien de Fort-de-France, et ceci dans des conditions véritablement dégradantes pour le personnel dont la bonne volonté est stupéfiante dans un tel environnement. C'est dire que ce service serait le premier à être dans l'incapacité de poursuivre sa mission. » Quant au centre de secours de la ville de Fort-de-France, il est « installé de manière si exiguë que les véhicules y sont imbriqués les uns dans les autres. Beaucoup sont stationnés à l'extérieur où, bien que très onéreux à l'achat, ils se détériorent lentement. Ce centre est situé sur un terrain où l'eau affleure. Seul point positif, la toiture en tôle, légère et souple, du hangar pourrait résister à un séisme, mais les charpentes sont rouillées. »
Bref, le bâtiment lui-même censé abriter un centre de secours « serait éliminé en cas de cas de séisme. »
La réinstallation de ces deux services, qui pourraient être regroupés, constitue donc aujourd'hui la priorité des priorités. L'examen des autres centres mériterait également d'être « mené avec diligence. » A condition que les finances suivent : « Des crédits ont été sollicités auprès du secrétariat d'Etat à l'Outre-Mer, mais les sommes attendues en 2000 ne sont pas parvenues à ce jour. Délégués par erreur en Guadeloupe et retournés depuis à Paris, ces crédits seront les bienvenus en Martinique ! »

Pour finir, les rapporteurs se sont intéressés au projet de « Centre de découverte de la terre », prévu aux pieds de la montagne Pelée par le conseil général. « Ce projet va à l'encontre de la campagne d'information parasismique développée par la puissance publique, affirment-ils, apparemment sans état d'âme. Les visiteurs auront une image brouillée des efforts parasismiques à exiger pour leurs propres constructions. Nous proposons que l'Etat ne prenne aucune responsabilité, ni administrative ni financière, dans une telle opération. »