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Les joies du football martien

Dossier - Chroniques de science improbable
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La science improbable se penche sur des questions décalées et apparemment anodines. Football sur Mars, vitesse de marche de la Mort ou douleurs des avaleurs de sabre : autant de sujets qui proposent un regard différent sur le monde.

  
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Quel aurait été un meilleur moment que le vendredi 8 juin, date des premiers matches de l'Euro 2012, pour évoquer scientifiquement l'avenir du football ?

Le destin de l'humanité étant indubitablement de quitter son berceau, la Terre, il y a fort à parier qu'elle voudra emporter avec elle les joyaux de sa civilisation — au premier rang desquels figure le sport... En 1971, l'astronaute américain Alan Shepard avait ouvert la voie en jouant quelques coups de golf sur la Lune, à une seule main, son scaphandre n'ayant malheureusement pas été étudié pour le swing. D'ici quelques siècles, nos descendants auront colonisé la planète Mars, mais se pose une angoissante question : pourra-t-on y pratiquer le football ?

La pratique du football sur la planète Mars a fait l’objet d’un article dans une publication de l’université de Leicester. © Nasa

La question n'est pas si absurde puisque... la science y a déjà répondu, dans un article publié en 2010 par le Journal of Physics Special Topics. Le football ayant été inventé outre-Manche, qui d'autre que des Britanniques (en l'occurrence trois représentants de l'université de Leicester) pouvait s'attaquer au problème de l'adaptation du sport numéro un aux conditions martiennes ? Deux différences fondamentales entre la Terre et Mars doivent, disent-ils, être prises en compte pour qui veut shooter dans un ballon sur la Planète rouge. Tout d'abord, la masse de Mars est nettement inférieure à celle de la Terre, ce qui fait que la gravité y est plus faible : 3,71 m/s2 contre 9,81 m/s2 sur notre plancher des vaches. Un changement substantiel pour un sport basé sur le déplacement d'une masse sphérique.

L'autre différence concerne l'atmosphère. Si l'on met de côté sa basse température et la quasi-absence d'oxygène, qui obligeront les joueurs à évoluer en scaphandres chauffés, l'atmosphère martienne présente aussi le défaut d'être beaucoup plus ténue que la nôtre. Cela aura un impact majeur sur la traînée. Alors non, il ne s'agit pas de la fille facile qui rôdera autour des joueurs de l'équipe de France martienne, mais de la force qui s'oppose au mouvement dans un fluide (dans le cas présent, l'air). Pour le dire clairement, sur Mars, la résistance de l'air est très faible. Les auteurs de l'étude ont calculé qu'un tir puissant, une « patate », allant à 50 m dans un stade terrestre, parcourrait plus de 200 m sur un stade martien, soit deux fois la longueur d'un terrain de foot ! Les gardiens de but auraient soudain nettement plus de chances de marquer. En revanche, les artistes de la baballe seraient très déçus. Notamment les spécialistes des tirs à la trajectoire incurvée, due à un savant effet de rotation donné au « cuir ». Sans résistance de l'air, les Platini du futur, les cadors du coup franc dit brossé, n'auront plus qu'à se brosser. La plupart de ces problèmes (hormis celui de la gravité) pourront néanmoins, dit l'article, être résolus en faisant disputer les matches dans des stades-bulles à l'atmosphère recréée.

L'honnêteté nous oblige à dire que le Journal of Physics Special Topics n'est pas une véritable revue de recherche, mais une publication de l'université de Leicester dans laquelle les étudiants s'entraînent à l'art codifié de l'article scientifique. Le journal a toutefois un comité de lecture qui sélectionne les « papiers » reçus comme le ferait une vraie revue, et en vérifie contenu et références. Comme l'originalité et l'humour n'y sont pas bridés, le chroniqueur de la science improbable tente d'y repérer ceux qui seront demain ses fournisseurs de sujets...