La comète 41P/Tuttle-Giacobini–Kresak photographiée le 27 mars 2017 peu avant son passage au plus proche de la Terre. © Gábor Szendrői, Spaceweather

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41P, la comète à ne pas manquer !

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Par Xavier Demeersman, Futura

Passée à moins de 21 millions de kilomètres de la Terre le premier avril, la comète 41P/Tuttle-Giacobini-Kresak, de la famille des jupitériennes, poursuit sa route, se rapprochant du Soleil, jusqu'à sa proximité maximale du 12 avril prochain. Elle devient de plus en plus lumineuse dans le ciel de l'hémisphère nord. Ce petit astre glacé nous réserve peut-être de belles surprises, comme lors de son passage de 1973, quand il devint soudainement 10.000 fois plus brillant !

  • La comète 41P/Tuttle-Giacobini–Kresak, passée au plus près de la Terre, se rapproche maintenant du Soleil.
  • Son activité va augmenter dans les prochains jours.
  • Elle est visible depuis l'hémisphère nord.

En ce début avril, la comète 41P — plus exactement 41P/Tuttle-Giacobini-Kresak, voir plus bas — est de passage dans notre voisinage. Le 1er avril, elle n'était qu'à 20,8 millions de km de la Terre, soit l'équivalent de 55 fois la distance moyenne entre notre planète et la Lune. Elle n'était pas passée aussi près de nous depuis sa redécouverte en 1907, selon la Nasa.

À présent, cette boule de glace et de poussière de 1,4 km de diamètre, selon les estimations, fonce tout droit vers le point de son orbite elliptique le plus proche du Soleil, le périhélie. Elle l'atteindra le 12 avril prochain (156 millions de km la séparera de notre étoile, contre environ 768 millions de km lors de son aphélie). Pour l'astre, c'est donc l'été qui arrive. Et avec lui des changements importants en raison des fortes élévations de température dans les régions exposées, au rythme de sa rotation. Cela se traduit par ce qui est appelé des sursauts d’activité : explosions, dégazages plus intenses, effondrements de terrain sur le noyau cométaire (comme cela a été observé de près sur Tchouri par Rosetta), etc. Bref, pour la comète, c'est une période de turbulence qui, bien entendu, retient l'attention des astronomes professionnels, curieux d'en savoir plus sur ce corps glacé originaire de la région de Jupiter (elle est de la famille des comètes jupitériennes).

Le périple de la comète 41P/Tuttle-Giacobini–Kresak entre la mi-mars et la mi-mai 2017. Le 1er avril, l’astre n’était qu’à 21 millions de km de la Terre. Le 12 avril, elle atteindra le périhélie. La période est très favorable à son observation. Sa luminosité décuplera-t-elle comme ce fut le cas il y a 44 ans ? © Stelvisions

Une comète observable quasiment toute la nuit

Comme toujours avec les comètes, leur comportement est imprévisible et 41P ne fait pas exception. Nombre d'astronomes amateurs, de photographes et, bien sûr, de simples curieux des phénomènes célestes sont donc à l'affut d'un soudain accroissement de sa luminosité qui peut intervenir à tout moment. Pour l'instant, l'astre flirte avec la magnitude 6, ce qui veut dire qu'il est presque visible à l'œil nu dans un ciel très sombre. Certains assurent d'ailleurs avoir d'ores et déjà réussi à la distinguer sans instrument ces derniers jours.

Surtout, il faut garder à l'esprit que nous ne sommes pas à l'abri de surprises grandioses avec 41P. En effet, certains se souviennent qu'en 1973, au moment où, aussi, elle approchait du périhélie, c'était à la fin mai, elle devint 10.000 fois plus brillante. Cela se reproduisit une seconde fois six semaines plus tard, début juillet. Inutile de dire qu'alors aucun instrument n'était nécessaire pour la voir. Toutefois, il est toujours préférable de les admirer avec une paire de jumelles ou une lunette astronomique, pour plus de détails. À noter que de par sa relative proximité avec nous, visuellement, la comète se déplace vite par rapport au fond du ciel étoilé.

Durant tout le mois d'avril, la petite comète est quasiment circumpolaire, se frayant un chemin dans la voûte céleste à travers la longue constellation du Dragon. Autrement dit, dans l'hémisphère nord et aux latitudes de la France métropolitaine, elle ne passe jamais sous l'horizon... Toutefois, précisons que plus elle est haute dans le firmament, meilleure sera la résolution. Aussi, même si on peut la rechercher dès la fin du crépuscule, c'est au cours de la deuxième partie de nuit qu'elle culmine dans le ciel.

Timelapse de la comète traquée par l'observatoire Slooh, le 31 mars. © Slooh, Youtube

D’où lui vient son nom 41P/Tuttle-Giacobini–Kresak ?

La comète 41P porte trois noms différents, ceux de ses trois découvreurs qui l'ont observée à plusieurs décennies d'intervalle. Horace Tuttle fut le premier à la remarquer. C'était en 1858. Mais elle était alors si faible (magnitude 10) que l'astronome ne parvint pas à déterminer efficacement sa périodicité. Elle sera de nouveau débusquée en 1907, à l'observatoire de Nice, par Michel Giacobini. L'astre chevelu fut alors suspecté d'être la même comète qui avait été aperçue un demi-siècle plus tôt... Mais là encore, le manque d'informations ne permit pas de l'affirmer.

Enfin, elle fut re-redécouverte en 1951, alors que Ľubor Kresák regardait le ciel dans une paire de jumelle 25x100 (100 mm de diamètre pour un grossissement de 25 fois, donc). Cette fois, les observations furent plus conséquentes, sur de plus longues périodes, et permirent de définir son orbite. Il put être établi que 41P était le même objet repéré par deux fois dans le passé.

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