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Du jamais-vu en 246 ans : deux comètes visibles vont nous frôler ce soir

ActualitéClassé sous :Astronomie , comète , système Terre-Lune

Xavier Demeersman, Futura-Sciences

Les 21 et 22 mars, deux petites comètes vont passer à quelques millions de kilomètres de la Terre, et, les jours suivants, deviendront visibles dans l'hémisphère nord. Peut-être même seront-elles bien lumineuses. On n’avait pas vu un passage aussi rapproché depuis 246 ans ! Découverte en janvier 2016, P/2016 BA14 est vraisemblablement liée à 252P/Linear qui la précède de quelques heures.

Les comètes sont constituées de glaces et de poussières. Ici, la comète Lovejoy (C/2014 Q2), photographiée peu avant son passage au périhélie, le point le plus proche du Soleil. © John Vermette, Wikimedia Commons, CC by-sa 4.0

Il y a deux ans et demi, C/2012 S1 Ison présentait un fort potentiel pour devenir la comète du siècle. Mais les espoirs se sont malheureusement évaporés lors de son passage à moins d'un million de kilomètres du Soleil. Si elle avait survécu, sans doute que, vu de la Terre, le spectacle eût été magnifique au cours des jours suivants. Mais comme ces petits corps venus des confins du Système solaire ont des comportements imprévisibles, il y a souvent des surprises. Bonnes ou mauvaises.

252P/Linear pourrait en être une bonne. Ces dernières nuits, ses observateurs ont vu sa luminosité être multipliée par 100, passant ainsi de la magnitude 11 à la magnitude 6. Autrement dit, dans certaines régions de l'hémisphère sud où l'astre est actuellement visible, se frayant un chemin à travers des constellations australes, on pourrait apercevoir sa pâle lueur à l'œil nu (c'est plus facile avec une paire de jumelles). Des astronomes amateurs qui la suivent de près rapportent que depuis le 7 mars, elle a gagné une demi-magnitude chaque jour et, cela va de pair, sa chevelure ne cesse de s'étendre... C'est plutôt encourageant, car elle vient de passer le point de son orbite de 5,3 ans le plus proche du Soleil (périhélie). Le 15 mars en effet, un peu moins d'une unité astronomique - la distance moyenne entre la Terre et le Soleil - la séparait de notre étoile. Son activité est à son paroxysme pour les prochains jours. Et tant mieux...

La comète 252P/Linear photographiée dans le ciel de Brisbane en Australie, le 17 mars. Comme on peut le constater, elle est presque aussi lumineuse que la nébuleuse de la Tarentule, visible en haut à droite. © Tom Harradine via Spaceweather.com

Une comète qui, visuellement, se déplace rapidement

Car oui, ce lundi 21 mars 2016 à 12 h 14 TU (13 h 14 heure de Paris), 252P/Linear ne passera qu'à 5,2 millions de kilomètres de la Terre. C'est-à-dire presque à 14 fois la distance entre la Terre et la Lune. C'est la cinquième plus courte distance entre une comète et la Terre dans l'histoire de l'astronomie. Plus extraordinaire, le lendemain, c'est celle qui caracole à la seconde place qui passera dans les parages (voir plus bas) !

Pour espérer observer 252P/Linear dans l'hémisphère nord, il faudra cependant patienter le 25 mars. Elle fera alors son apparition en dernière partie de nuit au sein du Scorpion, une constellation qui est assez basse au-dessus de l'horizon sud (au passage, signalons que Saturne et Mars brillent en ce moment au-dessus de son étoile la plus brillante, Antarès). Cependant, étant relativement proche de nous, la comète avance au galop dans le champ d'étoiles. Aussi, à cette période, le noyau, d'une taille estimée entre 60 et 200 mètres, parcourra chaque heure une portion du ciel presque aussi large que la Pleine Lune, couvrant ainsi environ 10 degrés de la voûte céleste par jour.

L’orbite de P/2016 BA14 PanStarrs est très similaire à celle de 252P/Linear. Les 21 et 22 mars, toutes deux passent près de la Terre, respectivement à 3,5 millions et 5,2 millions de kilomètres. Ce sera même la plus courte distance d’une comète avec notre planète depuis 1770. ©Virtual Telescope Project

Le 28 mars, elle aura franchi le plan de l'écliptique, le chemin qu'empruntent les planètes. On ne peut pas encore prédire quelle sera sa luminosité à ce moment-là, alors qu'elle file à travers la constellation du Serpentaire (Ophiuchus), mais avis à tous les curieux, le 30 mars, en fin de nuit, l'astre croisera la route de la Lune qui sera alors gibbeuse décroissante. Non loin de là, Saturne. Signalons que pour les plus téméraires qui ne craignent pas de faire un long voyage : vue de l'Antarctique, notre satellite occultera la comète. Comme toujours avec des objets faibles, l'éclat de la Lune pourra gêner pour l'observation. Surtout lors de la Pleine Lune, le 23 mars. Mais qui sait, l'astre chevelu sera peut-être suffisamment brillant pour qu'on puisse tous l'admirer sous nos latitudes.

Parcours de 252P/Linear dans le ciel boréal entre le 24 mars (juste au-dessus de l’horizon) et le 20 avril (tout en haut). À noter que le 30 mars, la Lune gibbeuse décroissante s’affichera à côté. © Chris Marriott, SkyMap

Un compagnon qui passe encore plus près !

Découvert tout récemment, le 21 janvier 2016, BA14 PanStarrs qui est apparu d'abord comme un astéroïde, s'avère être en réalité un gros morceau de comète dont l'orbite est similaire à celle de 252P/Linear. Des recherches sur cette dernière, découverte en 2000, ont indiqué que c'est probablement Jupiter qui l'a déroutée voici quelques siècles seulement. Leurs visites dans le Système solaire interne ne sont donc pas, a priori, très anciennes.

Le 22 mars à 14 h 30 TU (15 h30 heure de Paris), P/2016 BA14 passera encore plus près de la Terre que sa congénère : 3,5 millions de kilomètres, soit 9 fois la distance qui nous sépare de la Lune. Hormis la mémorable comète D/1770 L1 Lexell qui nous a frôlés le 1er juillet 1770 à quelque 2,2 millions de kilomètres (un peu moins de 6 fois Terre-Lune), de mémoire d'Hommes, aucun noyau cométaire n'est passé aussi près de la planète bleue ! BA14 détrône C/1983 H1 (IRAS-Araki-Alcock) qui nous avait rendu visite en mai 1983, à environ 4,7 millions de kilomètres. Et elle devrait conserver sa place encore au moins 150 ans.

Alors, ce ne seront peut-être pas les comètes du siècle, mais rarement de tels corps glacés - à la différence des astéroïdes - ne passent aussi près de nous. Les astronomes professionnels et amateurs sont impatients de faire plus ample connaissance avec elles.

Pour suivre l'événement en direct, rendez-vous le 21 mars, à partir de 21 h en temps universel, sur le site Virtual Telescope.

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