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Biographie de Nicolas Gauvrit

Mathématicien

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Sa biographie

Après des classes préparatoires au lycée Stanislas à Paris, Nicolas Gauvrit intègre l’Ecole Normale Supérieure de Lyon en 1992. En parallèle de ces études mathématiques, il commence un cursus de psychologie à l’université Paris VIII.

Un bref passage dans un lycée parisien comme professeur agrégé le convint rapidement qu’il n’est pas fait pour enseigner les arcanes des mathématiques à des adolescents. Il trouve en 1998 un poste à l’université de Metz, au département de Psychologie, où il enseigne jusqu’en 2005 les statistiques et la psychologie cognitive.

Ses deux centres d’intérêt que sont les mathématiques et la psychologie le conduisent à s’inscrire à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales en 1997, où il obtient un doctorat de science cognitive en 2001 sur le thème du raisonnement naturel et des logiques non classiques.

Les mystères du système universitaire étant ce qu’ils sont, il n’obtint jamais la « qualification » (permettant de postuler en tant que maître de conférences) en mathématiques, ni en psychologie. En revanche, il fut rapidement qualifié en sciences de l’éducation et en linguistique, deux disciplines pour lesquelles il ne revendique aucune compétence dépassant la culture générale.

Muni de cette double qualification surréaliste, il trouve un poste de maître de conférences en mathématiques pures à l’Université d’Artois où il enseigne depuis 2005.

Il fait partie du groupe européen de psychologie mathématique (EMPG), un groupe international de chercheurs qui tentent de développer la modélisation mathématique pour la psychologie. Il est membre du comité de rédaction de Science et Pseudo-sciences, une revue dont l’objectif est d’informer sur les sciences et de mettre en garde contre ses utilisations abusives et les pseudo-sciences.

Son métier au quotidien

À force de courir le jogging tous les matins, les sportifs deviennent dépendants. Les endorphines sont leur drogue, et la course leur seule solution.

Je ne suis pas sportif pour un sous : c’est plutôt la maladie de la réflexion qui me ratatine. Penseur compulsif, je me réveille à l’aube avec la cervelle qui brûle déjà. La curiosité de l’enfance, l’âge pénible des « pourquoi ? », ne passe jamais chez le chercheur.

Pourquoi sommes-nous tellement irrationnels ? Pourquoi le hasard nous surprend-il tellement ? Pourquoi la religion, que je considère avec une certaine incompréhension hébétée… Il a fallu faire le tri dans les questions, renoncer à bien des ambitions. C’est cela aussi la recherche : on part avec l’idée saugrenue d’écrire une encyclopédie, et puis on comprend qu’on n’écrira qu’une ligne. Qu’il faudra 20 ou 30 ans pour bien la tourner, cette ligne, dans l’encyclopédie du monde. Que peut-être elle sera supprimée à la prochaine édition. La modestie s’apprend d’un coup de trique. On comprend aussi qu’il faut faire des choix, qu’un infime « pourquoi », c’est déjà beaucoup pour un homme.

Il m’a fallu du temps pour digérer ce revers, accepter de m’occuper d’un point microscopique dans la connaissance du monde. Aujourd’hui, j’ai mis en veilleuse mes ambitions littéraires, abandonné la pureté des mathématiques pures, ses mystères cristallins qui m’ont donné naguère tellement de plaisir. On ne peut pas être partout. Je me suis concentré sur la pensée humaine, sur le raisonnement humain, puis sur la perception humaine du hasard. Cette question minuscule vue de loin m’occupera des années sans doute encore.
Anarchiste dans l’âme, je n’aurais pas pu supporter un travail de bureau, un patron sur le dos, des horaires obligés, ou un imbécile qui me suggère de nouer une cravate autour de mon cou. Un ordre, c’est un empiètement sur ma liberté. C’est pourquoi je turbine chez moi, avec un sentiment de liberté et de bonheur : je me rends compte que j’ai la chance unique d’être payé à faire ce que j’ai envie de faire. Gagner sa vie en essayant de comprendre le monde, c’est mon vieux rêve réalisé.

J’ai bu mon café, il est 8h45, je m’assois à ma table de travail. Je passe en revue les résultats d’une expérience que nous avons faite il y a quelques semaines. Je cherche à comprendre pourquoi lorsqu’on demande une voyelle au hasard, les gens disent plus souvent A que E, plus souvent E que I, mais plus souvent Y que U. Je bloque quelques heures sur ce problème, je teste des hypothèses… Et puis je trouve, enfin, la solution ! Ce moment si rare hélas, l’exaltation de la découverte, ceux qui ont aimé les mathématiques l’ont tous ressenti à un moment. Voilà une bonne journée !

Sa dédicace

J’ai aimé les mathématiques. Elles furent ma bouée de sauvetage en même temps qu’un jeu sans cesse renouvelé. Une échappatoire, un monde parfait où je pouvais m’enfuir. Mais très vite, je fis deux découvertes.

La première est qu’il faut être courageux et travailleur pour réussir en mathématiques… c’était une carrière peu compatible avec mon intarissable flemme. La seconde, plus essentielle encore : les mathématiques et la vie sociale s’accommodent mal. Dites en société « je suis musicien », et vous récoltez des « Oh ! », des « Ahhh ! » émerveillés. On vous pose des questions, on veut savoir. Dites « J’étudie les maths », et vous obtenez une forêt d’airs gênés comme si vous aviez une maladie honteuse.

Si on vous dit quelque chose, c’est invariablement « oh, moi, les maths… » ou alors « Ah ! Alors tu vas pouvoir m’aider avec ma feuille d’impôts ».

Certains, comme mon ami Luc, militent pour les mathématiques, essaient de faire comprendre autour d’eux l’élégance mathématique, l’importance de la créativité et de la beauté.

J’ai choisi la voie facile, en embrassant un thème plus simple à exposer avec la psychologie. Et cette envie de dire en même temps que d’apprendre et de comprendre, ne me quitte plus depuis.

C’est pourquoi j’ai sauté de joie et sur l’occasion quand Futura-Sciences m’a proposé ce lieu supplémentaire, si précieux, d’expression…

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