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Le corps révélé par la biométrie

Dossier - Tous sous surveillance ?
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Caméras de surveillance au coin de la rue, localisation de votre téléphone par votre patron, images satellites qui montrent jusqu'au détail de votre serviette de bain, puce électronique sous la peau pour entrer au carré VIP d'une boîte à la mode... Sommes-nous tous aujourd'hui réellement sous surveillance ?

  
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La biométrie regroupe l'ensemble des techniques permettant d'identifier un individu grâce à ses caractéristiques physiologiques (empreintes, forme de l'iris ou du visage, ADN, réseau veineux...) ou comportementales (rythme des pas, de la frappe du clavier...). Elle fait de nos corps des cartes d'identité, bien plus sûrement que la simple déclaration de nos nom et prénom.

Biométrie et histoire

Si son utilisation avec un minimum d'efficacité est intimement liée au développement de l'informatique, ses grands principes ont commencé à émerger dès le XIXe siècle, avec notamment les travaux d'Alphonse Bertillon. Il fut le premier chef du service d'identification du dépôt de la Préfecture de police à travailler sur l'anthropométrie puis sur les empreintes digitales (appelées alors dactyloscopie). Dès 1872, les détenus français sont tous photographiés, ce qui permet à Bertillon de s'essayer à des classements, mais il doit avouer que le rapprochement entre plusieurs photographies d'une même personne est particulièrement difficile. D'où l'idée de se servir de la photographie pour prendre quelques mesures (écartement des yeux, hauteur et largeur du visage...) bien plus faciles à comparer entre elles. Les premières empreintes digitales sont enregistrées par la police française en 1882. Dans ce siècle d'organisation scientifique de la société, la biométrie fait ses premiers pas. D'autres techniques sont découvertes au début du XXe siècle. Mais c'est avec l'informatique que la biométrie va réellement devenir une réalité. En effet, réduire le corps à un certain nombre de mesures est intéressant, mais pouvoir stocker et comparer ces mesures nécessite des moyens techniques conséquents. Toute une série de brevets et d'algorithmes de reconnaissance, essentiellement américains, apparaissent dans les années 1980. Ils permettent de réduire la partie du corps scannée à un ensemble de points, facilement stockables dans un enregistrement informatique, qui forment un gabarit. Lors du contrôle, un nouveau gabarit est créé et comparé à celui de référence. À la fin des années 1990, un secteur industriel émerge.

Mesure biométrique

Pour qu'une mesure biométrique soit utile, il faut à la fois qu'elle soit discriminante d'un individu à l'autre, universelle et stable. Ainsi, notre groupe sanguin, s'il est stable et universel, n'est pas suffisamment discriminant pour nous distinguer à coup sûr de notre voisin. À l'inverse, le détail de la forme de notre visage est assez discriminant (attention aux jumeaux cependant) mais change avec le temps. Même nos empreintes digitales, si elles ne changent pas de forme, s'estompent avec l'âge...

Authentification versus identification

Deux grands types d'applications sont possibles, l'authentification et l'identification. Dans le premier cas, on se contente de vérifier que la personne qui se présente est bien la bonne. Ce qui implique qu'elle soit identifiée par ailleurs (badge, saisie de nom...).

L'identification consiste à comparer la mesure prise avec une base plus ou moins importante d'enregistrements effectués au préalable. Plus la base est réduite (les employés d'une entreprise), plus la comparaison est rapide.

Alors qu'il faut 15 minutes à un policier français pour retrouver l'empreinte d'un individu dont il connaît le nom dans le Fichier national des empreintes digitales (authentification), sa recherche prendra environ 3 heures s'il recherche une empreinte qu'il ne peut associer a priori à un nom précis (identification).