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Création de la vie et philosophie : Descartes, Darwin, Langton…

Dossier - Vie artificielle : les systèmes inspirés de la nature
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Depuis une trentaine d'années, des chercheurs d'horizons divers contribuent à ce nouveau domaine qu'ils ont baptisé Artificial Life. Plus qu'une discipline scientifique au sens strict, la vie artificielle est un regroupement de travaux hétéroclites, ayant pour point commun de s'inspirer directement et explicitement des caractéristiques du vivant.

  
DossiersVie artificielle : les systèmes inspirés de la nature
 

Durant l'essentiel de l'histoire de l'humanité, la vie a été considérée comme le propre de Dieu. Lorsque les premiers scientifiques et penseurs ont exprimé la possibilité de créer la vie de façon artificielle, cela n'a pas été simple...

Qu'est-ce que l'intelligence artificielle ? © 389289946, Shutterstock

Seul le démiurge peut donner la vie ; la génération spontanée, phénomène longtemps perçu comme hautement banal, n'était alors que l'expression du pouvoir créateur de Celui qui est à l'origine de tout.

Mary Shelley est aujourd'hui célèbre pour avoir écrit le roman Frankenstein, présentant une créature née de l'imagination d'un savant. © DR

La création de la vie selon Lamarck, Darwin et Descartes

À partir du XVIIe siècle, principalement sous l'impulsion des philosophes français, une nouvelle vision de la vie a progressivement émergé :

  • « Ceux qui connaissent les automates considéreront le corps comme une machine qui, ayant été faite des mains de Dieu, est incomparablement mieux ordonnée, et a en soi des mouvements plus admirables, qu'aucune de celles qui peuvent être inventées par les Hommes... s'il y avait de telles machines qui eussent les organes et la figure d'un singe ou de quelque autre animal sans raison, nous n'aurions aucun moyen pour reconnaître qu'elles ne seraient pas en tout de même nature que ces animaux [...] ». (Descartes R., Le Discours de la méthode, Paris, Librio, 1999.)

Selon Descartes, la vie peut ainsi s'interpréter comme un mécanisme, seule l'âme — siège de la raison — relève alors du divin (dualisme).

De même, l'idée de structures vivantes fixes, créées une fois pour toutes, a reculé au profit d'une interprétation transformiste puis évolutionniste. Les travaux de Lamarck, puis de Darwin, ont ainsi définitivement sonné le glas de la vision antique du vivant.

Malgré ces progrès, les Hommes de science ont, dans leur immense majorité, continué de penser que la création de la vie nous restait inaccessible. Seuls certains écrivains, comme Mary Shelley avec Frankenstein, osaient poser la possibilité pour l'Homme d'égaler Dieu.

Vers la vie artificielle : Christopher Gale Langton

La révolution scientifique du XXe siècle a bousculé ces interprétations. L'idée a progressivement émergé que la vie, considérée comme un mécanisme, comme un processus, pouvait être à la portée de la connaissance humaine.

En 1987 s'est tenue à Santa Fe, au Nouveau-Mexique (États-Unis), la première conférence internationale sur la vie artificielle. Son jeune organisateur Christopher Langton déclarait alors en prélude :

  • « La vie artificielle est l'étude des systèmes construits de mains d'Hommes qui exhibent des comportements caractéristiques des systèmes naturels vivants. Elle vient en complément des sciences biologiques traditionnelles qui analysent les organismes vivants, en tentant de synthétiser des comportements semblables au vivant au sein d'ordinateurs et d'autres substrats artificiels. En étendant les fondements empiriques sur lesquels la biologie est basée au-delà de la vie à base de carbone qui a évolué sur Terre, la vie artificielle peut contribuer à la biologie théorique en positionnant la vie telle que nous la connaissons au sein d'un espace plus large : la vie telle qu'elle pourrait être. » (Langton C. G., Artificial Life I, Addison-Wesley, 1989, p. 1, italiques originales).