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WebWag : la moitié des internautes aura bientôt sa page personnalisée

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Composer soi-même sa page d'accueil à partir de flux RSS choisis selon ses goûts plutôt que de se connecter vers des sites portails au contenu imposé : cette personnalisation du contenu représenterait la première étape d'une nouvelle génération du Web, parfois appelée Web 2.0.

Frank Poisson, fondateur du bureau France de Google, s'est récemment lancé dans la réalisation de Webwag, un service de construction de page personnalisée qui connaît un bon succès.

Pour Futura-Sciences, il détaille sa stratégie et sa vision de l'avenir. En substance : nous n'avons encore rien vu...

"La moitié des internautes aura bientôt sa page personnalisée."

Futura-Sciences : Les pages d'accueil personnalisables concrétisent-elles une évolution du Web vers d'avantage d'implication et de participation des internautes ? Sont-elles une illustration de ce que l'on appelle le Web 2.0 ?

Frank Poisson : Avec les premiers portails de 1994 à 2004 - Yahoo, Spray, Altavista, MSN, ou Wanadoo ... -, les contenus et les services étaient imposés aux utilisateurs, le plus souvent par la régie publicitaire en charge de leur commercialisation.

Aujourd'hui, l'internaute est libre de résumer son usage d'Internet sur une page accessible partout et d'organiser cette page à sa convenance : comptes mails, personnels comme professionnels, favoris, moteurs de recherche de son choix, blogs, podcasts, météo, notes personnelles, alertes de sites marchands...

Il retrouve en un seul endroit « son Webwag », un espace qui lui est propre et qu'il peut personnaliser à souhait. Grâce à la technologie Ajax et au push media des flux RSS, les services de pages d'accueil personnalisables illustrent parfaitement le web 2.0., et une nouvelle catégorie d'internautes, créatifs.

FS : Comment pensez-vous qu'elles évolueront ?

Frank Poisson : Je ne peux parler qu'au nom de Webwag, qui évolue très vite. Cet été, nous l'avons fait tester auprès d'une communauté de développeurs et d'usagers. Leurs retours sont précieux pour faire évoluer le service et l'amener au plus près des besoins utilisateur. C'est pour cela que nous avons créé également un blog, dédié à la Webwag Community. Webwag a ouvert le 28 août au grand public.

Une simple inscription (email et mot de passe) permet de retrouver à chaque connexion, depuis n'importe quel ordinateur dans le monde, un portail qui vous est dédié, personnalisé selon « votre usage d'Internet » : mails, favoris, alertes, mais aussi le choix parmi un annuaire de plus de 2000 flux RSS, en anglais comme en français.

Une semaine plus tard, Webwag innove en proposant une toolbar, barre d'outils pour créer sur votre Webwag des modules à la volée à partir de n'importe quel site ou blog que vous visitez. Toujours avec cette barre d'outils, l'exportation des favoris de vos navigateurs se fait d'un seul clic, un premier pas vers votre bureau virtuel. Et le 25 septembre, nous lancions le premier lecteur de podcasts aux couleurs de l'iPod ! Nous travaillons avec i-Tunes à une intégration plus poussée.

Cette semaine, nous lancerons la Webwag Factory dédiée à la communauté des développeurs open source : l'idée est de rémunérer les développeurs en fonction de l'utilisation de leurs modules (rémunération à l'installation).

A terme, Webwag va évoluer vers la déclinaison de la recherche personnalisée tout azimut, nous en reparlerons dans les semaines qui suivent.

FS : Combien ont-elles séduit d'internautes ?

Frank Poisson : Les pages d'accueil personnalisables séduisent déjà quelques millions d'internautes. Un internaute sur deux dans le monde à l'horizon trois à cinq ans, soit plusieurs dizaines de millions. La moitié environ sera chez les géants Microsoft, Yahoo, Google, Live.com. L'autre moitié choisira un service indépendant. C'est cette part de marché que nous visons, avec un service innovant : Webwag est le seul service à personnaliser le contenu et la recherche.

FS : En quoi vos solutions diffèrent-elles de celles de grands éditeurs, comme Microsoft, Google et Yahoo ?

Frank Poisson : Tout simplement la liberté de ne pas mettre tous ses clics dans le même panier ! Les géants que vous citez personnalisent leurs propres services maison. Avec leurs portails première version (1994-2004), vous n'aviez pas le choix. Avec leur deuxième version, vous n'avez pas le choix non plus... Au mieux, vous pouvez drag&droper leurs widgets....

Ce n'est pas ce que recherchent les internautes ! Bien au contraire. Les internautes veulent retrouver la liberté et l'intelligence que procurent l'usage du Net : pouvoir piocher dans l'usage qu'ils ont d'Internet - my web experience comme disent les Anglo-saxons - et reconstituer le tout dans un seul endroit - mon mash-up universel. Summum de notre solution Webwag : pouvoir rechercher dedans ! Et ce sera unique !

Des sources d'informations choisies s'affichent sur une même page, qui n'existe que pour vous.

FS : Par quel slogan résumeriez-vous votre concept ?

Frank Poisson : "Wag your web experience !" Ce qui veut dire, « secouez dans tous les sens votre usage d'Internet », pour mieux le réorganiser sur une seule page, accessible partout et en temps réel. Pour la petite histoire, "wag", c'est pour la queue du chien qui bouge, allusion imagée au drag&drop des modules.

FS : Quel est votre modèle économique ? Quels sont vos clients ?

Frank Poisson : Webwag est le seul service de ce genre à pouvoir se targuer de posséder un modèle économique dès le départ. Cela sera annoncé très prochainement. Il nous semble important de revenir aux fondamentaux de l'entreprise dans l'univers du web 2.0.

Je m'inscris pleinement dans les propos d'un Marc Simoncini (PDG de Meetic, NDLR) à ce sujet. « Un tri doit se faire entre les sites qui génèrent des revenus et ceux qui ne produisent que de l'audience » ! « Les sites qui relèvent du web 2.0 doivent inventer un modèle économique ad hoc ».

FS : Sur quel terrain pouvez-vous vous différencier de la concurrence ?

Frank Poisson : Webwag tel qu'il est aujourd'hui n'est que la pointe de l'iceberg de ce qu'il sera dans les semaines ou les mois qui viennent. La différenciation se fera tant pour les utilisateurs que pour la communauté des développeurs open-source qui se retrouveront sur la Webwag Factory.

D'un côté, les utilisateurs se verront proposer un outil de recherche personnalisée. Nos concurrents personnalisent le contenu et les services comme le fait Webwag, mais c'est le premier usage d'Internet, la recherche, qu'il faut personnaliser. Webwag annoncera très prochainement ce service.

De l'autre côté, la Webwag Factory aura vocation à être le eBay des développeurs open-source : ouvrir une fiche personnelle, se présenter, mettre en ligne son CV, pointer vers son blog, montrer les modules réalisés pour Webwag et son savoir-faire en matière de programmation de façon générale. Et la Webwag Factory prendra tout son sens lorsque les développeurs se verront récompensés à l'usage (pay per use) des modules qu'ils auront créés.

Frank Poisson a lancé Webwag en 2005. Auparavant, il avait fondé le bureau France de Google.

FS : Des sociétés comme les vôtres sont-elles avantagées lorsqu'elles restent sur leur territoire national ou bien ce marché est-il totalement international ?

Frank Poisson : Le marché que vise Webwag est mondial. Pour nos opérations, nous avons des bureaux à Palo Alto, en Californie, et à Paris. Mais le service Webwag est consulté au quotidien dans une trentaine de pays déjà.

Ce sont des dizaines de milliers de visites réalisées en à peine trois semaines : nous sommes très heureux et encouragés par ce succès. A période de développement égale, c'est bien mieux que nos concurrents. Notre audience et notre popularité prouvent que Webwag est maintenant inscrit dans le paysage des pages personnelles.

Les bloggeurs et les utilisateurs qui ont testé les concurrents décrivent Webwag comme plus dessiné, plus abouti et plus convivial. Nous espérons que nos éléments de différenciation, pas tous sortis à ce jour, continueront de leur donner raison de nous avoir choisis.

FS : Ces pages sonnent-elles le glas de sites à contenus éditoriaux, comme ceux des périodiques on-line de presse écrite (Futura-Sciences, 01Net...), ou au contraire imaginez-vous de fortes interactions autour de nouveaux services ?

Frank Poisson : Des interactions bien sûr. Les flux RSS que nous utilisons aujourd'hui ne représentent qu'une relation primaire, finalement. Nous voulons proposer l'intelligence des développeurs open-source qui seront rémunérés pour ça, par exemple pour des partenariats plus aboutis avec transactions sécurisées.

Webwag souhaite mettre en place des partenariats, être au carrefour d'échanges et de services qui génèrent une forte valeur ajoutée pour l'usager.

FS : En conclusion, diriez-vous que ces innovations sont garantes d'un Web de demain omniprésent, sain et dynamique, sans bulle 2.0 ?

Frank Poisson : Par bulle, si vous entendez bulle financière, je dirais qu'il n'y a pas de soucis, parce qu'aujourd'hui il n'y a pas d'exagération dans les financements des start-ups. Même une dizaine de millions d'euros dans le cadre d'un deuxième tour c'est peu, et assurément insuffisant pour asseoir une marque au niveau mondial.

Webwag va générer ses propres revenus dès le départ. D'une part pour gagner en pérennité et en indépendance et d'autre part pour faire face à l'avenir et aux développements en cours.

L'exemple que j'ai connu chez Google me laisse penser que ce sont les usagers eux-mêmes qui sont les meilleurs investisseurs dans une start-up ayant des sources de revenus. Chez Webwag nous répliquons cette recette qui a fait ses preuves.

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