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RoCo, le micro qui vous regarde

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Il joue de son écran comme d'une tête, pour suivre celle de l'utilisateur, lui répondre et s'adapter à ses émotions. Il pourrait nous aider à mieux travailler...

L'homme s'approche de sa table de travail, sur laquelle l'écran plat de son ordinateur, juché sur un bras articulé, est curieusement orienté vers le bas. L'homme s'assoit. L'écran se redresse immédiatement et s'avance vers lui. Un petit mouvement de bascule vers le bas simule un salut, plutôt nippon. Puis l'écran se recule pour s'installer à bonne distance de la tête humaine. Mais l'homme réajuste sa position en se reculant, si bien que l'écran doit s'avancer. Apparemment excité, l'humain se met à chanter en secouant son torse et ses bras. Le micro veut participer à la bonne humeur ambiante et commence lui aussi à marquer le rythme en se tournant dans tous les sens. Puis l'homme lance un traitement de texte et s'affaisse sur son siège pour commencer son travail. La tête penchée, les bras tendus, il commence à taper sur son clavier. Mais l'écran réagit en pivotant à droite et à gauche : par ce signe dont on devine facilement qu'il signifie « non », il fait comprendre à l'humain que sa posture effondrée n'est pas la bonne.

Un RoCo idéalisé, avec son micro, sa caméra et son écran qui lui sert aussi de tête. Crédit : MIT/Media Lab/Robotic Life Group /Ryan Kavanaugh

Cet écran communicant, baptisé RoCo (Robotic Computer), a fait sa première apparition publique le 11 mars 2007 à Washington lors d'une conférence sur les interactions homme-robot. L'une de ses conceptrices, Cynthia Breazeal, qui dirige le Robotic Life Group au Media Lab du MIT (Massachusetts Institute of Technology), le compare au Mac G4 d'une publicité d'Apple dans laquelle cet ordinateur se met bouger pour communiquer avec un homme passant devant lui. Les mouvements de Roco devant son utilisateur, étonnament expréssifs comme le montrent les vidéos tournées par l'équipe, ressemblent en effet beaucoup à cette séquence

Mouvement émouvant ?

Le projet du laboratoire est de créer une interaction entre humains et ordinateur, basée sur les émotions, pour en étudier la faisabilité, l'utilité et les effets. Roco utilise une caméra pour repérer la personne installée devant l'ordinateur et analyse sa posture (positions du corps et de la tête). Il peut alors y répondre de différentes manières. Des réactions émotionnelles de la part de l'ordinateur auront-elles un effet sur le comportement de l'être humain, sur l'efficacité de son travail ou sur la perception qu'il a de la machine ?


Le cou articulé de Roco permet des mouvements fluides et de grande amplitude.
Crédit : MIT/Media Lab/Robotic Life Group

Bien d'autres études ont été menées sur ce sujet depuis des années et ont montré qu'il existe effectivement un intérêt à enrichir les échanges entre homme et machine. Cynthia Breazeal a commencé il y a dix ans avec Kismet, une tête robot, avec de gros yeux, des sourcils et une bouche. En 2003, au Japon, Paro le Phoque, une peluche robotisée, a été utilisé pour inciter des enfants autistes à communiquer avec l'extérieur. Bien des roboticiens travaillent sur ce sujet, jusqu'à la Nasa où on envisage des collaborations entre hommes et robots.

Une des idées de l'équipe est de se servir de la posture pour déterminer l'état émotionnel de la personne afin de s'y adapter. Par exemple, explique la chercheuse, une étude a montré que quelqu'un d'un peu déprimé aura tendance à s'avachir devant l'écran pour réaliser une tâche ardue. Ses performances seront effectivement meilleures si la personne a la possibilité de s'installer ainsi. A l'inverse, si elle est d'humeur gaie, elle travaillera mieux si elle se tient droite.

Contre le mal de dos ?

Roco a mis en évidence cette curieuse corrélation. Deux groupes de volontaires doivent réaliser des puzzles, faisables dans un cas, impossibles à assembler dans l'autre. Tout de suite après, ces volontaires sont placés devant un écran Roco, mobile ou pas, pour réaliser un autre puzzle, infaisable pour tout le monde. Dans le groupe qui avait précédemment réussi le premier test (où on était donc empli d'optimisme), les volontaires se montraient plus tenaces si Roco était animé. Chez les cobayes de l'autre groupe, qui avaient essuyé un échec à la première expérience et qui se sentaient pessimistes sur le résultat de la seconde partie, l'effet était contraire : un Roco immobile renforçait leur ténacité à résoudre le puzzle.

Cynthia Breazeal en conclut que RoCo pourrait renforcer l'attention d'un enfant de l'écran, nous aider à mieux travailler ou, plus simplement, à nous inciter à conserver une posture meilleure pour notre dos. Bien sûr, il ne s'agit que d'un prototype, servant avant tout à la recherche. Travailler devant un ordinateur dont l'écran gigote en permanence n'est peut-être pas du meilleur effet sur la productivité...

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