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Un algorithme pour pister le trafic de matières nucléaires

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En analysant à l'échelle mondiale les saisies, les vols et autres incidents liés à la contrebande de matière fissile, il serait possible de remonter la piste du nucléaire clandestin. Les scientifiques à l'origine de cette idée apportent de bons arguments, qui intéressent l'AIEA et la méthode pourrait aussi convenir à la lutte contre le trafic de drogue.

Si un vol de matière fissile a eu lieu en un point A et si une partie a été retrouvée par les douaniers en un point B, prolongez la droite AB suffisamment loin sur le globe. Quelque temps plus tard, avec le même genre d'événements en A' et en B', prolongez la droite A'B' et déterminez le point X de l'intersection de AB et de A'B'. Affectez à X une probabilité élevée qu'il se trouve là un atelier clandestin de fabrication d'une arme incorporant des matière radioactives.

Cette idée, David York et ses collègues de Sandia (un laboratoire dépendant du gouvernement des Etats-Unis et dédié à la sécurité en matière de risque nucléaire) l'ont poussée jusqu'au bout. En analysant tous les événements liés de près ou de loin au trafic de matière radioactive mais aussi à tout ce qui concerne le matériel pouvant être utilisé dans la fabrication d'une arme, il est possible, affirment-ils, de deviner les routes empruntées par les contrebandes et de localiser les endroits où convergent des trafics.

Et ils le prouvent. L'équipe de David York a mis au point un algorithme et réalisé le logiciel qui l'exploite, tenant compte, pour chaque événement, du lieu, de la date et de la nature des produits ou des matériels concernés. Ils ont ensuite nourri leur calculateur avec huit cents incidents répertoriés depuis 1992. Il en est ressorti une trame mondiale dessinant les voies probables des trafics.

Le robot enquêteur

En analysant ces résultats, ces chercheurs ont pu retrouver, a posteriori, les activités du Pakistanais Abdul Qadeer Kahn, fortement impliqué dans un trafic de produits radioactifs mais aussi de matériels et de savoir-faire vers différents pays, dont l'Iran et la Corée du Nord.

Un vol d'uranium a eu lieu à Moscou. Peu de temps après, une saisie de ce même matériau a été effectuée à Grozny, en Tchétchénie. En recoupant avec d'autres événements semblables, survenus en d'autres endroits et à d'autres moments, une analyse purement logique peut désigner Téhéran comme point d'aboutissement de ces transports clandestins. Crédit : Sandia National Laboratories

L'AIEA (Agence Internationale de l'Energie Atomique, dépendant de l'ONU) s'est fait présenter ces résultats, ainsi qu'un groupe de travail sur le trafic illicite de l'Union européenne. Mais pour être vraiment efficace, cet outil nécessite un maximum d'informations sur les saisies et sur les vols. Or, le plus souvent, ces données restent confidentielles...

Ce curieux enquêteur logiciel intéresse également d'autres administrations car il pourrait fonctionner avec n'importe trafic, comme celui lié au commerce des drogues.

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