Traçabilité des produits chez Phenix. © Phenix
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Phenix fait tout un plat du gaspillage

ActualitéClassé sous :Jeunes Pousses , Eco-consommation , Alimentation

Un tiers des 10 millions de tonnes de nourriture jetées chaque année en France suffirait à nourrir toutes les personnes dans le besoin. C'est toute l'ambition de Phenix, qui développe une activité économique vertueuse en luttant contre le gaspillage, la précarité alimentaire et les émissions de gaz à effet de serre. Futura est allé à la rencontre de cette start-up française.

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[EN VIDÉO] Alimentation moderne : les grandes avancées et les échecs depuis un demi-siècle  L'industrie alimentaire nous nourrit-elle mal ? Oui et non, démontre le docteur Cocaul, nutritionniste et chroniqueur à Futura. Notre alimentation moderne est abondante et bien sécurisée. Cependant, les préparations et les emballages sont trop attractifs, tandis que le renfort en sucre et en sel la rend trop riche, causant de véritables épidémies, à commencer par l'obésité. 

Jean Moreau, le cofondateur de Phenix, en est convaincu : les entreprises peuvent créer des emplois et générer des bénéfices tout en servant l'intérêt général.

Futura : Pouvez-vous expliquer votre concept à ma grand-mère ?

Jean Moreau : Avec Phenix, nous créons des solutions performantes et solidaires pour mettre fin au gaspillage et connecter ceux qui ont trop de nourriture avec ceux qui n'en ont pas assez. Depuis le lancement de l'entreprise, nous avons sauvé de la poubelle près de 200 millions de repas à un rythme actuel de 150.000 par jour. Nous souhaitons aussi changer les regards pour une consommation responsable, notamment sur les dates de péremption des produits.

Jean Moreau, cofondateur de Phenix. © Phenix

Futura : Quelle est votre solution ?

Jean Moreau : Nous faisons de l'innovation incrémentale : nous avons repris un concept vieux comme le monde en l'optimisant et le digitalisant pour lui donner une portée la plus impactante possible. Nous avons choisi au début de nous concentrer sur l'aide aux industriels et aux magasins à gérer efficacement leurs stocks, éviter la case poubelle et donner les produits invendus à des associations qui œuvrent en faveur des plus démunis. Le sujet a pris de l'ampleur depuis, avec plusieurs lois pour contrer le gaspillage alimentaire, comme la loi Garot en 2016, la loi Egalim 1 en 2018 et la loi anti-gaspillage de 2020. Depuis 2019, nous avons souhaité associer les consommateurs à la démarche en lançant une appli pour acheter à prix cassés les produits alimentaires invendus auprès des commerçants près de chez eux, et démontrer ainsi qu'antigaspi rime aussi avec pouvoir d'achat et solution contre l'inflation. Nous avons aussi développé la filière de l'alimentation pour animaux avec des produits non consommables par l'être humain, fruits en putréfaction ou encore pains rassis pour les mettre à disposition de fermes, de zoo par exemple.

L'application antigaspi de Phenix. © Phenix

Futura : Pourquoi votre start-up va changer le monde ?

Jean Moreau : Phenix est certifiée Entreprise solidaire d'utilité sociale (ESUS) et B-Corp. Notre projet a un triple impact positif : social, environnemental et économique. Nous voulons révolutionner les façons de gérer les produits en fin de parcours, avec pour ambition de créer un nouveau standard dans la gestion des invendus et des déchets. Nous installons progressivement un nouveau réflexe : celui de la seconde vie, de l'économie circulaire, et notre vision consiste à rendre la poubelle inutile, à en faire un objet de collection relégué dans un musée. Il est question aussi de réduire drastiquement le gaspillage, sachant que selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, un tiers environ des aliments produits dans le monde était perdu ou gaspillé chaque année, ce qui correspond environ à 1,3 milliard de tonnes de nourriture par an, alors que 820 millions de personnes souffrent toujours de la faim dans le monde. Notre projet est également de diminuer les déchets, les émissions des gaz à effet de serre nécessaires à la production des produits et leur traitement en fin de vie. Nous avons enfin la fierté d'avoir, via cette activité solidaire, un modèle décentralisé créateur de 250 emplois dans les territoires, répartis sur une vingtaine de villes en France et en Europe.

L'équipe Phenix à Paris. © Phenix

Futura : Comment est né le projet ?

Jean Moreau : J'ai commencé ma carrière dans le monde de la finance après une école de commerce et un cursus complémentaire en affaires publiques à Sciences Po. En 2014, j'ai eu besoin de donner un peu plus de sens à ma vie professionnelle avec la volonté d'avoir un impact positif en contribuant au nécessaire changement. Le gaspillage alimentaire était un sujet qui me tenait à cœur et qui cochait toutes les cases de mes ambitions : un volet social, un impact environnemental et une dynamique économique. Avec mon associé Baptiste Corval, nous avons alors créé Phenix avec une mise de 500 euros chacun. Depuis, nous avons parcouru pas mal de chemin !

Futura : Quelles sont les prochaines étapes ?

Jean Moreau : Nous prévoyons une extension sectorielle de notre proposition de valeur aux produits non alimentaires, périssables dans un premier temps comme les plantes par exemple, puis non périssables ensuite, pour les jouets, les vêtements, les produits d'hygiène, etc. Nous souhaitons également développer le modèle et amener à maturité les pays où nous avons déjà posé un pied : Italie, Espagne, Portugal, Belgique. Pour donner vie à ces ambitions, nous prévoyons de finaliser une levée de fonds dans le courant de l'été 2022.

Futura : Si vous étiez Premier ministre, quelle mesure phare mettriez-vous en place ?

Jean Moreau : J'en prioriserais deux. L'une sur le volet environnemental : j'accentuerais le dispositif pollueur-payeur avec des pénalités accrues et un coût de traitement des déchets qui augmenterait au cours du temps car il n'est pas, selon moi, actuellement suffisamment dissuasif pour infléchir certaines pratiques néfastes pour la planète. L'autre, sur le volet social, où je concrétiserais enfin le projet de chèque alimentaire pour les plus démunis dont parle Emmanuel Macron depuis décembre 2020, et qui donnerait accès à des produits de qualité, bio, locaux ou répondant à une logique anti-gaspillage.

Le gaspillage vu par les commerces de proximité. Enquête réalisée en mars 2022. © Phenix, YouTube

Futura : À quoi va ressembler le monde en 2050 ?

Jean Moreau : Je me réjouis de voir qu'une lame de fond avec impact positif est en cours pour tenter de relever les défis immenses qui se dressent sur notre route vers l'avenir. Elle bénéficie d'un alignement progressif des planètes entre de plus en plus de talents qui s'engagent, des consommateurs acteurs qui utilisent désormais la carte bancaire comme un bulletin de vote et un monde de la finance qui emboîte le pas vers des investissements vertueux. La dynamique entrepreneuriale actuelle montre aussi que l'on peut concilier croissance, rentabilité et impact positif pour la société. Mais pour créer un vrai point de bascule, il faudrait vraiment, selon moi, en plus « polliniser » l'économie traditionnelle, que les grands groupes qui sont au cœur du réacteur rejoignent franchement le mouvement et que le monde politique agisse fermement. C'est toute la mission que nous nous sommes donnée avec Eva Sadoun à la co-présidence du Mouvement Impact France. Je ne suis pas inquiet sur la destination, toute la question est de savoir combien de temps le trajet va prendre, car il y a urgence.

Futura : Quel sujet d'actualité de Futura vous a passionné ?

Jean Moreau : On a beaucoup parlé d'alimentation durable et de consommation responsable dans cette interview, donc je choisirais peut-être ce contenu sur la consommation durable pour élargir et rappeler que tout ne se joue pas non plus uniquement dans nos assiettes !

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