Les mycorhizes permettent une croissance rapide des plantes. © Mycophyto
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Les champignons au service de l’agroécologie avec Mycophyto

ActualitéClassé sous :Jeunes Pousses , Agriculture , champignon

Comment nourrir 9,5 milliards d'individus en 2050 dans un contexte de réchauffement climatique et de raréfaction des terres arables ? Mycophyto propose une solution vieille de 450 millions d'années et maîtrisée par 30 années de recherche appliquée sur la santé des plantes : la symbiose mycorhizienne.

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[EN VIDÉO] Notre agriculture bientôt affectée par le réchauffement climatique  Certains des effets du réchauffement climatique se font d’ores et déjà ressentir. D’autres sont encore à venir. Les rendements de certaines cultures pourraient ainsi baisser de manière tangible dès 2030 sous l’effet de la hausse des températures, de variations dans le régime des précipitations et de fortes teneurs en dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère. C’est la conclusion de chercheurs qui ont travaillé sur les modèles climatiques et de cultures les plus performants du moment. Les rendements du maïs, par exemple, pourraient fortement diminuer. (en anglais) © Nasa Goddard 

Selon Justine Lipuma, cofondatrice de Mycophyto, la transition agroécologique est la seule voie pour un changement en profondeur pour produire plus et mieux. Elle répond à nos questions.

Futura : Pouvez-vous expliquer votre concept à ma grand-mère ?

Justine Lipuma : Nous profitons de la synergie naturelle entre les plantes et les champignons mycorhiziens microscopiques, qui se développent dans leurs racines pour en multiplier par 1.000 la surface d'échange, donc de favoriser des gains de rendement, des économies d'eau et d'engrais. C'est cette association vieille de 450 millions d'années qui a permis aux plantes de sortir de l'eau.

Justine Lipuma, cofondatrice de Mycophyto. © Mycophyto

Futura : Quelle est votre solution ?

Justine Lipuma : Il faut vraiment redorer l'image des champignons. On parle plus volontiers de leurs effets néfastes, pourtant minimes par rapport à tous les formidables bienfaits qui ont permis l'évolution. Les champignons mycorhiziens n'ont aucune action pathogène. Ils peuvent être nourris et logés par 85 % des plantes terrestres qui leur apportent du carbone en échange de phosphate et d'azote. Nous avons donc développé des solutions brevetées sur l'implémentation de champignons mycorhiziens arbusculaires indigènes dans les cultures afin de recréer des synergies naturelles durables avec les racines des plantes. Tous les acteurs de l'agriculture et de l'horticulture disposent donc de solutions pour dynamiser la biodiversité naturelle des sols, augmenter les rendements et la qualité des productions, réduire l'empreinte environnementale des cultures et cultiver des produits sains respectueux de la santé des sols et des Hommes. En moyenne, le végétal connaît une croissance supplémentaire de l'ordre de 40 %, tout en réduisant son besoin en eau jusqu'à 40 % en moins..

Une racine mycorhizéé. ©Mycophyto

Futura : Pourquoi votre start-up va-t-elle changer le monde ?

Justine Lipuma : Jamais l'agriculture n'avait eu à faire face à un défi d'une ampleur inégalée dans l'histoire de l'humanité, d'autant plus dans un temps aussi court : nourrir 9,5 milliards d'individus en 2050 avec moins d'eau, d'engrais chimiques, d'énergies fossiles et de produits phytopharmaceutiques, le tout dans un contexte de réchauffement climatique et de raréfaction des terres arables. Nous devons donc vraiment nous rappeler à quel point les sols sont vivants, que nous pouvons produire plus et mieux avec des solutions comme les nôtres qui permettent l'optimisation des équilibres biologiques naturels et l'augmentation de la résilience des systèmes agricoles.

Futura : Comment est né le projet ?

Justine Lipuma : Après un parcours de recherches en microbiologie, j'ai eu envie de pouvoir utiliser toutes ces formidables connaissances pour avoir un impact significatif sur le développement des sols en faveur de l'agriculture. J'ai donc fondé Mycophyto avec une ingénieure agronome, Christine Poncet. La start-up est un spin off de Inrae et de l'université Côte d'Azur. Nous avons d'abord été incubées à Sophia Antipolis puis accélérées au Village by CA Provence Côte d'Azur avant d'être sélectionnées pour la première promotion de Hectar, le plus grand campus agricole du monde. Nous avons aussi reçu 15 prix depuis notre création et sommes accompagnés par Bpifrance.

Futura : Quelles sont les prochaines étapes ?

Justine Lipuma : De 12, nous devrions passer à 20 collaborateurs d'ici la fin de l'année 2022. Après avoir obtenu 1,4 million d'euros en 2019, une nouvelle levée de 4 millions d'euros est en cours pour nous développer sur les quatre filières agricoles que nous accompagnons : le maraîchage, les plantes à parfum et médicinales, les vignes et l'arboriculture. Nous avons aussi notamment entrepris un projet avec la Maison de cognac Boinaud pour accroître la biodiversité de ses sols et en faciliter l'adaptation aux périodes de sécheresse qui sont malheureusement de plus en plus fréquentes.

Nous devons nous rappeler que les sols sont vivants ! © Mycophyto

Futura : Si vous étiez Première ministre, quelle mesure phare mettriez-vous en place ?

Justine Lipuma : Il faut vraiment développer un écosystème qui permettra l'éclosion de licornes dans le secteur de l'AgriTech. Il y va de notre avenir face aux défis climatiques mais aussi de notre souveraineté alimentaire, dont nous constatons actuellement toute l'importance avec la guerre en Ukraine qui a un impact notable, notamment sur le prix du blé et celui des intrants comme les fertilisateurs. Cela signifie concrètement de densifier les liens avec la recherche publique, d'accroître les moyens mis à disposition, de plus acculturer les fonds privés sur ces sujets et d'accélérer dans la mesure du possible les autorisations de mise sur le marché. C'est d'ailleurs pourquoi, Mycophyto fait partie du comité de pilotage de La French Agritech, qui rassemble l'ensemble des acteurs innovants des secteurs agricoles et alimentaires ; elle est également membre de La Ferme Digitale, qui a pour objectif de promouvoir l'innovation et le numérique pour une agriculture performante, durable et citoyenne.

Futura : À quoi va ressembler le monde en 2050 ?

Justine Lipuma : Je suis une optimiste de nature : je crois vraiment qu'on peut changer les choses pour un monde accueillant en 2050. La prise de conscience est réelle tant au niveau des citoyens, des industriels et des politiques, car la nature nous rappelle de plus en plus notre fragilité, comme nous avons pu le constater avec la crise sanitaire. Mais c'est maintenant qu'il faut prendre les décisions stratégiques et agir.

Futura : Quel sujet d'actualité de Futura vous a passionnée ?

Justine Lipuma : Celui sur le microbiote ! Champignons, bactéries, flore, cellules souches.... Les similitudes entre la flore intestinale et nos sols nourriciers sont passionnantes !

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