Fondée en 2018, la startup propose déjà huit bactéries sur le marché permettant de booster la productivité de cultures agricoles en réactivant l’écosystème endormi des plantes et en restructurant les sols.


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    Des rendements de fraisefraise en moyenne 18 % supérieurs... Engrais ? Fertilisant ? Plus précisément biostimulants, un type d'amendements qui, en quelque sorte, remplace le fumier d'antan. De quoi régénérer la fertilité des sols et pallier leur baisse de teneur en matièrematière organique et en diversité microbienne (bactériesbactéries et champignonschampignons). Ces produits se sont multipliés sur le marché sans qu'il soit facile de les comparer tant il est compliqué d'analyser le fonctionnement du sol.

    « La plupart des biostimulants sont des engrais organiques déguisés, regrette Renaud Nalin, président de BioIntrant. Ce sont des extraits de végétaux, d'alguesalgues, des ressources naturelles qui apportent des nutrimentsnutriments ou un effet bénéfique donné. Nos biostimulants, comme d'autres, sont à base de bactéries et visent une action plus large : stimuler le développement de l'écosystèmeécosystème microbien autour des racines de la plante pour l'aider à mobiliser et optimiser l'assimilation les éléments nutritifs des sols comme les indispensables azoteazote ou phosphorephosphore ou se défendre contre des pathogènespathogènes. »

    « Dans l'exemple des fraises, l'inoculation d'une de nos souches, brevetée, favorise l'assimilation des nutriments par la plante à hauteur de +90 % pour l'azote, +80 % pour le phosphore et le potassiumpotassium », poursuit-il. Il qualifie ces amendements de probiotiques : de quoi favoriser le développement du microbiomemicrobiome des plantes et améliorer leur santé, à l'instar des probiotiquesprobiotiques pour notre propre santé. L'objectif est de réactiver la microflore du sol, pour in fine optimiser la rentabilité de l'écosystème. Car contrairement à ce que l'on pense, les sols ont une certaine résiliencerésilience et leur flore microbienne reste présente même si elle est en dormance faute d'échanges avec les plantes qui deviennent « paresseuses » à force d'engrais.

    Récupération des bactéries sur les racines d'un pied de blé. © BioIntrant
    Récupération des bactéries sur les racines d'un pied de blé. © BioIntrant

    La clé de ce processus de réactivationréactivation du sol passe par des bactéries capables de former un gelgel très visqueux autour des racines des plantes, un gel à base d'exopolysaccharides. Ces bactéries produisent ce sucresucre à longues chaînes à partir des monosaccharidesmonosaccharides qu'exsudent naturellement les racines des plantes. On peut facilement l'observer sur un sol biologiquement actif, par exemple en déterrant une plante de prairie : grâce à ce gel, la terre reste collée à la racine alors que celle d'un pied de céréalecéréale cultivée sera nue. Surtout, il permet, en raison de sa nature, de restructurer abondamment le sol lui conférant des meilleures capacités de rétention en eau et en nutriments ainsi qu'une meilleure aération. Cette cascade de bénéfices aide les communautés microbiennes associées à la plante à se développer et à assurer une multitude de fonctions phytobénéfiques.

    Cibler les bactéries les plus performantes

    « Grâce à l'installation de cet écosystème entre la plante, le sol et la bactérie, nous visons la diminution des intrantsintrants tout en maintenant les rendements des cultures, explique Renaud Nalin. Notre principal atout est notre capacité à sélectionner les bactéries les plus performantes pour cela, capables de former des exopolysaccharides, pour des plantes d'intérêt agronomique. Pour y parvenir, nous utilisons des méthodes de criblage bio-informatique à partir d'analyses génomiquesgénomiques croisées avec des banques de données expertes. »

    La startup, issue du laboratoire LEMiRE (CNRS/CEA) spécialisé en microbiologie des sols et en agronomie, dispose à cette fin d'une belle collection de souches bactériennes : les 2.000 identifiées par le LEMiRE auxquelles s'ajoutent celles qu'elle isole puis séquence à partir de ses propres essais sur une diversité de plantes cultivées et de terroirs. Chaque bactérie sélectionnée est ensuite testée sur différentes cultures. Comme la fraise, qui semble apprécier.

    Image du site Futura Sciences
    Répartition de l'inoculum de souches bactériennes sur des pieds de tournesol. © BioIntrant

    « Nous avons désormais huit bactéries prêtes à la commercialisation, se réjouit Renaud Nalin. Nous avons obtenu huit autorisations de mise sur le marchéautorisations de mise sur le marché (AMM) en Allemagne cet automneautomne, déjà deux en France depuis le mois de décembre. » Et en janvier 2022, la startup qui compte huit salariés a levé 1,5 million d'euros pour construire une unité industrielle de production qui devrait être opérationnelle au deuxième trimestre.