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En sursis, le Minitel survivra jusqu’au 30 juin 2012

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France Télécom vient d'annoncer la date de la fin du Minitel : le 30 juin 2012, les écrans de cette boîte d'un autre âge s'éteindront définitivement. Un ultime sursis lui a été accordé mais la fin est inexorable.

Le Minitel, pionnier de la télématique à la fin de l’ère pré-Internet. © Nicolas Nova/Flickr, Licence Creative Commons (by-nc-sa 2.0)

Le 30 juin 2012, ce sera la fin d'un monde : celui du Télétel, le réseau conçu pour le Minitel. Initialement prévu le 30 septembre 2011, le débranchement définitif a été repoussé de neuf mois. Tous les prestataires de services n'auraient pas eu le temps de migrer sur ce nouveau réseau qu'on appelle Internet.

L'histoire a démarré en 1982 lorsque des millions de Français ont vu débarquer chez eux ce terminal marron, à brancher sur le téléphone, gracieusement offert par les PTT (ancêtre de La Poste de France Télécom que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître). Les expérimentations avaient commencé plusieurs années auparavant, initiées après la publication d'un rapport sur l'informatisation de la société rédigé par Simon Nora et Alain Minc. Remis en février 1978 au président de la République de l'époque, Valéry Giscard d'Estaing, le « rapport Nora-Minc » décrivait la mise à disposition du public de données enregistrées sur des ordinateurs en réseaux. On commençait alors à parler de « télématique ».

Techniquement, le Minitel est un terminal se connectant au service Transpac, nom commercial d'un réseau de type X25 de commutation par paquets. Pour la visualisation, il utilise la norme Vidéotex, affichant 25 lignes de 40 caractères, soit 1.000 pixels. Mais on ne parle pas encore pixels... Pour afficher des graphiques, la norme Antiope définit de superbes caractères spéciaux faits de lignes ou de points. Le débit est énorme et s'écrit « 75/1.200 ». Il est en effet asymétrique et propose 1.200 bits par seconde dans le sens descendant, c'est-à-dire du réseau vers le Minitel, soit 0,0012 Mbit/s en langage moderne.

Soyez snob : téléchargez le logiciel i-Minitel et effectuez des recherches qui vous seront facturées au tarif en vigueur. (Copie d'écran du logiciel i-Minitel.)

Pas de virus

Dans l'autre sens, le Minitel expédie ses données à 75 bits par seconde. À cette vitesse, il faudrait une trentaine d'heures pour envoyer un fichier de 1 Mo. Mais ce n'est pas ce qu'on lui demande. Puisqu'il n'y pas de stockage dans le Minitel (c'est un terminal, pas un ordinateur), l'émission de données est en effet réalisée en direct, donc à la vitesse des doigts sur le clavier. 

D'abord dubitatifs, les Français adoptent massivement le Minitel et même les plus rétifs apprennent à tapoter 3611 (l'annuaire) ou 3615 SNCF. Dans les années qui suivent, le « Minitel rose », sorte de tchat spécialisé et payant, devient un secteur des plus lucratifs, qui résistera longtemps à Internet. Il est vrai que Télétel n'a pas que des inconvénients. On n'y déplore ni bugs, ni spams, ni virus et on finit par s'habituer au bruitage étrange de la connexion, fait de clics et de déclics et à sa vitesse d'affichage, paraissant déjà lente à l'époque et qui, aujourd'hui, évoque le char à bœufs.

Après un pic à treize millions d'utilisateurs pour un milliard de connexions en 2002, il restait en 2010 deux millions d'adeptes et 1.880 services disponibles. Mais le trafic diminue inexorablement. Depuis longtemps, le 3615 SNCF a disparu, et même l'annuaire ne fait plus recette. D'après France Télécom, le marché s'est rétréci à 30 millions d'euros par an alors qu'il a culminé à un milliard à la fin des années 1990. Même s'il existe des logiciels pour faire du Télétel sur ordinateur, capables d'afficher les sympathiques pixels-pavés sur des écrans HD, la conversion n'a jamais eu beaucoup de succès. Alors, rideau.

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