La technologie de transmission sans fil Li-Fi repose sur l'éclairage LED. Elle consiste à utiliser la modulation de lumière à haute fréquence pour coder et transmettre des informations. Le Li-Fi a fait son apparition il y a une dizaine d’années à la faveur du développement des ampoules LED. © Mike Deal, Flickr, CC by-nd 2.0

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Li-Fi : l'Internet haut débit par la lumière sort de l'ombre

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Deux entreprises françaises, Oledcomm et Havr, vont commercialiser dans le courant de l'année une lampe de bureau et une serrure connectée qui fonctionnent par Li-Fi. Ces premiers produits grand public sont vendus cher. Mais ont-ils les atouts suffisants pour rendre cette technologie attractive ?

Le Li-Fi va-t-il enfin voir la lumière au bout du tunnel ? Cette technologie prometteuse présentée comme une alternative au Wi-Fi et dont on entend parler depuis une dizaine d'années, tarde à émerger. Cependant, elle devrait nous devenir un peu plus familière cette année grâce à la commercialisation des premiers dispositifs destinés au grand public. En l'occurrence, il s'agit d'une lampe de bureau et d'une serrure connectée, fabriquées par deux entreprises françaises qui ont fait parler d'elles lors du dernier Consumer Electronics Show (CES) : Oledcomm et Havr.

Oledcomm a créé MyLiFi, une lampe de bureau LED qui diffuse une connexion Internet sans fil via la lumière. La lampe est munie d'un câble Ethernet qui se branche à un routeur Wi-Fi ou une box Internet. L'ordinateur, que l'on place dans le champ lumineux, est lui équipé d'un récepteur Li-Fi branché via le port USB. La connexion offre un débit de 23 Mbit/s, bien loin de ce que peut faire la norme 802.11ac (jusqu'à 1.300 Mbit/s de débit théorique), qui est la version grand public du Wi-Fi la plus répandue. Mais le Li-Fi a d'autres arguments à faire valoir.

La lampe LED MyLiFi diffuse une connexion Internet via son rayon lumineux capté par le récepteur USB relié au PC portable. © Oledcomm

Le Li-Fi s'apparente au morse

Pour mémoire, cette technologie, qui s'apparente au morse dans son fonctionnement, se sert de la modulation de lumière à haute fréquence pour coder et transmettre des informations. Le Li-Fi est présenté comme plus sécurisé que le Wi-Fi (pas de risque de piratage de la connexion à distance) et plus sûr du point de vue sanitaire face à la nocivité que l'on prête aux ondes radio. Oledcomm exploite aussi l'argumentaire de la luminothérapie, mettant en avant la possibilité de contrôler l'intensité de l'éclairage et la température de la couleur.

L'idée de disposer d'une connexion à la fois invisible mais très localisée, donc mieux maîtrisable, qui plus est intégrée dans un objet usuel, est évidemment séduisante. Mais ces arguments suffiront-ils à justifier le tarif de 699 euros ? À voir... La campagne de financement participatif en cours sur la plate-forme Indiegogo n'a pas vraiment déchaîné les passions avec, à ce jour, un peu plus de 6.000 dollars (4.800 euros au cours actuel) recueillis sur les 50.000 espérés (40.000 euros) depuis le démarrage début janvier. La lampe MyLiFi sera disponible courant juillet.

La serrure connectée Bright Lock. © Havr

Le flash d'un smartphone pour contrôler la serrure Bright Lock

Le deuxième produit Li-Fi dévoilé au CES est la Bright Lock d'Havr. Il s'agit d'une « serrure connectée à ouverture lumineuse » qui se sert du Li-Fi pour sécuriser l'accès au domicile. Il suffit de présenter devant la serrure son smartphone muni de l'application dédiée qui va activer le flash du mobile et émettre un code à usage unique pour déverrouiller ou verrouiller la porte. Le principe est présenté comme plus sûr que les solutions existantes fonctionnant avec des connexions Wi-Fi ou Bluetooth.

Un produit très séduisant mais, là encore, cher. La Bright Lock devrait être commercialisée vers la fin de l'année pour environ 300 euros. Un tarif qui la situera tout de même dans la moyenne des serrures connectées.

Pour en savoir plus

Le Li-Fi arrive sur le marché

Article de Marc Zaffagni, paru le 23/09/2016

C'était en septembre 2015. Lucibel, une entreprise française spécialisée dans l'éclairage LED, testait avec la Sogeprom un prototype de luminaire Li-Fi pour diffuser, via la lumière, une connexion Internet bidirectionnelle à 10 Mbit/s. Très prometteuse, cette technologie se pose en alternative crédible au Wi-Fi. Septembre 2016, Lucibel vient d'annoncer la disponibilité commerciale d'un luminaire LED compatible Li-Fi dont les performances ont été multipliées par quatre. Éclairage. 

Le Li-Fi (acronyme des mots anglais light et fidelity) est une technologie de connexion Internet sans fil qui utilise la partie visible du spectre électromagnétique. Concrètement, un ordinateur, un smartphone ou tout autre appareil compatible peut accéder à la Toile en haut débit en étant simplement placé dans le champ d'éclairage d'un luminaire de type LED (voir nos explications détaillées dans l'article d'origine).

Le Li-Fi a souvent fait l'actualité ces dernières années mais ne s'est jamais concrétisé commercialement. Toutefois, les choses devraient commencer à bouger avec l'annonce par la société française Lucibel de la commercialisation du premier luminaire Li-Fi. Développé en partenariat avec la société écossaise PureLIFI et fabriqué en France, le produit se présente sous la forme d'un éclairage LED pour plafond relié à l'Internet par un câble RJ45 (Ethernet) et à un émetteur-récepteur qui assure la modulation et reçoit le signal envoyé par le terminal connecté. Ce dernier utilise une clé USB Li-Fi pour recevoir les données.

Voici la version commerciale du dispositif Li-Fi de Lucibel. La photo supérieure nous montre le système d'éclairage LED au plafond dont le cône de lumière diffuse le signal haut débit. La photo du bas présente la clé USB Li-Fi qui est en fait un boitier externe encore assez volumineux et sert à recevoir les données. Lucibel fait de la miniaturisation de cet accessoire et son intégration dans les terminaux une priorité pour s'attaquer au marché des particuliers. © Lucibel

Un produit Li-Fi grand public pas avant 2019-2020

Lucibel annonce que le débit bidirectionnel de son système a été multiplié par quatre depuis le test de son premier prototype opérationnel en 2015. « On est passé de 10 Mbit/s à 42,5 Mbit/s », nous a indiqué Édouard Lebrun, directeur Innovation de Lucibel. Dans un premier temps, le dispositif ciblera le marché professionnel avec un tarif de 2.300 euros (hors taxes) comprenant le luminaire et la clé. Les banques, centres de recherche et développement, hôpitaux, crèches, écoles, aéroports, hôtels, espaces de travail font partie des lieux susceptibles de bénéficier des avantages qu'offre le Li-Fi par rapport à son concurrent le Wi-Fi en termes de sécurité des données et d'émissions d'ondes électromagnétiques.

Notre interlocuteur nous a précisé qu'un certain nombre d'entreprises privées, dont Microsoft France, Nexity et la Sogeprom ont d'ores et déjà adopté la solution Lucibel. Quant à une version grand public du produit, elle est prévue à l'horizon 2019-2020, pas avant. « L'adoption du Li-Fi par le grand public passera pas l'intégration de la technologie de réception (actuellement la clé USB Li-Fi, ndlr) dans les appareils », estime Édouard Lebrun. La baisse du prix public sera aussi déterminante pour favoriser l'adoption de cette technologie par les particuliers. « Courant 2018, nous sortiront la seconde génération de notre produit qui nous permettra de baisser sensiblement nos tarifs », nous a confié le directeur Innovation de Lucibel.


La promesse du Li-Fi

Article de Marc Zaffagni, paru le 24/02/2016

Allumer la lumière pour se connecter à Internet, voici en résumé ce que nous promet le Li-Fi. Apparue il y a une dizaine d'années, cette technologie est régulièrement présentée comme une solution de remplacement pour le Wi-Fi, par rapport auquel elle serait plus sûre. Jusqu'à présent, l'essor du Li-Fi est cependant resté confidentiel. La transmission des données n'était en effet qu'unidirectionnelle et le système restait tributaire de l'éclairage LED, encore peu répandu. Mais les choses sont en train d'évoluer rapidement...

L'entreprise Lucibel a dévoilé en septembre 2015 un prototype de luminaire Li-Fi qui assure une connexion Internet haut débit bidirectionnelle de 10 Mbit/s. Cette solution est testée depuis juin 2015 dans plusieurs salles de réunion du siège parisien de la Sogeprom, filiale de la Société Générale dédiée à l'immobilier. Lucibel est une société française spécialisée dans la technologie LED sur laquelle repose le Li-Fi.

Le principe du morse

L'acronyme Li-Fi assemble les mots anglais light, pour lumière, et fidelity, pour fidélité. Cette technologie consiste à utiliser la modulation de lumière à haute fréquence pour coder et transmettre des informations, un peu comme du morse. Alors que le Wi-Fi exploite la partie radio du spectre électromagnétique, le Li-Fi travaille avec la partie visible de ce dernier que l'on appelle spectre optique. Si la première démonstration de Li-Fi est attribuée à Alexander Graham Bell dans les années 1880 avec son photophone, c'est l'avènement de l'éclairage LED qui a fait émerger cette technologie.

Les LED peuvent supporter des microvariations d'intensité qui les font commuter jusqu'à plusieurs millions de fois chaque seconde. Cette fréquence très élevée permet d'obtenir un haut débit susceptible de rivaliser en performance avec de l'ADSL et qui est supérieur à celui du Wi-Fi. Actuellement, le débit maximal théorique de dispositifs Li-Fi comme celui que propose Lucibel est de 10 Mbit/s. Mais il y a deux ans de cela, des chercheurs de l'institut Fraunhofer Heinrich Hertz de Berlin ont pu atteindre 3 Gb/s.

Voici à quoi ressemble le prototype de luminaire Li-Fi que Lucibel teste dans les locaux de la Sogeprom. L’éclairage LED est relié par Ethernet au réseau et communique avec les terminaux via l’émetteur-récepteur infrarouge qui ressemble à un gros détecteur de fumée. © Lucibel, Sogeprom

Pour fonctionner, le dispositif Li-Fi de Lucibel nécessite que l'éclairage soit branché au réseau Internet par une connexion filaire de type Ethernet ainsi qu'à un émetteur-récepteur qui assure la modulation et reçoit le signal envoyé par le terminal connecté. Il peut s'agir d'un ordinateur, d'un smartphone ou d'une tablette qui doivent, eux aussi, être dotés d'un émetteur-récepteur.

La connexion Li-Fi est opérationnelle dans la limite du cône de lumière que projette l'éclairage généralement situé au plafond afin d'offrir une couverture la plus large possible. Ceci présente à la fois des inconvénients et des avantages. Des inconvénients car cela restreint l'utilisation à une zone fixe, comme un bureau ou une pièce, et n'offre pas la mobilité que permet le Wi-Fi. Mais l'avantage du Li-Fi est qu'il ne traverse pas les murs opaques, ce qui limite les risques de piratage. Dans son communiqué de presse, Lucibel estime d'ailleurs que son système Li-Fi peut fournir une solution pertinente pour des banques, des centres de recherche et développement et d'autres industries dites sensibles.

Des ondes lumineuses au lieu des ondes radio

L'entreprise met aussi en avant l'argument sanitaire, assurant que les « ondes lumineuses sont inoffensives pour le corps humain, voire bénéfiques à certaines fréquences ». Autrement dit, le Li-Fi pourrait répondre aux problématiques liées à l'électrosensibilité et à la nocivité que l'on prête aux ondes radio, bien que ce dernier point soit sujet à débat. Lucibel considère en tout cas que cette technologie se pose en alternative aux ondes radio dans certains lieux sensibles comme les hôpitaux, les écoles, etc.

L'entreprise hexagonale n'a pas encore communiqué sur le tarif de son équipement Wi-Fi dont elle compte lancer la commercialisation cette année. Cependant, le développement du Li-Fi est tributaire de la démocratisation de l'éclairage LED. Les prix continuent de baisser mais les bénéfices de ce type d'éclairage sont encore mal perçus par le grand public.

Fin août 2015, le gouvernement avait annoncé un plan très ambitieux pour pousser l'adoption des ampoules LED. Ségolène Royal en charge du dossier avait alors déclaré : « J'ai demandé à EDF de mettre en place la distribution d'un million d'ampoules LED », (source : France 2).