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Des Pierres et des morts

Dossier - Nos ancêtres du Midi : voyage dans le temps
DossierClassé sous :préhistoire , Cosquer , archéologie

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Véritable « mémoire » de la préhistoire provençale, Jean Courtin compte près d'un demi-siècle de recherches sur l'ensemble des périodes allant du Paléolithique supérieur à l'âge du Bronze. Partons à la découverte de nos ancêtres du Midi.

  
DossiersNos ancêtres du Midi : voyage dans le temps
 

Jean Courtin, vous êtes aussi beaucoup intéressé au mégalithisme et vous avez fouillé de nombreux dolmens dans le Var notamment.

Dolmen de Plan-de-la-Tour, Var © Jean Courtin

J'ai fouillé des dolmens inédits entre Ste-Maxime et Plan-de-la-Tour, dans le Var. Plusieurs d'entre eux étaient intacts. Ils avaient été découverts après un incendie, dans les Maures.

De quand datent ces édifices ?

Les dolmens du Midi apparaissent vers 3000, au Néolithique final. Juste un peu avant l'apparition du cuivre, mais guère avant. Ces dolmens ont été utilisés pendant des siècles. C'était le tombeau collectif d'un hameau, d'un village. On peut avoir jusqu'à 150 à 200 individus dans un dolmen.

Ces dolmens correspondent-ils à une civilisation bien précise ?

Non la couche la plus profonde que l'on trouve toujours correspond au Néolithique final mais par dessus vous pouvez trouver du Campaniforme... Et quelquefois même du Bronze.

Hypogée de Roaix. Couche « de guerre » © Jean Courtin

Vous avez également étudié un site particulièrement intéressant du Néolithique final, l'hypogée de Roaix, témoin d'un événement dramatique.

Oui, à Roaix, dans le Vaucluse, j'ai fouillé une nécropole, très importante de la fin du Néolithique. Nous y avons trouvé une perle en cuivre, c'est fin du Néolithique. vers 2100, 2500 avant notre ère.

Qu'appelle-t-on hypogée ?

C'est une grotte artificielle.

Quelle est la différence entre un hypogée et un dolmen ?

L'hypogée est creusé dans la roche. A Roaix, niveau supérieur contenait des squelettes, hommes, femmes et enfants enterrés en même temps, en connexion anatomique parfaite, enterrés en hâte, sans élément de parure, avec uniquement des petits vases et des pointes de flèches dont certaines étaient encore plantées dans les os. J'ai appelé ce niveau « couche de guerre ».

Les habitants d'un village auraient été massacrés ?

Oui. Même si cette version est maintenant contestée par une thèse récente (ce serait une couche de mortalité normale d'un village), tout indique qu'il s'agit bien d'un massacre collectif. Etant donné qu'on a enterré les cinquante personnes en même temps les uns sur les autres et dont beaucoup avaient des flèches plantées dans le corps et certaines encore plantées dans les os, je ne vois pas comment on peut parler de mortalité normale. Certaines pointes étaient au milieu du thorax, par exemple, donc c'est qu'elles étaient dans la viande, ce ne sont pas des flèches offertes.

Hypogée de Roaix. Grand poignard en silex. © Jean Courtin.

En revanche, dans le niveau inférieur c'est vrai. Dans ce niveau, les os sont en vrac, c'est-à-dire que la nécropole a été utilisée pendant très longtemps. On y a enterré les gens petit à petit. Dans ce niveau, on a découvert énormément de parures, on a aussi trouvé quelques pointes de flèches ainsi que des pendeloques trilobées d'un type très particulier, inconnues ailleurs. Elles sont en pierre, en calcaire tendre. Nous avons également trouvé de très belles imitations de griffes en os ainsi qu'un grand poignard en silex, très intéressant parce qu'il a servi de faucille. Il en a le brillant caractéristique.

Hypogée de Roaix. Pendeloques trilobées en calcaire et imitations de griffes en os. © Jean Courtin

Sait-on d'où provient le silex ?

Oui, c'est du silex brun des Alpes-de-Haute-Provence.On retrouve aussi ce type de poignard à face plane polie, dans des dolmens du Var. On le retrouve jusqu'à Narbonne.