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La disparition de l'Homme de Néanderthal

Dossier - Qui était Néanderthal ?
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À la découverte de Néanderthal : anatomie, modes de vie, comportements, alimentation et hypothèses sur les causes de la disparition des Néanderthaliens.

  
DossiersQui était Néanderthal ?
 

Les premiers Hommes anatomiquement modernes arrivent en Europe aux alentours de 43.000 ans. Cependant, nous ne pouvons, aujourd'hui, affirmer avec certitude que les Néanderthaliens les aient rencontrés. Pourquoi les Hommes de Néanderthal ont-ils disparu ?

Reconstitution d'homo sapiens, Galerie de l'Aurignacien, Caverne du Pont d'Arc, France. © Sémhur, Wikimedia commons, DP

Si rencontre il y a eu entre Homme moderne et Néanderthalien, des échanges ont pu avoir lieu dans les deux sens. Les Néanderthaliens ont pu eux aussi apporter certains savoir-faire. C'est lors de leurs migrations vers l'Europe que les Hommes modernes acquirent les nouveaux procédés techniques caractéristiques des cultures qu'ils développeront au cours du Paléolithique supérieur. On observe que selon les régions, les comportements des derniers groupes néanderthaliens ont été différents. Certains ont conservé leurs modes de vie traditionnels, d'autres ont changé de comportements techniques et probablement sociaux (en innovant). Enfin, des Néanderthaliens, notamment des Balkans et d'Europe centrale, ont peut-être modifié leurs comportements sous l'influence de ces nouveaux migrants.

Schéma de la période de transition, en Europe : derniers Néanderthaliens et premiers Hommes modernes. © DR

Les derniers Néanderthaliens disparaissent, il y a environ 29.000 ans. Les données archéologiques montrent qu'il n'y a pas eu une extinction massive des Néanderthaliens mais au contraire une disparition progressive résultant probablement de la conjonction de plusieurs facteurs. Certaines hypothèses causales sont actuellement rejetées comme le changement climatique (un fort refroidissement a lieu à cette période), des maladies congénitales.

Disparition des Néanderthaliens : le stress lié à l'Homme moderne

Leur disparition semble coïncider avec l'arrivée en Europe de groupes d'Hommes modernes. Ils ont « cohabité » pendant environ 12.000 ans, alors une pandémie liée à une infection virale apportée par ces nouveaux migrants ou leur extermination par ces derniers ont également été proposées, mais cela paraît peu probable. En revanche, parmi les hypothèses les plus convaincantes, celle d'un « stress », engendré par l'arrivée d'Hommes différents mais qui leur ressemblent, qui aurait provoqué une baisse de la natalité et une augmentation de la mortalité, entraînant ainsi une chute démographique qui leur fut fatale.

Ces nouveaux migrants seraient plus une conséquence qu'une cause d'une rupture déjà engagé entre les différentes populations régionales néandertaliennes (processus d'évitement).

Une dissolution génétique entre Homme moderne et Homme de Néanderthal ?

Les études génétiques récentes renforcent une seconde hypothèse, celle d'une dissolution génétique d'une partie de la population néanderthalienne dans celle des Hommes modernes par accouplement fécond, bien que l'on n'ait pas encore découvert de métis. En effet, depuis plusieurs années, des généticiens allemands et américains travaillaient sur le séquençage du génome des Néanderthaliens, pour, entre autres, savoir s'ils appartenaient à la même espèce que nous (Homo sapiens). Les résultats étaient contradictoires. Pour certains chercheurs, il n'y a aucun indice de contribution des Néanderthaliens à celui-ci de l'ADN mitochondrial des premiers Hommes modernes (ADN situé dans les nombreuses mitochondries sortes de petites centrales énergétiques des cellules, son analyse dévoila environ 27 différences avec notre ADN mitochondrial ; on compte en moyenne 8 différences entre les Hommes actuels) [1], tandis que pour d'autres le génome néanderthalien pourrait représenter 5 % de celui des humains modernes.

Dans l'ADN nucléaire (présent dans le noyau des cellules), les gènes FOXP2 et MCR1 ont été trouvés dans le génome des Néanderthaliens par les généticiens. En effet, fin 2007, ils ont identifié un équivalent de notre gène MC1R impliqué dans la synthèse de certains pigments de la peau (qu'ils auraient claire) et des cheveux (roux) [2].

Néanderthal et Homme moderne : un génome identique à 99,7 %

Le langage, lui non plus, n'est plus notre exclusivité, depuis longtemps on savait qu'aucune donnée anatomique des Néanderthaliens n'allait à l'encontre de la possibilité d'un langage, la découverte fin 2007 dans son génome de « notre » gène FOXP2, parfois appelé « gène du langage », le confirme [3]. Par ailleurs, une étude de l'université de Chicago avait permis d'identifier un gène lié à la croissance du cerveau qui aurait été transmis à l'Homme par les Néanderthaliens (présent chez 70 % des humains actuels) [4].

Puis le 7 mai 2010, une nouvelle extraordinaire est tombée. Une équipe internationale de chercheurs, menée par Svante Pääbo de l'Institut Max Planck d'anthropologie évolutionniste (Leipzig, Allemagne) et Richard Green professeur à l'université de Californie, a mis en évidence l'existence de croisements entre des Néanderthaliens et des premiers Hommes anatomiquement modernes [5]. Ils ont montré que génétiquement, leur génome était à 99,7 % identique et que, comme l'Homme actuel à 98,8 % de celui du chimpanzé. Cette découverte signifie que certains d'entre nous possèdent quelques gènes néanderthaliens, en moyenne moins de 4 % du génome. Mais seuls les Européens et les Asiatiques sont concernés, ce qui signifie que ce croisement a eu lieu hors d'Afrique, probablement au Proche-Orient, il y a entre 50.000 et 80.000 ans.

C'est une vraie révolution, car, considérée comme une espèce inférieure, les Néanderthaliens ont durant plus d'un siècle et demi été victimes d'une sorte de racisme. Perçus comme des brutes à l'apparence simiesque, ils suscitaient l'opprobre d'une humanité bien pensante, aucune parenté n'était donc concevable avec ces êtres proches des singes.

Aujourd'hui, cette découverte a modifié le regard porté sur eux par beaucoup de chercheurs, car faisant désormais partie de notre patrimoine génétique, les Néanderthaliens ne peuvent être que des Humains.

Physiquement différent mais doté d'une vraie culture et d'une pensée symbolique développée, Homo neanderthalensis serait-il finalement un Homo sapiens neanderthalensis. Mais, il faut rester prudent, n'ayant que des ossements à analyser, on connaît mal la notion d'espèce en paléontologie, en outre selon notre histoire et notre culture, nous interprétons différemment les résultats des analyses ADN. Alors que les Néanderthaliens sont, en quelque sorte, réhabilités, il faut se garder d'un autre écueil, qui consisterait à les considérer comme supérieurs. Ils n'étaient ni inférieurs, ni supérieurs à nous : ils étaient simplement différents, ni des brutes épaisses, ni des « bons sauvages » ! Certains s'interrogent : avec toutes leurs capacités physiques et cognitives, pourquoi a-t-il disparu ? À quoi  je répondrai : ils ont vécu près de 300.000 ans, et nous, combien de temps vivrons-nous ?

[ 1 ] - Serre D. and al, 2004. No evidence of Neandertal  mtDNA contribution to early modern Humans. PLoS Biol., 2, ES7
[ 2 ] -Lalueza-Fox C. and al. 2007. A melanocortin 1 receptor allele sggests varying pigmentation among Neanderthals, Science, 318, 5855, pp. 1453-1455
[ 3 ] -  Krause J. and al. 2007. The derived FOXP2 variant of the modern humans was shared with neandertals. Current Biology, 17, 21, pp. 1908-1912
[ 4 ] -  Evans P.D and al., 2006.  Evidence that  the adaptative allele of the brain size gene microcephalin introgressed into Homo sapiens from an archaïc Homo lineage. Proc. Nati. Acad. Sci. USA, 10, 18178
[ 5 ] -  Green R.E. and al. 2010. A draft Sequence of the Neandertal Genome. Science, 328, pp. 710-722