L'une des étrangetés quantiques les plus connues est l'effet tunneleffet tunnel. Tout le monde sait qu'une balle lancée sur un murmur rebondit et repart en arrière. Faites l'expérience avec un électronélectron (avec le mur qu'il faut) et, ô stupeur, il existe une certaine probabilité de trouver l'électron de l'autre côté du mur, et il en va de même pour des objets nettement plus gros : nucléonsnucléons, atomesatomes, moléculesmolécules, etc.

Le physicien George Gamow a été le premier à comprendre que les ondes de matière quantique pouvaient traverser des barrières d'énergie interdisant classiquement des réactions nucléaires et chimiques. Il a ainsi découvert l'effet tunnel. © AIP, Emilio Segre, Visual Archives

Le physicien George Gamow a été le premier à comprendre que les ondes de matière quantique pouvaient traverser des barrières d'énergie interdisant classiquement des réactions nucléaires et chimiques. Il a ainsi découvert l'effet tunnel. © AIP, Emilio Segre, Visual Archives

C'est d'autant moins une blague que cela permet de comprendre l'origine de la radioactivité α, de faire fonctionner le masermaser à ammoniacammoniac et de concevoir et réaliser des microscopesmicroscopes utilisant cet effet pour voir la surface des solidessolides comme jamais auparavant. 

L'effet tunnel, ou comment passer de l'autre côté de la montagne sans devoir l'escalader (à droite). © Claude Aslangul

L'effet tunnel, ou comment passer de l'autre côté de la montagne sans devoir l'escalader (à droite). © Claude Aslangul

Une autre bizarrerie, moins citée (voir la figure ci-dessous). Prenez un troupeau de moutons du Vercors qui se dirige vers le bord d'une falaise, lentement. Que font les moutons ? Ils tombent tous dans le précipice. Maintenant, prenez un faisceau de particules de petite énergieénergie et dirigez-le vers une falaise microscopique ; que se passe-t-il ? La plupart des particules font demi-tour ! Les objets minuscules qui composent la matièrematière (et le rayonnement) ont certes leurs extravagances, mais on ne saurait leur dénier une sagesse proprement admirable.

La particule classique tombe dans le précipice (à gauche), la particule quantique, ayant horreur du vide, fait demi-tour (à droite). © Claude Aslangul

La particule classique tombe dans le précipice (à gauche), la particule quantique, ayant horreur du vide, fait demi-tour (à droite). © Claude Aslangul

On n'en finirait pas de citer les exemples où les petits objets (et les moins petits) se comportent d'une façon contraire à l'intuition, et pour lesquels la théorie quantique apporte une réponse. Un exemple célèbre est celui de la supraconductivité (le ferfer à repasser qui ne chauffe pas), dont la compréhension repose sur l'existence des paires de Cooper.

De gauche à droite, les prix Nobel de physique John Robert Schrieffer, John Bardeen et Leon Cooper, les auteurs de la théorie BCS permettant de comprendre les supraconducteurs conventionnels. © <em>University of Illinois</em>

De gauche à droite, les prix Nobel de physique John Robert Schrieffer, John Bardeen et Leon Cooper, les auteurs de la théorie BCS permettant de comprendre les supraconducteurs conventionnels. © University of Illinois

Mais comment diable deux électrons qui, selon CoulombCoulomb, se repoussent violemment, peuvent-ils s'unir pour former une entité changeant radicalement de nature comparée à ses constituants et pouvant, en un sens, se promener dans le métalmétal sans que rien ne s'y oppose, au point qu'une fois le courant établi, il perdure pendant des années pour ne pas dire plus ? Heisenberg et Schrödinger (et Bardeen, Cooper et Schrieffer à leur suite) nous ont montré comment et pourquoi un tel miracle est possible.