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Dossier - Les débuts de la psychanalyse
DossierClassé sous :philosophie , psychanalyse , Freud

Christian Talin

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L'hostilité générale n'empêcha pas la psychanalyse de prendre de l'extension dans deux directions : sur la carte géographique, du fait que l'intérêt à son endroit surgit dans des pays toujours nouveaux, et dans le champ des sciences de l'esprit, du fait qu'elle trouva à s'appliquer dans des disciplines toujours nouvelles. En 1909, le président G. Stanley Hall invita Sigmund Freud et Carl Gustav Jung à donner à la Clark University de Worcester (petite ville à l'ouest de Boston, État du Massachusetts), qu'il dirigeait alors, des cours sur la psychanalyse, auxquels furent d'ailleurs réservé un accueil amical. La psychanalyse est depuis lors restée populaire aux États-Unis, encore que, dans ce pays, beaucoup de superficialité et maints emplois abusifs s'abritent sous son nom.

  
DossiersLes débuts de la psychanalyse
 

Par l'abandon de l'hypnose, c'est-à-dire l'état modifié de conscience transitoire et artificiel provoqué par la suggestion d'une autre personne, dite « hypnotiseur », caractérisé par une susceptibilité accrue à l'influence de ce dernier et un amoindrissement de la réceptivité aux autres influences, et par le remplacement de celle-ci par les associations d'idées libres ou provoquées, et l'utilisation du phénomène du transfert, la psychanalyse est bien devenue une méthode autonome ayant rompu les liens de filiation qui la rattachaient à la catharsis. Comme telle, la paternité de cette méthode revient incontestablement à Freud. Ce dernier abandonne l'hypnose, mais il retient toutefois une chose apprise auprès d'Hippolyte Bernheim à Nancy : les malades n'oublient pas totalement ce qu'ils ont fait pendant l'hypnose. Freud va estimer par analogie que les événements qui sont à l'origine lointaine des symptômes : les événements traumatisants (« violents chocs affectifs », p. 10) ont été vécus dans un état voisin du somnambulisme, en particulier à l'époque de la petite enfance.

Les deux méthodes, la catharsis et la psychanalyse, mettent en jeu les forces émanées de l'inconscient, mais la différence de ces deux techniques est notable aussi bien sur le plan de la pratique que celui de la théorie. Dans la cure analytique, le sujet révèle - aussi bien que sous l'influence hypnotique - ses tendances inconscientes grâce aux associations verbales : idées, sentiments, souvenirs... et les rêves sans qui l'analyse ne serait pas possible. À la différence de l'hypnose, le psychanalyste interprète devant le patient (le psychanalysant) tous les éléments cachés derrière les mots décousus de l'association ou derrière les images apparemment incohérentes et absurdes du rêves. De cette manière, le sujet n'est plus passif ; il prend conscience d'une multitude de sentiments, de désirs, de tendances, voire de pulsions qu'il ignorait jusqu'alors.

Cette prise de conscience n'est pas uniquement intellectuelle. Il faut y joindre une reviviscence affective, une réactivation - appelée, en termes techniques, « abréaction » - qui est d'une importance capitale. En effet, cette prise de conscience permet aux éléments symboliques inconscients ainsi qu'aux tendances sous-jacentes qui les animent d'être amenées au jour. Avec l'utilisation du transfert (voir 5e thème), ces processus finissent par s'intégrer dans la personnalité consciente du sujet. À ce moment la guérison est obtenue. L'analyste a pu reconstituer avec son patient l'histoire de ce dernier après avoir exprimé et « traduit », c'est-à-dire interprété verbalement face à l'analyste, toutes les représentations et les tendances inconscientes refoulées.

Ajout

« Cela m'a vraiment causé de l'émoi et de la joie que vous sachiez rendre pleinement hommage à la grandeur de l'esprit de Schreber » (Lettre de Karl Gustav Jung à Sigmund Freud, 29 novembre 1910).

« Je partage votre enthousiasme pour Schreber ; c'est une sorte de révélation ». (Lettre de Freud à Jung, 1er octobre 1910.)

« Je suis tout Schreber et veux mettre mon orgueil à vous apporter le manuscrit à Munich. » (Lettre de Freud à Jung, 3 décembre 1910.)

« Je suis Schreber, rien que Schreber. » (Lettre de Freud à Sandor Ferenczi, 3 décembre 1910.)

« Ce pas dans la psychiatrie est sans doute le plus hardi que nous ayons entrepris jusqu'à présent » (Lettre de Freud à Ferenczi, 16 décembre 1910).

Les Mémoires d'un névropathe de Daniel-Paul Schreber est le meilleur manuel de psychiatrie jamais écrit, selon Freud. Son auteur aurait dû être nommé directeur d'hôpital psychiatrique. Pourtant, entre 1911 et 1949, l'un et l'autre seront relativement oubliés, jusqu'à ce que Katan relance les études sur les psychoses à partir de ce livre. Il sera suivi par Niederland aux États-Unis, Fairbairn en Grande-Bretagne, Baumeyer en Allemagne, Calasso en Italie, mais surtout Jacques Lacan, en France, qui bénéficie de ces apports.

« Le saisissant, c'est que Schreber est un disciple de l'Aufklärung, il en est même un des derniers fleurons » (Lacan, Le Séminaire, livre III, Les psychoses).

Et, après Jacques Lacan, Octave Mannoni, André Green ou Melman en France, Israëls au Pays-Bas, Devreese en Belgique, Busse en Allemagne, Kemple et O' Neill au Canada, Lothane, Weiss, Allison, Roberts aux États-Unis, Katz au Brésil et d'autres encore.
Schreber n'inspire plus seulement le théâtre en France ou en Italie, mais l' opéra, le ballet et le cinéma aux États-Unis. La psychose, marginalisée, gagne le centre ville.

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