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Avant l'écriture : la tradition orale ?

Dossier - L'Atlantide et Gibraltar
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Depuis 2.000 ans, l'histoire de l'Atlantide, engloutie 9.000 ans avant notre ère, a été l'objet des spéculations les plus diverses. L'Atlantide et Gibraltar, un dossier du mythe à la réalité géologique.

  
DossiersL'Atlantide et Gibraltar
 

La préhistoire des chasseurs-cueilleurs montre des conservatismes qui impliquent la transmission de traditions pendant des millénaires. L'art préhistorique européen reste, quasiment inchangé pendant plus de 20.000 ans.

Grotte sous-marine. © Varakorn Kuldilok, Wikimedia commons, CC by-sa 3.0

Dans la grotte du Parpallo près de Valence (Espagne), Jean Clottes a relevé la récurrence de rites immuables pendant 10.000 ans (offrandes répétées avec 4.500 plaquettes gravées ou peintes dans des couches allant du Gravettien au Magdalénien final). Comme le constate ce spécialiste de l'art pariétal : « ces comportements témoignent de façon indiscutable de la persistance de la même tradition religieuse sur dix millénaires ».

Grottes sous marines sur le banc du Veyron à Marseille. © Jacques Collina-Girard - Tous droits de reproduction interdits

Au Canada, on a pu corréler des évènements géologiques (glissements de terrains, éruptions volcaniques, assèchements de lacs) aux mythes des Indiens Gitksans : Les évènements dont il est question ont eu lieu entre 6.000 BP et 10.000 BP. Les Indiens renvoient couramment à un temps avant ou après le déluge (Before the flood ou Soon after the flood) se référant au premier peuplement de leur territoire, libéré des glaces à la fin du Pléistocène et au début de l'Holocène.

Un mythe devenu réalité

Plus près de nous, le récit d'Homère de la guerre de Troie a longtemps été considéré comme un mythe. Pourtant les archéologues sont actuellement unanimes à admettre son fondement historique. Des études géologiques récentes ont montré que la reconstitution paléogéographique des paysages s'ajuste exactement au récit homérique alors qu'il n'a qu'un lointain rapport avec la géographie actuelle.

Vers le VIIe siècle BC (Before Christ), la Bible transcrit des traditions orales, échos d'évènements historiques vérifiables et probablement des faits géologiques très anciens. Plus récemment, au IVe siècle BC, Platon écrit le Timée et le Critias. Leur auteur, grand voyageur, avait pris connaissance, en Égypte et en Sicile, de légendes et de faits historiques sur le bassin occidental de la Méditerranée et peut-être des régions océanes.

Vue générale de la grotte de Taforalt (Maroc oriental). © Jacques Collina Girard - Tous droits de reproduction interdits

Une tradition orale millénaire

La grotte de Taforalt est un site majeur pour comprendre l'évolution des cultures préhistoriques du Paléolithique supérieur de l'Afrique du Nord. À des niveaux « Atériens » (industrie de type paléolithique moyen taillée par un homme moderne archaïque) qui semblent commencer vers -100.000 succèdent abruptement vers 25.000 BP (Before present) des niveaux « ibéromaurusiens » (industrie du Paléolithique supérieur à outillage microlithique associée à des hommes modernes). L'Ibéromaurusien se termine vers 10.000 BP et évolue vers le Néolithique. Le site a fourni de nombreuses sépultures des hommes ibéromaurusiens et de nombreux renseignements sur leur mode de vie. Les fouilles dans ce site ont repris récemment. Ces hommes ibéromaurusiens ont vu l'émersion et la disparition des îles du détroit de Gibraltar.

Si l'ethnographie et la Préhistoire nous montrent l'efficacité de la tradition orale chez les peuples sans écritures et l'aptitude à transmettre sur des millénaires le souvenir d'évènements naturels catastrophiques, pourquoi refuserons-nous cette possibilité aux peuples antiques ?

Pourquoi une tradition de ce type n'aurait-elle pas pu parvenir aux premiers scribes égyptiens pour être ensuite transmise à Platon ? Peut-être faut-il croire le philosophe grec quand il affirme la véracité de son histoire ! Le cataclysme qui s'est bien déroulé à la date et au lieu indiqué suggère que l'information transmise était, peut-être fiable !