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Les influences

Dossier - La leçon de Hindi
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Alain Joly

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Apprendre la langue d'un pays est une excellente façon de s'ouvrir aux mystères et aux subtilités de sa culture, tant du point de vue historique que social. Mais cela peut s'avérer être une tâche bien ardue, surtout quand, comme c'est le cas pour l'Inde, le pays possède une bonne quinzaine de langues principales avec presque autant d'écritures différentes, et plus de 1500 dialectes divers.

  
DossiersLa leçon de Hindi
 

Le hindi a subi des influences multiples à travers les âges, au gré des colonisations successives. Ainsi, la longue présence moghole en Inde a laissé de nombreux mots arabo-persans dans le vocabulaire, au point d'affubler la langue de nombreux doublets. Par exemple, pour dire femme il y a aurat (d'origine persane) ou strî (d'origine sanscrite), homme est tour à tour âdmî ou manushya, livre kitâb ou pustak, glace barf ou him. Il est curieux de noter que dès que le niveau de la langue s'élève, le vocabulaire a tendance à se sanscritiser. La bibliothèque devient ainsi pustakâlay (le séjour des livres), tout comme Himalaya (séjour des neiges). Si les mots d'origine persane sont largement utilisés dans la vie de tous les jours, ils disparaissent complètement du vocabulaire dans les textes philosophiques et religieux qui font la part belle au sanscrit.

Il faut noter qu'à l'indépendance de l'Inde, l'antagonisme entre les communautés musulmanes et hindoues déboucha sur la création d'un état musulman séparé, le Pakistan. Cela eut pour effet d'accentuer les différences entre l'ourdou, qui devint la langue officielle du Pakistan, et le hindi. Elles ne sont pourtant qu'une seule et même langue (désignée auparavant sous le terme hindoustani), et ne diffèrent essentiellement que pour le vocabulaire spécialisé et l'écriture - en caractères nagari, de gauche à droite, pour le hindi, et en caractères arabes, de droite à gauche, pour l'ourdou.

Dans le cinéma populaire hindi, l'hindoustani constitue l'essentiel des dialogues afin de satisfaire aux deux communautés. Incroyablement populaire en Inde, le cinéma hindi reste aujourd'hui, plus encore que l'école ou les plans gouvernementaux, le plus grand vecteur de diffusion de la langue auprès des populations non encore hindiphones.

La colonisation britannique a également eu une large influence sur la langue avec l'intégration grandissante de l'anglais dans la société indienne. D'ailleurs, l'anglais est devenu la seconde langue officielle du pays, largement utilisée dans les classes supérieures de la société, dans l'administration, les services, et une grande partie de la presse nationale. De nombreux mots anglais ont donc fait leur entrée dans le vocabulaire hindi, notamment dans tout ce qui relève de la technologie et de l'administration, les deux piliers de l'apport britannique à l'Inde. Telephone, radio, TV, bus, car, ainsi que director, doctor, file (dossier) sont autant de mots anglais qui ont été absorbés et modifiés pour s'adapter à la prononciation indienne -- hospital devient ainsi aspatâl. Entre 5 et 30 % des indiens parlent l'anglais selon le degré d'aisance auquel on se réfère. Il n'est pas rare d'entendre des mots, voire des phrases entières se glisser dans les conversations, surtout dans les classes moyennes et supérieures.

Le hindi ne s'est pas contenté de subir des influences extérieures, mais a également dispersé dans la langue française quelque mots dont nous sommes peut-être loin de soupçonner la provenance. Bungalow (qui vient de bangalâ signifiant du Bengal), pyjama (pâjâmâ, pantalon), jungle (jangal, forêt), mais aussi châle, kaki (couleur de poussière), en sont quelques exemples. D'autres mots hindis comme bazar, fakir, yoga, maharajah, karma, gourou, sari, ont bousculé les frontières linguistiques en Inde et dans le monde pour devenir des termes universellement reconnus du fait de l'imprégnation de la culture indienne à travers le monde