Sciences

Pourquoi Mars ? Histoire d'une épopée

Dossier - Phoenix : l'oiseau de feu arrive sur Mars
DossierClassé sous :Astronautique , phoenix , mars

-

Plus qu'une nouvelle sonde, c'est une nouvelle famille d'atterrisseurs et de robots que la Nasa entreprend d'envoyer vers la Planète rouge avec Phoenix. Avec, en ligne de mire, une réponse possible à la plus grande question que s'est posée l'humanité : la vie existe-t-elle ailleurs ?

  
DossiersPhoenix : l'oiseau de feu arrive sur Mars
 

La nouvelle sonde de la Nasa Phoenix s'est posée sur Mars le 25 mai 2008 à 00h33 TU après sept mois de voyage et près de 700 millions de kilomètres parcourus à travers le Système solaire. Etape essentielle mais redoutée, sachant que 50 % des missions passées ont manqué leur atterrissage, voire leur mise en orbite autour de la Planète rouge. Commençait alors une mission qui, faute de paraître spectaculaire, mettra à contribution des moyens exceptionnels et inédits dans le cadre de l'exploration planétaire, dont sont attendus des résultats déterminants pour la poursuite du programme martien.

Mars la Rouge

Mars fascine. Sa couleur rouge, évoquant le sang, l'a fait tantôt craindre, ou adorer par les hommes depuis la plus haute antiquité. Certaines civilisations l'ont déifiée. Mais aujourd'hui, croyances et superstitions ont fait place à la rigueur scientifique, et si les astronomes s'intéressent à cette planète, c'est en raison de sa relative ressemblance avec la Terre. Sa durée de rotation, son atmosphère - quoique ténue - et sa température en font la meilleure, ou plutôt la moins mauvaise candidate pour rechercher les traces d'une forme de vie présente ou passée.

Le temps du rêve

Dès 1960, la Nasa décide de mettre en place un vaste programme d'exploration de Mars et y accorde toute sa priorité. Dix atterrissages sont mis au programme de la Nasa entre 1969 et 1975 ! Cela s'explique principalement par le renouveau des théories faisant intervenir des organismes vivants pour expliquer les changements saisonniers observés sur la Planète rouge. Et les astronomes, aussi bien que les biologistes, rêvent de pouvoir observer de visu des lichens ou de petits organismes extraterrestres. A ce moment, la presque totalité du petit monde des astronomes est d'accord sur un point : "Oui, Mars abrite la vie !".

Le 14 juillet 1965, la première sonde martienne américaine, Mariner 4, croise la planète entre 9 et 17.000 kilomètres d'altitude. Il n'est pas prévu d'y rester en orbite, mais 22 images sont prises de l'hémisphère sud. Et c'est la déception.

L'image numéro 11 transmise par Mariner 4 : que de désolation !

L'image n°11, la plus détaillée, ne montre qu'un sol parsemé de cratères ressemblant étonnamment à la Lune. Aucune trace de vie, encore moins de "canaux", rien qu'un concentré de désolation. On ne le saura que bien plus tard, mais la trajectoire de la sonde, qui n'avait rien visé de particulier en l'absence de connaissances géographiques précises de Mars à l'époque, avait survolé une des rares régions sans intérêt de la planète !

Mars redevient soudainement pour le public un monde mort et sans mystères. Un siècle de rêves viennent de s'effondrer d'un seul coup, et le programme Apollo, qui alors fait rêver le monde entier, absorbe toute l'énergie de la Nasa. Après de nombreuses modifications et annulations, un timide programme d'observation de Mars est mis en place au moyen de sondes, toujours sans mise en orbite.

Mariner 6, le renouveau

Le 29 juillet 1969, après un trajet sans histoire, Mariner 6 croise à nouveau la planète mythique à 3430 km de distance et transmet 75 images. Sur le plan technique la mission est un succès, d'autant que sa jumelle, Mariner 7, rééditera l'exploit la semaine suivante. Mais c'est le 31 juillet que tout bascule, avec l'envoi d'une image dévoilant des terrains chaotiques et parsemés de cratères, mais dont les bords paraissent nettement adoucis, signe d'une évidente érosion éolienne. Deux autres zones montrent des différences avec l'idée qu'on se faisait de la Planète rouge depuis Mariner 4, ainsi le bassin Hellas se présente comme un immense bassin d'impact rempli de poussière, et plus près de l'équateur sont observées des zones effondrées en bordure de gigantesques plateaux. Les astrophysiciens se rendent alors compte que Mars a peut-être, et même probablement, connu une histoire géologique bien plus active qu'on ne le pensait jusqu'alors.

Mars, toute différente, vue par Mariner 6

Mais ce succès intervient tout juste une semaine après le premier pas d'un homme sur la Lune Peu désireuse d'occulter, même partiellement, cette victoire, la Nasa décide de rester discrète et malgré ses promesses, la mission Mariner 6 n'aura que peu de retentissement. Lorsque le programme Viking d'atterrissage sur Mars est présenté devant le Congrès le mois suivant, il sera accueilli avec indifférence, voire méfiance et le 26 novembre, le Président Richard Nixon ampute le budget spatial de 300 millions de dollars.

En crise mais ne pouvant réduire le budget consacré à l'étude de la future navette spatiale ou aux vols post-Apollo (qui seront annulés, mais la Lune occupe alors de devant de la scène et le temps est à l'euphorie), le premier atterrissage Viking est repoussé de 1973 à 1975. Une mission de reconnaissance en orbite est intercalée, ce sera le lancement de Mariner 8 et 9 en 1971.