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Le satellite Europe présente aussi des caractéristiques intéressantes. Est-ce qu'il y a un programme pour aller percer la couche de glace et aller voir ce qui se passe en dessous ?

Roger-Maurice Bonnet : Oui, il y a des projets d'une nature très ambitieuse. On ne connaît pas réellement l'épaisseur de la couche de glace. D'après les premières estimations, c'était relativement fin, quelques kilomètres seulement pourrait-on dire. Mais percer un trou d'un kilomètre sur Europa, n'est pas donné à tout le monde. Il faut de l'énergieénergie nucléaire pour faire fondre la glace. Maintenant, les estimations sont plutôt de 28 kilomètres, alors vous vous rendez compte... Ce qui est sûr, c'est qu'il s'agit d'un objet qui passionne les scientifiques des deux côtés de l'Atlantique, et l'ESAESA, qui a organisé une réunion de prospection scientifique au mois de septembre dernier, a clairement identifié Europa comme une cible privilégiée.

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© Nasa


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D'après vous, quelles devraient être les prochaines cibles de l'exploration robotiquerobotique du Système solaireSystème solaire ?

Roger-Maurice Bonnet : Tous les objets sans doute, mais clairement c'est Mars qui semble recueillir les faveurs de tous, en particulier pour s'assurer qu'il n'existe pas sur Mars d'espècesespèces bactériennes pouvant présenter un danger pour l'homme quand celui-ci aura décidé de se rendre sur la planète rouge. Il y a donc un bel avenir pour une étude robotique de Mars avant de pouvoir y envoyer des hommes.

Je pense par ailleurs que les astéroïdesastéroïdes sont des endroits relativement faciles à atteindre, ainsi que les comètescomètes, bien qu'elles suivent des orbitesorbites quelquefois beaucoup plus complexes et excentriquesexcentriques que les astéroïdes. L'ESA va atterrir en 2014 sur la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko, et ça, c'est une grande première que, j'espère, nous verrons tous. Après cela, ce sera sans doute Europa et certains des satellites de JupiterJupiter ou de SaturneSaturne, dont TitanTitan. On retournera vraisemblablement sur Titan si, comme ce semble être le cas, on y découvre des choses extraordinaires, grâce à Huygens.

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Retournons sur Mars... Le programme scientifique de la NasaNasa semble favoriser la géologiegéologie, alors que celui de l'ESA semble plutôt favoriser la biologie et la recherche de la vie. Est-ce vrai ou est-ce une impression ?

Roger-Maurice Bonnet : Non, ce n'est pas vrai. Le programme Mars Science Laboratory de la Nasa en 2007 ou 2009 contient une forte composante biologique. L'infortuné landerlander britannique Beagle-2, comportait une importante proportion d'instruments et de senseurssenseurs destinés à la recherche de signatures biologiques. Les actuels roversrovers américains sont surtout destinés à la recherche de l'eau, mais aussi la vie en filigrane. On sait dorénavant que l'eau a existé sur Mars. On va maintenant se préoccuper de rechercher d'éventuelles traces de vie fossilesfossiles.

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On pourrait avoir l'impression que la Nasa aurait tendance à étaler les découvertes importantes dans le temps afin d'obtenir plus de crédits.

Roger-Maurice Bonnet : La Nasa suit certainement un plan, et c'est ce plan qui lui permet d'obtenir les crédits. Il faut un plan pour avoir des sous ! En 1984 j'ai donné un plan à l'ESA, et en 1985 les ministres des Etats-membres de l'ESA me donnaient les moyens financiers nécessaires à sa mise en œuvre.

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Où en est le programme de retour d'échantillons martiensretour d'échantillons martiens ?

Roger-Maurice Bonnet : Au sein de l'ESA existe le programme AuroraAurora, qui prévoit le retour d'échantillons martiens pour 2014 ou 2015. C'est une mission indispensable si on veut envoyer un jour des hommes sur Mars, ne serait-ce que pour acquérir les connaissances pratiques pour atterrir sur Mars et en revenir.

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Est-ce que le nouveau programme d'exploration spatiale promu par Bush influence le programme spatial européen ?

Roger-Maurice Bonnet : Cela est valable dans les deux sens. Le fait que l'ESA se soit engagée dans le programme Aurora a fait que les Américains ont à leur tour produit un plan parallèle. L'ESA a un plan, mais le problème, est qu'il faut l'argentargent pour le payer. Le risque est qu'avec des moyens financiers beaucoup plus importants les Américains feront tout ce que les Européens ont dit qu'ils feraient mais plus vite. C'est dans ce sens-là qu'ils peuvent aussi amener l'Europe à réagir. En fin de compte de tels programmes devront être faits en coopération internationale et c'est bien que l'ESA avec Aurora puisse se placer en partenaire obligé en développant des technologies clé...

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Quel a été votre rôle dans le programme GiottoGiotto ?

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Roger-Maurice Bonnet : J'étais responsable du télescopetélescope de la caméra multi spectrale de Giotto.

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A-t-on déterminé la raison pour laquelle les prises de vues avaient cessé au moment de la rencontre avec le nuagenuage de gazgaz entourant la comète de Halleycomète de Halley ?

Roger-Maurice Bonnet : On a pu reconstituer la série d'évènements qui se sont produits lors de la rencontre. Les particules de poussière de la comète, dont la taille est plus petite que celle des particules de la fumée de cigarette, ont provoqué un choc considérable à la vitessevitesse de 70 km/seconde, ce qui a complètement détruit la caméra, placée en "figure de proue" de Giotto. Le baffle et le miroirmiroir plan qui renvoyait la lumièrelumière vers le télescope ont été arrachés. De la caméra il ne restait sans doute pas grand-chose. La plupart des détecteurs ont survécu avec peu ou pas de dommages. Avec la Caméra, les spectrographesspectrographes de massemasse, les détecteurs de poussières et un analyseur de plasmaplasma étaient inopérables. Tous les autres instruments, protégés qu'ils étaient à l'intérieur de la structure de la sonde, ont survécu et en 1992, Giotto a pu observer une seconde comète à seulement 200km de distance, Grigg-Skjellerup, mais il n'a pu en faire des images.

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C'était un télescope de quel type ?

Roger-Maurice Bonnet : C'était un télescope de type Richtey-Chrétien.