Jean Etienne, Futura

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L'échec que vient de subir Arianespace ne cesse d'alimenter les polémiques. La difficulté de rassembler suffisamment d'indices afin de déterminer la cause de l'incident ayant entraîné la perte du lanceur, ainsi que le délai que cela implique dans les communiqués officiels, donnent évidemment libre cours à toutes les hypothèses, toutes les réactions.

  
DossiersEchec du vol de la première Ariane-5 ECA : les premières constatations
 

Le 11 décembre, la chronologie s'est déroulée de façon nominale, aucun incident sérieux ne venant émailler la procédure. A H -0 sec, la séquence d'allumage démarre, et 7,3 secondes plus tard, Ariane 5 "10 tonnes" prend son élan dans le ciel de Kourou. Tout paraît normal.

Un lancement apparemment parfait pour la première Ariane-5 ECA Crédits 2002 - ESA / CNES / Arianespace / photo Service optique video CSG

Il est encore trop tôt pour expliquer exactement les évènements qui ont suivi. Mais quelques indices peuvent déjà nous indiquer une piste, qui implique un enchaînement de circonstances dont la conclusion aboutit à la perte du lanceur.

A H +96 secondes, en pleine phase d'accélération, le moteur Vulcain connaît une première défaillance au niveau de son circuit de refroidissement. La raison en reste indéterminée, mais la poussée reste constante. Une chute de puissance brutale se produit cependant à partir de H +178 secondes et la fusée se met à tanguer. Elle deviendra rapidement incontrôlable, et lorsque la coiffe se sépare 9 secondes plus tard, l'attitude du dispositif d'éjection n'est plus correcte. A partir de cet instant, le comportement de la fusée devient erratique et il semblerait que les deux centrales inertielles qui se trouvent dans la case à équipements, entre l'ESC-A et le compartiment des satellites, ne fonctionnent plus. Une partie de ce carénage a-t-elle heurté violemment un élément du lanceur ? L'enquête le déterminera probablement par la suite.

A partir de cet instant, Ariane 5 est perdue. Sur sa lancée et en l'absence de tout contrôle, elle culmine à 150 km puis perd rapidement de l'altitude. Conformément aux procédures de sauvegarde, elle est détruite à H +456 secondes alors qu'elle ne se trouve plus qu'à 69 km du niveau de la mer, à 800 km des côtes de Guyane et au-delà de la zone de récupération des accélérateurs à poudre.